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Chorégraphies végétales et architecturales avec Ramon Enrich

Après des études aux Beaux-Arts de Barcelone ainsi qu’un cursus en arts graphiques, Ramon Enrich décroche une bourse à la fin des années 1980 pour peindre et exposer à l’étranger. D’abord à Francfort, Marbourg et Berlin, où il travaille avec d’autres artistes autour de différents projets d’installations et d’expositions. Ramon Enrich s’envole ensuite pour les Etats-Unis afin de se former auprès des artistes qu’il admire. Il séjourne quelques mois à la Fondation Donald Judd, puis à la Fondation Chinati, avant d’y exposer son travail dès le début des années 1990. Il poursuit son voyage jusqu’à Los Angeles où il rencontre Ed Ruscha ainsi que David Hockney avec lequel il collabore. Il s’installe ensuite quelques années à New-York et devient l’assistant de Julian Schnabel. A son retour en Europe, il occupe un atelier à la Künstlerhaus Mousonturm de Francfort avant de revenir dans sa catalogne natale où il vit depuis lors.

De retour en Europe, il s’établit en France puis en Allemagne où des institutions publiques et privées font l’acquisition de ses œuvres : Künstlerhaus Mousonturm, Giessen Museum, Museum Für Moderne Kunst Mittelhof (…).

Aujourd’hui, Ramon Enrich est exposé dans le monde entier, et ses travaux enrichissent de prestigieuses collections d’entreprises (La Caixa, Banco Santander, NH, Fundacion Telefonica, Deustche Bank, Generali Foundation) ainsi que de nombreuses collections particulières, notamment celles de sir Norman Foster, David Hockney ou encore Donald Judd. Ramon Enrich expose à Barcelone, Amsterdam, Hong Kong, New-York, Bruxelles et Paris.

Ramon Enrich peint des paysages hybrides, entre urbanisme industriel et rural, et nature apprivoisée à la manière des jardins baroques. Une lumière oblique, presque rasante, vient appuyer les effets de perspective obtenus par le dessin géométrique et simplifié des éléments de la composition. Les arbres, les buissons et les bâtiments sont ramenés aux formes simples du cône, de la sphère et du cube. Sous un soleil de plomb, ces paysages graphiques nous font voyager dans un univers surréaliste et désert où l’homme est absent et où nature et architecture se répondent par un jeu de formes et d’ombres.

1. Vous considérez-vous comme une figure émergente dans l’art contemporain ?

Ramon Enrich : Pas du tout, je suis un simple artiste, un créateur, doté d’une vision du monde très personnelle. Je suis fasciné par l’architecture et pour tout ce qui touche à l’absurde.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Ramon Enrich : Le style est semblable à la voix, il n’y a rien à faire pour le changer. Je suis toujours resté obsédé par ce qui a trait au paysage et à l’architecture. C’est en quelque sorte une présence marquée par l’homme. Je considère la peinture comme un long chemin plein de possibilités mais aussi de renonciations : à la fin ce qu’on laisse est presque plus important que ce que l’on prend. Mon style est marqué par les paysages intérieurs, les émotions ainsi que les paradoxes qui se rattachent à la sphère de l’irréel. Je cherche l’ambiguïté des formes primitives, qui s’opposent aux formes plus modernes et sophistiquées. Et cela, toujours avec un style simple, une économie dans le langage.

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3. Racontez-nous votre parcours…

Ramon Enrich : Dès l’enfance, j’ai décidé de m’amuser en choisissant un chemin très visuel. Le plaisir des yeux comme moteur de l’intelligence et de l’émotivité.Ainsi, j’ai commencé à m’intéresser à ceux qui ont participé à la pensée et la théorie relative à la peinture. Après mes études aux Beaux-Arts et mes cours d’histoire de l’Art, je suis parti à la recherche des figures de l’art plastique. J’aurais aimé avoir connu Brancusi, Matisse… Hélas, je suis arrivé trop tard ! Aussi, j’ai décidé de partir à la rencontre des mythes vivants. J’ai commencé par l’Amérique. Je me suis présenté devant  la maison de Donnald Judd au Texas. De même, que Schnabel, Hockney et Ed Ruscha. Chacune des ces figures est un monde en soi. Je voulais comprendre le lien entre leur oeuvre et leur pensée, le manière d’exprimer leur liberté.

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4. Qu’avez-vous appris des voyages qui ont ponctué votre formation de peintre ?

Ramon Enrich : Ces voyages initatiques sont le ciment de ma peinture. La rencontre de Richard Long ou Howard Hodking m’a aidé à forger mon propre chemin. Je parle de liens spirituels, pratiques et professionnels.

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5. Quel souvenir gardez-vous de votre rencontre avec Ed Ruscha ?

