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De la musique avant toute chose avec Cyrille Dubois

Révélation Lyrique aux Victoires de la Musique Classique 2015, Cyrille Dubois est depuis toujours un artiste insatiable de découverte de nouveau répertoire. Il  découvre le chant pendant son enfance dans les classes horaires aménagées de la Maîtrise de Caen (direction Robert Weddle). Grace aux auditions hebdomadaires, il aborde pendant ces années un large répertoire sacré et profane. En tant que soliste, il a pu participer à de nombreux projets tel les Pie Jesu des requiem de Fauré, Duruflé, ou Andrew Llyod Weber, les Chichester Psalms de Bernstein ou le Tour d’Ecrou (Miles) de Britten à l’Opéra de Lyon et Chambéry.

Quelques années après, il entre en ténor au CNSM de Paris (Classe d’Alain Buet). Mais la grande passion de Cyrille réside dans le Lied et la Mélodie dont il est un émissaire recherché. C’est au contact d’Anne Le Bozec et Jeff Cohen avec lesquels il se produit en récital, qu’il découvre ce répertoire. Il forme avec le pianiste Tristan Raës le Duo Contraste. Des rencontres avec de grands interprètes de ce genre leur a permis d’approfondir et d’élargir leur répertoire avec notamment une masterclass avec Helmut Deutsch pour les Lieder ou des rencontres avec François Le Roux pour la mélodie. Leur éclectisme ne trouve pas de limite ! Lauréats du Concours Boulanger et triple lauréats du concours de musique de chambre de Lyon (dont 1er prix et prix du public),  ils sont dès lors invités à de nombreuses reprises à défendre le répertoire de la mélodie Française autours du globe (Palazetto Bru-Zane de Venise, Opéra de Paris, Festival de St Petersbourg, Musée Claude Debussy, Musée de l’Armée aux Invalides, Whigmore Hall à Londres et à Moscou…) et se font chantre de la défense de ce répertoire. Cyrille a pu également faire des récitals avec Michel Dalberto, Nicolas Stavy ou plus récemment un récital sur les Canticles de Britten à l’Amphithéâtre Bastille. Avec orchestre il a interprété les Illuminations de Rimbaud de Britten, Pulcinella de Stravinsky avec l’Orchestre de Normandie.

Après ses années au CNSM il intègre le prestigieux Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris qui lui donnera ses premières opportunités de se produire en scène : Sam Kaplan dans “Street Scene” de Kurt Weil, Gonzalve dans “L’Heure Espagnole” de Ravel, “la Resurezzione” de Haendle (Saint Jean) (direction Paul Agnew) et “La Finta Giardiniera” de Mozart (Il Contino Belfiore).

Hors Atelier il a également pu interpréter d’autres rôles tels : “La Flûte Enchantée” de Mozart (Tamino), “Gianni Schicchi” (Rinuccio – Gherardo) de Puccini, ou “Le viol de Lucrèce” de Britten (Male Chorus), “Les noces de Figaro” (Don Curzio) de Mozart. Ou à la suite du 21ème concours international de chant de Clermont Ferrand qui lui donne la possibilité de chanter, le rôle d’Edoardo dans “La Cambiale di Matrimonio” de Rossini dans de nombreuses salles françaises. Aussi a-t’il a pu rencontrer Jeannine Reiss, Dame Ann Muray et Nathalie Dessay lors de masterclass.

