Arts, Portraits, Théâtre
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Dernier hommage à Madeleine Marion, âme du théâtre français

Cette femme à la voix chaude, aux yeux de velours était l’amie de tous. Sa voix respirait Claudel naturellement et ses accents chantants modulaient toujours singulièrement les textes” nous dit Muriel Mayette, Administrateur général de la Comédie Française.

Figure sculpturale et majestueuse du théâtre, Madeleine Marion – “Mado” pour les intimes dont j’ai eu l’insigne honneur de faire partie – a laissé derrière elle une carrière de comédienne brillante dont la voix profonde, presque masculine, prolongeait celle des poètes avec lyrisme et gravité.

Madeleine Marion

Pensionnaire de la Comédie Française depuis 2002, Mado faisait partie de cette génération de comédiens issue de la belle époque du théâtre. Elève de Béatrix Dussane au CNSM dans les années 1950, son nom fut toujours associé à celui d’Antoine Vitez qui la sublima dans « Le Soulier de Satin » de Claudel représenté en 1987 à la Cour d’Honneur du Palais des papes au Festival d’Avignon.

Sa carrière fut nourrie de rencontres avec de grands metteurs en scène qui surent exploiter la richesse de son talent,  tels que Sacha Pitoëff dans “Trois Soeurs” de Tchekov, Roger Planchon dans “Edouard VII” de Shakespeare, Robert Wilson dans “Les Fables” de La Fontaine, Julie Brochen dans “Le voyage de Monsieur Perrichon” d’Eugène Labiche, Jean-Pierre Vincent dans “On ne badine pas avec l’amour” de Musset, Jean Négroni dans “Le Misanthrope” de Molière, Jean-Paul Rappeneau dans “Cyrano de Bergerac“(…).

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Comédienne passionnée par la transmission de son Art, Mado fut professeur d’interprétation au CNSM de 1988 à 1995 et marqua ses éléves par sa générosité, son rayonnement, et son amour pour les autres. De grands comédiens tels que Jeanne Balibar, Philippe Torreton, Eric Génovèse, Julie Brochen, Amira Casar (…) ont suivi ses cours et ont gardé d’elle le souvenir d’une comédienne douce, grande, rebelle, iconoclaste, courageuse et assoiffée d’absolu. Elle enseignait avec passion, enthousiasme, et avec la sensation d’avoir appris, grâce à cette charge, «une quantité de choses que l’on fait comme acteur, mais que l’on ne structure pas consciemment». Elle faisait travailler Claudel pour l’énergie et la dilatation du verbe, et Racine pour la lumineuse construction du langage.

J’ai eu personnellement la chance de croiser Mado durant mon enfance. Impressionnée par cette grande femme à la voix grave et satinée, au regard réservé mais profondément affectueux, qui marchait lentement, plongée dans ses pensées, j’aimais lui poser une multitude de questions sur le théâtre. C’est son regard grave lié à ses blessures familiales qui restera le plus marqué dans ma mémoire. Ce même regard se transformait sur scène en un écho magnifique et bouleversant du texte dont elle savait s’habiter, je pense notamment à son rôle dans “Rimbaud, dernière escale” mis en scène par Nada Strancar au Théâtre Molière en 1999.

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