Ramon Enrich : Ed Ruscha est pour moi un des meilleurs narrateurs qui soient.Je me suis présenté chez lui a L.A avec le seule idée de voir son espace de travail. J’aimais sa modernité de cow-boy classique, comme un artiste des avant-gardes cherchant une chose différente de ses voisins. Une ligne solitaire mais vraie. J’ai parlé de tout ça avec lui : modernité, connections célestes, monde gris des US, toujours avec la sensibilité des poètes qui veulent guérir le monde en nous donnant à regarder la beauté.

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  1. Travailler avec David Hockney… Une manière d’entrer dans le mythe ?

Ramon Enrich : Hockney est de nos jours probablement le plus vivant des jeunes artistes. Il porte en lui Picasso, La Renaissance, Les Primitifs. De même que la technologie avec l’œil et l’intelligence de notre siècle. Je me souviens avoir débuté ce voyage auprès de Hockney quand il m’a envoyé son chauffeur à Los Angeles pour m’emmener chez lui. Nous sommes arrivés a Montcalm Avenue, sa maison au Hollywood Hills. Un petit-déjeuner avec Elton John (voisin des Hills). Tout était nouveau pour moi. Je suis  resté dans son atelier tel un voyeur pendant quelques temps. Je me suis plongé dans sa méthode, ses peintures, tout cela au quotidien. C’était un vrai masterclass de simplicité et de passion. La passion de vivre pour ce qui nous anime, nous fait vibrer.

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7. Quelles missions donnez-vous à l’art aujourd’hui ?

Ramon Enrich : L’art est une façon de voir le monde. Aujourd’hui tout est possible, et c’est encore plus difficile d’être vu. L’art est fait pour durer. Le public aura toujours la légitimité pour le juger. Je fais partie de ces romantiques qui pensent que les être humains auront toujours la nécessité d’être séduits. Il appartient aux artistes de séduire : tout est un grand théâtre dans le bon sens du terme. 

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8. La nature et l’architecture sont deux thèmes prédominants dans votre travail…

Ramon Enrich : La relation entre l’architecture et la nature est l’un des grands thèmes  de l’histoire de l’humanité. Je parle de la lutte de la civilisation pour conquérir la nature. J’aime l’architecture car elle parle de nous, à chaque moment de l’Histoire, en tous lieux. C’est un vrai portrait des relations humaines et de leur environnement.

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  1. Peut-on dire que vos créations empruntent des codes au surréalisme ?

Ramon Enrich : Oui, le surréalisme se situe à côté de la raison, il représente pour moi l’œil intérieur. Cela me passionne, ce fil de pensées qui se déroule de l’autre côté du miroir. On trouve des échos, des liens tissés entre les hommes au travers de la culture et du temps.

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  1. Quels artistes vous inspirent au quotidien ?

Ramon Enrich : Chaque artiste à des références. Les miennes se réfèrent aux choses simples : Judd, Long, sont mes dieux. J’aime à suivre des artistes qui traitent de thèmes classiques mais avec des mots issus de notre langage contemporain. Les œuvres empreintes d’émotion et de simplicité, comme celles de John Pawson ou d’Anish Kapoor me touchent particulièrement. Ou Jean Prouvé avec sa logique ponctuée d’émotion quasi-religieuse lorsqu’il traite de choses aussi terre à terre qu’un simple objet. Encore plus si cette émotion est amusante, intelligente comme Edward Wurm.

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11. Comment travaillez-vous ?

Ramon Enrich : Je suis un peintre solitaire. Je m’isole des heures entières dans l’Atelier à réfléchir à des actes créatifs nés d’un accident dans les couleurs, les combinaisons, les designs. Je passe des moments, seuls à penser, à faire la cuisine, en quête de nouvelles voies. Travail et discipline sont mes deux règles de vie d’artiste mais je reste toujours avec sensible au rythme des saisons, à la nature de l’autre côté des grandes fenêtres de l’Atelier.

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  1. Avez-vous songé à la mise en scène pour les arts dramatiques ?

Ramon Enrich : Mes tableaux sont comme des chorégraphies végétales et architecturales. La mise en scène me tenterait bien sûr, car le théâtre éclaire le monde avec simplicité. Cet écran artificiel constitue en lui-même un tableau.

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  1. Votre vœu le plus cher ?

Ramon Enrich : Être heureux avec ma famille, mes fils et leur faire découvrir le monde. Par égoïsme, peut-être un tableau de Matisse ou des boîtes d’aluminium à couleur de Donald Judd.

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  1. Quels sont vos projets à venir ?

Ramon Enrich : Dans ma ville Igualada, j’ai le projet d’aider à la transformation d’un quartier industriel. Comme artiste, j’ai des expositions prévues à Core, Barcelone et Milan.

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