Son début de carrière l’emmène sur les plus grandes salles de France et d’Europe : à la Scala de Milan et l’Opéra de Paris dans “Les Contes d’Hoffmann” (Nathanaël), la Monnaie de Bruxelles début 2013 dans une création contemporaine de Benoît Mernier: “La Dispute” ou au Théâtre des Champs Elysées où il a effectué un remplacement au pied levé du Conte Almaviva dans « le Barbier de Seville » de Rossini. En 2014, il a interprété Gérald dans Lakmé à l’Opéra Théâtre de Saint Etienne ce qui lui a valu d’être considéré comme un des espoirs du chant Français (primé révélation lyrique 2014 par le syndicat des critiques musicaux). Après avoir été remarqué dans les 4 valets  des « Contes d’Hoffmann » à l’Opéra de Lyon, puis le rôle de Brighella (Opéra de Paris) couplé avec celui du Tanzmeister à l’Opéra de Toulon et fait ses débuts à Garnier (Opéra de Paris) avec le rôle d’Oronte dans Alcina de Haendel dirigé par Christophe Rousset ou dans la re-création à l’Opéra de Paris du Roi Arthus (Chausson) (avec Roberto Alagna, Thomas Hampson) ; il a été sélectionné en 2015 par le Centre Français de promotion Lyrique pour interpréter le jeune premier (Coelio) dans « Les Caprices de Marianne » d’Henri Sauguet dans de nombreuses salles de province. S’en suivent des rôles de plus en plus importants : il a été Pâris aux côtés de Karine Deshayes à l’Opéra de Toulon (la Belle Hélène, Offenbach) ; Ses débuts comme Gonzalve (L’Heure Espagnole, Ravel) au Festival de Glyndebourne (GB). Il a récemment été Don Narcison (Turco in Italia, Rossini) à Metz et Modena (Italie) ; Marzio (Mitridate, Mozart) au Théâtre des Champs Elysées et à Dijon,  et enfin Belmonte (Entführung auf dem Serail, Mozart) à l’Opéra de Lyon, ou Ferrando (Cosi fan Tutte, Mozart) à Rouen.

Il a été parrain de la journée européenne de l’Opéra au théâtre de Caen en mai 2016. Il a pu également participer à 2 saisons de l’émission « la Boîte à Musique » de Jean-François Zygel sur France 2. Mais fidèle au monde amateur et choral qui l’a vu grandir (dans la petite commune littorale de Ouistreham Riva-Bella) il n’oublie jamais de transmettre sa passion, aussi souvent qu’il le peut, dans la Manche où il habite maintenant.

Au disque, outre les enregistrements qu’il a fait étant enfant avec la Maîtrise de Caen (notamment les petits motets de Brossard, salués par la critique internationale), il a été l’invité de Radio France pour l’enregistrement de “Tistou les Pouces verts” de Sauguet et du Centre de Musique Baroque de Versailles pour “Renaud” de Sacchini, les Horaces de Salieri (à paraitre) avec les Talens Lyriques, et la Caravane du Caire (Grétry) avec les Agrémens, ou le Paradis Perdu de Théodore Dubois et la missa Sacra avec les Cris de Paris (direction Geoffroi Jourdain), ou le Désert de Félicien David avec Accentus (direction Laurence Equilbey), Les œuvres du prix de Rome de Dukas avec l’orchestre de la radio Belge (direction Hervé Niquet). Le CD de mélodies Française (Clairières dans le ciel) qu’il a enregistré avec Tristan Raës pour Hortus l’an dernier a reçu le diamant d’Opéra Magazine.

La rentrée 2017/2018 de Cyrille Dubois est mozartienne : il reprend son rôle dans Cosi fan Tutte en septembre à l’Opéra de Paris, puis enchaîne deux productions de La Cenerentola de Rossini (Don Ramiro), à l’Opéra de Lyon en fin d’année 2017 et au TCE pour clôturer sa saison. Parallèlement, il prendra part à la nouvelle production du Domino noir d’Auber à l’Opéra de Liège, dans le rôle d’Horace.

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1. Vous considérez-vous comme une figure contemporaine de l’Opéra ?

Cyrille Dubois : Je suis assurément un acteur de l’actualité de la scène Lyrique Française. Un artiste engagé qui défend une certaine vision de la musique classique et qui cherche à comprendre comment aborder cet art séculaire de façon contemporaine, avec les contraintes de notre temps : volatilité de l’information, recherche constante du sensationnel, relatif désintérêt du grand public pour tout ce qui fait appel à l’intellect. Bref tout le contraire de ce que nécessite précisément l’Opéra. C’est un vrai challenge que les artistes de ma génération doit relever pour ne pas voir complètement disparaître l’Opéra. Maintenant de là à dire que je suis une “figure” je ne le pense pas ; ma carrière est encore assez franco-française, je trace mon chemin, en regardant et respectant les figures du passé. L’histoire dira si j’ai fait avancer les choses ! Il est trop tôt pour le dire, et je ne suis certainement pas celui qui peut en juger.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Cyrille Dubois : J’aime bien le qualificatif de “ténor 4×4” ! Plus sérieusement, je me risque, avec les particularités de mon instrument que je définirais comme “ténor de grâce”, vers toutes les catégories de musiques qui ne me mettent pas en danger. Ainsi, j’aborde volontiers le baroque, du Mozart, mais aussi du Rossini, de l’opéra comique Français, du contemporain et bien entendu le lied et la mélodie. C’est assez difficile de caractériser mon style. Je sais ce que je ne suis pas : un ténor verdien-wagnérien. Tous ces rôles me seront je crois assez inaccessibles. Maintenant, les choses qui reviennent le plus lorsque l’on parle de mes interprétations, c’est la musicalité. Et c’est tout simplement le compliment qui me touche le plus. Je n’ai jamais été touché par les artistes “aux moyens exceptionnels” mais qui sont incapables de faire la moindre musique. Et ce n’est pas de la jalousie que de dire cela, mais je pense qu’il faut faire avec son instrument et ses forces. J’ai eu la chance d’aborder un répertoire très vaste depuis mon plus jeune âge, ce qui m’a donné un “sens du style” qui est une chose difficile à appréhender et à comprendre lorsque l’on ne le ressent pas. J’ai une particularité également, qui me vient de mon approche chambriste, c’est l’attachement au texte que l’interprète se doit de faire passer.

