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Patricia Laigneau, Dame du Rivau

Situé dans le Val de Loire, à proximité de la Forteresse Royale de Chinon, le château du Rivau est un monument du 15ème siècle qui se dresse du haut de sa majestueuse silhouette au milieu de son parc de 6 ha et de ses 14 jardins. Classé monument historique depuis 1918, la forteresse médiévale du Rivau est digne d’un roman de chevalerie. Lié à l’origine à la famille Beauvau notamment à Pierre de Beauvau, grand chambellan de Charles VII qui vivait à Chinon à cette époque, le lieu a été visité par Jeanne d’Arc laquelle était venue y chercher des chevaux du roi pour le siège d’Orléans. Depuis, le château du Rivau a revécu grâce à l’engagement d’une famille, les Laigneau. Vingt ans de restauration ont été nécessaires pour faire revivre ces pierres.

En l’espace de sept ans, Patricia Laigneau a entrepris la création de 14 jardins contemporains inspirés par l’imaginaire des légendes. Classés en 2003 et 2008 « Jardin remarquable », ces jardins se déclinent en onze espaces aux noms évocateurs : le potager de Gargantua, la forêt enchantée, le bois amoureux, le verger de paradis, le jardin des philtres d’amour, le  jardin de la princesse Raiponce, le Petit Poucet, le Chemin des fées, la forêt enchantée (…). S’y côtoient lavandes, citrouilles, viornes boule de neige, alliums giganteum, amaranthes trompes d’éléphant, pivoines, dahlias, jonquilles, vieilles variétés de pommiers, et une incroyable collection de 450 variétés de roses parfumées anciennes ou modernes.

Passionnée d’art contemporain, Patricia Laigneau a créé un véritable musée à ciel ouvert animé par de monumentales œuvres contemporaines d’artistes qui alimentent l’imaginaire des visiteurs. Le surdimensionnement de ces œuvres participe au caractère exceptionnel des jardins du Rivau : les bottes XXL de Lilian Bourgeat, le gigantesque pot rouge de Jean-Pierre Raynaud ou la taupe démesurée de Ghyslain Bertholon accentuent le caractère surréaliste des jardins.

Monument privé, ouvert au public depuis dix ans par la famille Laigneau, le Château du Rivau a la particularité de présenter chaque année une exposition d’art contemporain où des artistes renommés réinterprètent l’imaginaire de la vie d’une forteresse médiévale ancrée en Touraine, “Jardin de la France”.

1. Vous considérez-vous comme une figure de l’art du Jardin ?

Patricia Laigneau : Je n’ai pas la prétention de me considérer comme qui que ce soit ! J’essaie d’agir au mieux et de construire des projets auxquels je crois. L’art du jardin m’a offert l’opportunité de créer, en utilisant les végétaux comme médiums.

Inspirée par l’Histoire de l’Art, les couleurs et textures des plantes que je choisis sont à l’origine des tableaux vivants du Rivau. L’art du jardin me permet d’accomplir une passion pour la Création artistique et ce, au fil des saisons.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Patricia Laigneau : Avec modestie, je nuancerais votre question en disant que je recherche un style naturel tout en restant influencée par des mouvements picturaux comme le surréalisme ou le fantastique. En un mot, je pourrais dire que je me sens comme une “artiste de jardin”.

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3. Votre histoire s’inscrit dans la grande Histoire du Château du Rivau…

Patricia Laigneau : J’ai essayé de poursuivre les grands récits  légendaires du monde de l’enfance que m’inspirait la silhouette du château du Rivau, archétype des châteaux que les enfants dessinent avec ses nombreuses tourelles, donjon et pont levis. Tout naturellement, j’ai pensé que les jardins d’un tel château devaient raconter une histoire. J’ai vécu un conte de fées en ayant la possibilité de créer dans un tel lieu. Aussi, j’ai souhaité partager cette aventure avec nos visiteurs en leur offrant la possibilité de rêver, de sourire et d’oublier les difficultés de notre temps.

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4. Comment décriveriez-vous le château du Rivau avec les mots propres à notre époque ?

Patricia Laigneau : Un rêve éveillé, une plongée dans un univers fantasmagorique.

5. Vous êtes à l’origine de la création des 14 jardins du Rivau inspirés des légendes merveilleuses du Moyen Age…

Patricia Laigneau : Au début de cette aventure, qui a quand même mis 20 années à éclore, je me suis ressourcée dans les légendes qui avaient cours à l’époque de la construction du château au 15ème siècle. Et j’ai découvert que Rabelais avec son énorme rire avait fréquenté Le Rivau : j’ai donc ajouté un piment de burlesque. Puis, j’ai trouvé dans les contes de fées de belles sources d’inspiration. Ainsi, nous avons un jardin que j’appelle “le Chemin des Fées” qui suit les traces de Poucette, une minuscule fée qu’un vilain crapaud voulait épouser. Poucette,  nous dit le conte, a été sauvé par un florilège d’oiseaux,  d’insectes, de papillons qui vivent en osmose avec certaines plantes. Ce sont ces plantes qui peuplent ce jardin et qui favorisent la biodiversité, une notion propre à notre temps. Ainsi l’imaginaire a pris racine dans la flore. Ces végétaux vivent en union les uns avec les autres et favorisent la venue de toutes ces merveilleuses créatures ailées.