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3. Vous avez commencé à chanter dès votre plus jeune âge…

Cyrille Dubois : En effet, même si je ne viens pas d’une famille de musiciens, on a toujours aimé la musique classique à la maison et mon père égayait les repas de famille avec des chansons populaires à la guitare. J’ai rencontré le chant vers 6 ans, mais depuis toujours je chante. Il existe des vidéos de famille sur lesquelles, depuis tout petit je chante. Le chant a toujours fait partie de ma vie. C’est une porte ouverte sur les âmes où toute tricherie est impossible.

4. Racontez-nous votre parcours

Cyrille Dubois : J’ai commencé la musique dans ma petite commune sur le littoral Normand, Ouistreham Riva-Bella. Il existait à l’époque une petite chorale d’enfant dirigée par une amie de la famille, Agnès. Très vite, elle a décelé chez le petit garçon des capacités hors du commun et m’a dirigé vers les classes à horaires aménagés de la maîtrise de Caen dirigée à l’époque par un Anglais, Robert Weddle. Ces classes ont été pensées sur le modèle des maîtrises anglaises : 2 heures de musique par jour dispensés au conservatoire de Caen et pendant les années de collège (6ème-3ème) avec une audition hebdomadaire tous les samedis midis. Ainsi pendant 7 années, j’ai découvert une grande partie du répertoire choral, lu énormément de musique, fait des voyages qui ont scellés ma destinée et forgé le musicien que je suis aujourd’hui devenu. 

A la suite de ces années, je suis retourné vers un cursus général, (par besoin d’expérimenter une vie sans musique, normale si l’on peut dire). J’ai ainsi passé un Baccalauréat scientifique, intégré une prépa puis une école d’ingénieur agronome. Tout cela pour me rendre compte qu’au final, il me manquait quelque chose. Aussi, le vide laissé par l’abandon nécessaire de la musique pendant quelques années, s’est creusé assez pour que, à dessein, je me redirige vers elle. D’abord sans vraiment croire que j’en ferai mon métier notamment pendant mes années à l’école d’ingénieur à Rennes ou dans les chœurs de l’Opéra. Mais le fait de rechanter m’a vite fait comprendre que je ne pourrais y échapper. Aussi, une fois mon master d’ingénieur en poche, j’ai passé le concours au CNSM de Paris et intégré le cursus de chant la même année. Ce serait mentir de dire que ces années au CNSM ont été heureuses. Sortant d’un master et avec le bagage de ma maîtrise, je me suis trouvé confronté à une structure très “académique” au niveau disparate, alors que je m’attendais à une émulation positive, un terreau pour développer encore mon érudition, au contact avec d’autres interprètes et instrumentistes alors que je recherchais plutôt un accompagnement vers une professionnalisation. Tout n’a pas été que négatif pendant ces années : j’ai pu consolider mon instrument et lui laisser le temps de se développer (dans la classe d’Alain Buet), parfaire mon niveau de lecture à vue, d’améliorer ma maîtrise des langues communes dans l’Opéra et surtout la découverte du Lied et de la Mélodie dans les classes de Jeff Cohen et Anne Le Bozec dont je ne manquerai pas de reparler tant ce répertoire m’est cher !

Je suis donc resté à la Villette un temps réduit en comparaison d’un cursus complet pour intégrer, par chance, l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris. Les concours de recrutement venaient d’avoir lieu et ils n’avaient pas trouvé de ténor cette session. Il s’est trouvé que j’ai été mis en contact avec le directeur de la structure, Christian Schirm. Après une audition, j’ai quitté le CNSM avec un examen et ai intégré l’Opéra. C’est vraiment là que débuta ma carrière. Avec 4 productions “maison” sur 2 saisons, j’ai pu faire mes armes et ainsi me faire connaître pour débuter ma carrière… la suite on la connait. 

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5. Quelles rencontres ont été déterminantes dans votre carrière ?

Cyrille Dubois : La première, c’est assurément Robert Weddle qui a posé les bases du musicien que je suis aujourd’hui et ouvert les yeux du petit garçon sur le monde de la musique. Ensuite, je dirais Anne Le Bozec, pour m’avoir ouvert de la plus belle manière le répertoire du Lied et de la Mélodie en m’appariant avec Tristan Raës, le pianiste avec lequel, près de 10 ans après, je fais de la musique de chambre. Nous avons construit une relation assez inédite dans le sens où nous ne sommes pas un chanteur et un pianiste, mais un vrai duo de musique de chambre. Nous abordons un répertoire le plus vaste possible. Avec la spécificité de nous positionner comme des vrais défenseurs de cette école Française que nous revendiquons. Ensuite, je suis toujours très révérencieux vis-à-vis des grands artistes lyriques que je suis amené à côtoyer dans ma carrière. Tous ceux qui sont toujours là après 20-30 parfois 40 ans de carrière et comme je me considère (encore pour quelques années) comme un jeune chanteur. J’ouvre grand les yeux et les oreilles dès qu’on peut croiser un Roberto Alagna, un Jonas Kaufmann, ou Ramon Vargas pour les ténors, une Natalie Dessay, une Ann Muray, une Joyce Di Donato, une Marie-Nicole Lemieux… tous ces grands interprètes mondialement connus et dont j’ai pu partager le quotidien et dont j’espère suivre le chemin… 

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6. De quelles figures lyriques vous sentez-vous l’héritier ?

Cyrille Dubois : Je n’ai jamais construit ma carrière avec le culte de la personnalité de quelqu’un d’autre. Une des grande leçon que j’ai apprise (dans la souffrance) est qu’il faut trouver sa propre voie(x). En cherchant à “ressembler à”, et mal guidé, j’ai un temps abîmé mon instrument et me suis rendu très malheureux car je n’y arrivais pas… Je faisais ce qu’on me disait de faire, mais je ne maîtrisais rien, c’était une vraie douleur presque physique car le corps me disait que ce n’était pas la bonne voie. C’est pour cela que les professeurs ont une très grande responsabilité dans leur discours qu’ils doivent adapter à chaque élève plutôt que d’essayer d’imposer une technique, une esthétique, une façon de faire (souvent la leur) à un élève.

Ma démarche, depuis que je me suis affranchi de cette vision est de construire ma propre couleur en étant ouvert à tous les discours (je pense qu’un temps il est utile de suivre un enseignement pour poser les bases, mais ensuite, c’est salvateur d’aller glaner ci-et-là plusieurs méthodes pour construire sa solution). J’écoute donc plusieurs chanteurs qui sont des références et permettent de trouver des solutions, et plusieurs chanteurs sont bien évidemment des modèles: Pavarotti pour la ligne de chant, Domingo pour le soleil et la longévité, Alagna pour la diction dans le répertoire français, Florèz pour le bel canto etc…. On peut être à même de déceler chez tous ces “grands chanteurs” quelles sont leurs forces. Maintenant, il y a des chanteurs à la carrière plus confidentielle parfois, mais qui me bouleversent: toujours chez les ténors : j’adore la suavité et l’intelligence de Bostridge, de même chez Prégardien pour le Lied, Yann Beuron pour le Français également et qui est le chanteur dont ma voix se rapproche le plus peut-être.