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6. Comment parvenez-vous à transmettre l’émerveillement propre à la société du Moyen Age à notre civilisation marquée par l’angoisse ?

Patricia Laigneau : Je crois que cette plongée dans un univers parfumé, habité par des plantes spectaculaires et géantes aux couleurs éblouissantes, participe à l’émerveillement qui saisit nombre de nos visiteurs. Mon objectif est de réenchanter le quotidien de nos visiteurs, le temps de leur passage dans notre paradis tourangeau.

“Curly ghost clown” & “Antelope bust” de Marnie Weber, “En traversant le bois” de Nadia Sabourin, “Le Déguisement ” de Pierre Ardouvin & “Noir dessein” de Nadia Sabourin

“La Licorne” de Sun Xue & une des pelles de l’installation de Wim Delwoye

"Blanc manger’" par Magali Vaillant

“Blanc Manger’” par Magali Vaillant

7. En quoi consiste le Conservatoire des Légumes ?

Patricia Laigneau : C’est un petit Conservatoire des légumes autrefois cultivés dans la Région Val de Loire et qui ont la plupart du temps disparus car ils souffrent d’une moins bonne conservation que les variétés modernes. Cependant ces variétés avaient des vertus gustatives inégalées et montraient la spécificité de chaque région.

8. Plante-t-on les mêmes plantes que sous Charles VII ? 

Patricia Laigneau : Les temps modernes, les grands voyages nous ont amenés les végétaux des Amériques et de l’Asie. La flore était beaucoup plus restreinte au 15ème siècle.

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9. Vos 450 variétés de roses parfumées sont devenues célèbres, avez-vous déjà envisagé de créer le parfum du Rivau ? 

Patricia Laigneau : Oui il s’agit là encore de l’un de mes rêves.

10. Les Jardins du Rivau participent-ils au rayonnement du Jardin de la France tel qu’on l’entendait par le passé ?

Patricia Laigneau : J’ai toujours essayé de ne pas marcher sur les plate-bandes des grands jardins comme Villandry ou les jardins à la française du Val de Loire. J’ai cherché à composer avec la liberté et la fantaisie de notre époque. L’avenir dira si les jardins du Rivau  participent au rayonnement du «  Jardin de la France ». Cela dépendra aussi de leur fréquentation car pour maintenir un jardin il faut énormément de travail !

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11. Comment le travail des jardiniers est-il organisé ?

Patricia Laigneau : Chaque semaine,  je prépare une feuille de route pour les 4 jardiniers à plein temps et le jardinier à mi-temps. Chacun a une mission selon ses compétences et appétences.
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12. Quelles sont vos relations avec l’Art Contemporain ?

Patricia Laigneau : L’art contemporain a été pour moi une révélation. Les artistes que j’ai pu rencontrer et leurs oeuvres sont une sorte de fil conducteur dans ma quête d’absolu.

L’équilibre des masses de végétaux qui s’apparente au travail des sculpteurs m’a conduit à imaginer des volumes en  végétal. Peinture, sculpture, installation et parfums sont en osmose dans l’art du jardin.

Les questionnements et les débats suscités par l’art contemporain qui m’ont aussi fortement influencés. J’ai compris après mes études d’art contemporain, qu’une œuvre devait avoir du sens, pour aider à avancer sur le chemin de l’âme. 

13. Privilégiez-vous la création française ?

Patricia Laigneau : Oui, j’essaie de faire intervenir des artistes pour la plupart français dans les jardins. Leurs œuvres ont pour objectif de créer des surprises. On s’inscrit dans la tradition des jardins du passé où jeux d’eaux, statuaires ou bosquets suscitaient l’étonnement.

 14. La Touraine est-elle suffisamment mise en avant en France comme à l’étranger ?

Patricia Laigneau : Je ne m’en rends pas bien compte à dire vrai. En un sens oui, car le terme Loire Valley est entendu dans le monde entier et vraiment emblématique, mais au delà des quelques incontournables je pense finalement que peu d’étrangers sillonnent le pays en profondeur. Ceci étant, la région de Touraine offre une histoire naturelle et humaine peu commune, une cuisine giboyeuse et vineuse, un climat doux et un patrimoine d’exception. Autant de facilités pour le rayonnement naturel de la région…

15. Quel est votre premier souvenir tourangeau ?

Patricia Laigneau : Mon arrivée au château du Rivau : un si beau château blessé par le temps, harmonieux et impressionnant. Le tuffeau, les hautes toitures d’ardoises : des images merveilleuses.

16. Quels sont les projets à venir au Rivau ?

Patricia Laigneau : Le faire survivre.

En savoir plus sur le Château du Rivauwww.chateaudurivau.com

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