Je fais donc ma “sauce” avec toutes ces esthétiques pour me nourrir artistiquement. Et c’est formidable car en “un clic” on peut avoir accès à ce qui se fait en ce moment et ce qui s’est fait même à l’époque et nous sommes la première génération à avoir autant de traces sonores. A nous d’en dégager une synthèse pour pouvoir ensuite se dire en conscience; je choisis de m’inspirer de telle esthétique ou au contraire, je m’en affranchis. C’est cette approche qui m’intéresse et précisément dans le Lied et la Mélodie, construire une interprétation éclairée par celles du passé, mais bien contemporaine et propre à ma génération, à l’esthétique que le public d’aujourd’hui peut attendre. En ce qui concerne un héritage, je suis plus tenté par le fait de défendre une façon de faire “à la française”, nourri par les codes et l’histoire de notre musique que par une figure car en soi, plus que les personnes c’est la musique qui importe….

7. La journée type d’un ténor ?

Cyrille Dubois : Cela dépend du moment. Si je suis à la maison perdu dans ma campagne Normande, je reste éloigné de tout ce qui a trait à la musique. J’ai besoin de cette dualité dans ma vie: à la campagne, je me recentre sur l’essentiel: ma famille, mon foyer. Très différent de mes temps à la ville: emploi du temps surchargé en période de production. Quand je ne répète pas les spectacles à venir (ce qui peut prendre parfois jusqu’à 6 heures par jour), je prépare ceux à plus long terme, je lis du répertoire, je me renseigne, je développe et entretien le réseau qui est indispensable dans la carrière. 

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8. Comment gérez-vous vos émotions avant de rentrer sur scène ?

Cyrille Dubois : Ainsi que je l’ai dit, la musique a toujours fait partie de ma vie. De même que les spectacles. Je ne pourrai pas dénombrer le nombre de fois où j’ai chanté en public depuis que j’ai commencé il y a plus de 20 ans. Probablement pas loin de 1000 ! Me produire devant un public est une chose assez commune pour moi finalement. Il y a des échéances sans stress, de plus en plus rares, et d’autres que l’on sait ne pas devoir rater. C’est donc un composé d’habitude et de routine qui permet de gérer les émotions. Les journées de spectacles sont rythmées invariablement par un lever assez tard, un bon plat de pâtes vers  15H, puis je me rends à la salle vers 17-18H, quelques échauffements vocaux et physiques, maquillage puis 30 minutes avant on met le costume, on se recentre. Et démarre le compte à rebours. J’ai toujours détesté ces 30 dernières minutes! Je veux toujours y aller! C’est d’ailleurs plutôt bon signe !

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9. Parlez-nous de votre répertoire

Cyrille Dubois : Infini ! Je n’établis que deux limites à mon répertoire : celui de ma connaissance, et de mes possibilités vocales. Je prends tout le reste! Pour être plus concis, je crois avoir démontré ces dernière années que l’on pouvait compter sur moi pour tous les rôles de ténor Mozartien (légers d’abord, mais les gros viendront assurément). J’ai abordé très jeune le répertoire baroque et j’aime le faire donc j’espère pouvoir également continuer. J’ai une approche prudente du bel canto Rossini, Bellini, Donizetti sont des choses que je fais ponctuellement et avec prudence car je ne veux pas faire que cela. Ma voix aujourd’hui me permet une agilité dans les vocalise et un ambitus assez élevé donc ce répertoire s’impose à moi, mais j’y vais doucement car il y a des références absolues et nous sommes diablement attendus ! C’est un répertoire stressant.

Je l’ai dit le contemporain ne me fait pas peur, et j’aime la démarche de pouvoir participer au processus créatif d’une nouveauté avec cette part d’inconnue et le fait de pouvoir poser son empreinte, son esthétique sur un territoire vierge! Mais tout les chanteurs ne le peuvent pas. Il faut avoir cette maîtrise du solfège pour être armé contre les pièges des compositeurs modernes.

Ensuite l’opéra comique Français, qui est un pan qui, un temps a été complètement mis de côté, mais qui, sous l’initiative notamment du Palazetto Bru Zane semble revenir. Faire des opéras oubliés est très intéressant, toujours dans cette volonté de surprendre le public. Avec le double intérêt de pouvoir chanter dans notre langue. Cela peut sembler bête de le dire, mais normalement les interprètes Français devraient être les mieux à même de chanter leur langue…  Ce qui n’est pas toujours le cas. Mais le chantier de la diction lyrique française est ouvert et je m’en fais volontiers l’ambassadeur!

Enfin, “the last but not least”, le Lied et la Mélodie dont les frontières sont elles vraiment infinies car il n’y a aucun répertoire qui ne puisse être abordé.  Je le disais récemment, c’est un répertoire que j’aborde avec une attention exacerbée à la poésie mise en musique, sur le texte et les couleurs. La mélodie, c’est ce que j’appelle l’empilement interprétatif, un genre qu’on qualifie trop souvent d’élitiste mais je préfère dire éduqué. D’abord il y a le texte, les mots, le rythme du poème. Nous avons la chance d’avoir une langue séculaire d’une richesse spectaculaire. Je me délecte des mots de poètes comme Théophile Gautier, Baudelaire, Sully-Prudhomme, Verlaine etc. On ne peut pas s’affranchir d’aimer les textes lorsqu’on parle de mélodie. On peut regretter que l’on déflore peu à peu notre belle langue dont les subtilités s’effeuillent au fil du temps. Donc d’abord le poème, puis le compositeur qui peut soit suivre la musique du texte, soit s’en affranchir.

Il y avait il y a quelques temps sur mon site internet cette citation de Wagner « la musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots ». Même si je ne comprends pas forcément la musique de Wagner (ce lyrisme grandiloquent me laisse assez indifférent), je comprends où il voulait en venir avec cet adage : la musique est un medium extrêmement puissant. Un vecteur assez absolu en termes d’émotions qu’elle peut susciter.  Il est souvent éclairant de voir à quel point, face à un même texte, des compositeurs suivent des voies différentes. On peut parler d’une forme de madrigalisme dans le lien entre le mot et sa musique dont le rapport installe une ambiance particulière.

En outre, nous avons en France, la chance de compter parmi les plus grands harmonistes et mélodistes de la musique. Et enfin, il y a ce niveau infini qu’est celui de l’interprète qui me fascine. Il faut que le spectateur sache que lorsque Tristan et moi travaillons la mélodie, nous nous posons des questions sur tout. Ainsi que le poète qui choisit ses mots ou le compositeur ses notes, c’est à l’artiste-interprète de proposer une façon de voyager ou une autre, de faire vivre tel mot ou telle note. C’est le plus noble sens du mot « interprète » ; c’est de sa sensibilité que naît l’émotion et c’est lui qui transmet au public ce qui n’était pour lors, que sur le papier…. Quant au genre de la mélodie Française,  pour moi c’est la subtilité et la fragilité qui prévalent. Il existe vraiment une école française de la mélodie qui est directement dans lignée de Fauré à Nadia et Lilli Boulanger, par exemple. Et nous nous faisons fort d’en répondre. Ce qui m’intéresse également dans la mélodie, c’est d’en donner une approche actuelle. J’interprète la mélodie avec ma sensibilité d’artiste contemporain.

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10. Quelles images avez-vous en tête lorsque vous chantez sur scène ?

Cyrille Dubois : C’est une question que je ne me suis jamais posé parce que je n’en ai aucune. Je me laisse porter par ce que je raconte. J’interprète en essayant de garder le contrôle sur l’aspect vocal et technique, mais sinon je me laisse faire par le chef ou le pianiste en suivant les contraintes du metteur en scène si besoin. Tout le travail imaginaire est fait avant. Il faut voir que l’on peut se laisser guider par l’univers d’un metteur en scène ou y mettre un peu de soi, de son vécu. 

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11. Comment parvenez-vous à apporter votre sensibilité artistique à un rôle au regard des exigences de jeu théâtral et de technique vocale ?

Cyrille Dubois : C’est une chose qui se construit, normalement en concertation avec le metteur en scène qui ne peut brider l’instinct de l’artiste. Le chant et l’opéra est un art viscéral. Pour toucher la corde sensible du public, l’interprète doit se mettre à nu et ainsi dévoiler ses faiblesses et sa propre sensibilité. Chose qui selon moi, ne peut arriver sous la contrainte. Alors on compose avec l’imaginaire du metteur en scène pour arriver à un compromis qui ne se fasse pas au dépend de l’imaginaire et la vision d’un artiste sur sa façon d’interpréter le rôle. Mais à la fin c’est l’artiste qui est le médium des émotions. On peut néanmoins par le travail, transformer cette vision, lâcher des choses auxquelles on ne s’attendait pas. Mais mon expérience est trop limitée pour avoir été confronté à des choses qui me poussent si loin dans mes limites… Je n’attends que de le découvrir.

Quant à la technique vocale, là encore il faut transiger. Il y a des choses impossibles. On ne peut pas chanter sur les mains, mais de ce côté là, suivant l’exemple de Natalie Dessay par exemple qui se jetait corps et âme dans toute ses interprétations scéniques, je suis tout à fait ouvert à tenter des choses et sortir un peu de la zone de confort pour essayer des choses. Pour preuve, ce récent Cosi à l’Opéra de Paris qui était tout sauf confortable d’un point de vue technique pour un résultat qui me semble coller à ce que voulait la chorégraphe. Pour autant, nous avons collectivement posé des limites pour ne pas nous mettre en danger : mais là encore, cela dépend des chanteurs. 

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12. Quel regard portez-vous sur votre vocation relative à l’Art dans sa dimension absolue ?

Cyrille Dubois : Cela sort un peu de mon champs de compétence : je n’ai jamais été bon en philo (rires). Je vais donc dire mon sentiment : pour moi, l’Art est lié à l’émotion dans une façon presque absolue. L’Art n’en est que si il provoque chez le spectateur une réaction.

Parfois de rejet : cela arrive trop fréquemment dans l’accueil d’une mise en scène. Je pose la question de façon un peu provocante : Faut-il pour autant nécessairement vouloir choquer ou surprendre dans l’Art ? Ne peut-on pas (ne sait-on pas?) plus souvent construire des choses classiques ou conventionnelles? A mon sens, on perd une grande partie du grand public à ne construire des mises en scènes trop alambiquées ou tout simplement inutiles. 

Parfois ce sont des réactions bénéfiques. Et ce sont souvent celles-ci les plus mémorables. C’est cela que je cherche à faire en tant qu’artiste. Faire oublier au spectateur sa condition humaine. L’une des finalités de l’art, n’est-elle pas d’adoucir le passage des Hommes sur la terre ?

 13. Quelle musique écoutez-vous ?

Cyrille Dubois : J’écoute assez peu la musique hors du travail. Le classique est donc quelque chose que j’écoute volontiers, mais je peux très bien essayer de me couper du monde de la musique classique en écoutant de la variété actuelle. J’aime beaucoup la musique de Film qui se rapproche certes souvent de la musique classique mais très grand spectacle et d’ailleurs c’est fantastique ce style de musique, car il réconcilie l’art de la musique classique pour les foules, ce que nous n’arrivons pas à faire dans l’opéra. Pour l’instant, les opéras contemporains (en France du moins) sont très éloignés des aspirations du grand public. Il y a bien la comédie musicale, mais on peut déplorer que l’on ne s’en empare que si peu dans notre pays : où est le Broadway ou le West End Français ?

14. Quels rapports entretenez-vous avec le public ?

Cyrille Dubois : J’aime les moments d’échange avec le public. La présence de personnes à la sortie des artistes traduit toujours un attachement aux interprètes qui est très touchant. Et je consacre toujours du temps à ces personnes. Je fais aussi ce métier pour ce contact. Ce public est parfois complètement novice et auquel cas, c’est fascinant d’avoir réussi à les attirer dans des endroits qu’il ne connaissait pas, ou alors un connaisseur et un amateur, ce qui ne me distingue alors nullement de lui car au final, la passion d’un amateur est très proche de celle d’un professionnel !

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15. Quelles sont vos passions personnelles ?

Cyrille Dubois : J’aime me ressourcer en famille dans mon jardin au contact avec la nature, la mer également comme j’ai grandis sur les bords de la Manche. 

16. Quels sont vos projets à venir ?

Cyrille Dubois : Mes projets à court termes m’emmènent sur la scène de l’Opéra de Lyon pour la Cenerentola, puis le Domino Noir à Liège puis à l’Opéra Comique.

J’aime enregistrer et plusieurs choses vont sortir sous peu (Les Troyens, du Debussy, le Devin du Village de JJ Rousseau, les pêcheurs de perles (…), et je travaille sur de nouveaux projets discographiques.

Pour ce qui concerne les saisons suivantes, je peux d’ores et déjà annoncer un Hyppolyte, un Enlèvement au Sérail et un Dialogue des Carmélites, de nombreux récitals de Lied et Mélodie dont un au prestigieux Wigmore Hall à Londres. Je poursuis donc le chemin commencé…

En savoir plus sur Cyrille Dubois http://cyrille-dubois.fr/

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