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Mikko Lagerstedt, the Emerging into Light

Contemporary artist Mikko Lagerstedt is an award winning fine art photographer from Finland whose enchanting photo series highlight some of Finland’s extraordinary landscapes. Mikko Lagerstedt is a 31-year-old self-taught photographer, who began taking his craft in 2008. He lives in Kerava just 18 miles from Helsinki.

Capturing simplistic Finnish landscapes and fleeting moments, he strives to use his atmospheric vision to inspire people. His surreal and unique work manages to bring an absolutely breathtaking aesthetic that depicts the mystical and sweeping splendor of the Finnish countryside while capturing the emotion of the moment.

His photography has been featured around the world in book covers, magazines and in advertisements.

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1. Do you consider yourself as a figure of contemporary photography ?

Mikko Lagerstedt : Not really, I feel that I’m just a photographer creating work that inspires me.

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2. How would you describe your style ?

Mikko Lagerstedt : Atmospheric landscape photography. A surreal look at how the World looks through my eyes.

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3. What led you to photography ?

Mikko Lagerstedt : My first inspiration towards photography came to me on a beautiful summer evening as I was driving to my relative’s cabin in Southern Finland. A beautiful vista opened on a field filled with fog and sunrays. I stopped and stared at it and felt the need to start capturing those unique moments.

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4. What has influenced you to create atmospheric photographs ?

Mikko Lagerstedt : It’s something that comes through my past and how I see life. I think it’s because of many things. One of the things that might have influenced me is that I lost my best friend when I turned 18. It was a difficult time for me. I haven’t thought about it, but I believe our past experiences make our present vision. I also know that the worst weather sometimes gives the best photographs.

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5. Félix Ziem, a very famous French painter in the style of the Barbizon school once said: “J’ai rêvé le beau ” (I’ve dreamed the beautiful). What does it mean to you?

Mikko Lagerstedt : For me, it means that we all have different perspectives on what is beautiful. It’s what makes you feel rather than see something.

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6. What’s your relationship with nature ?

Mikko Lagerstedt : I have always been a solitary figure, and I have always enjoyed spending time in nature. I do enjoy to be around people, but when I’m out photographing alone, I feel that I’m in my element.

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7. How do you manage to bring this enchanting universe to your series?

Mikko Lagerstedt : I do what inspires me. I create how I see the World. I don’t overthink the process. I always try my best and push myself to the limits.

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8. Does “the Kalevala,” this epic poetry compiled by Elias Lönnrot from Karelian and Finnish folklore and mythology inspire your work?

Mikko Lagerstedt : I haven’t thought about it. However, I think there might be a connection on how we Finns look at certain things. I love some of the poetry. I might have to go and visit again to refresh my mind with Kalevala.

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9. Which photographers have an impact on you ?

Mikko Lagerstedt : I love the work of Brooke Shaden, Joel Tjintjelar and Martin Stranka. Of course, they might have influenced my work somehow. It’s sometimes hard to see it for yourself.

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10. What gear do you use ?

Mikko Lagerstedt : I use Nikon D810, D800, and various wide-angle lenses to create my photography.

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11. How do you play with lights?

Mikko Lagerstedt : I mostly use available light, or if I’m feeling super crazy, I might use a headlamp or a flashlight.

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12. What about your future plans?

Mikko Lagerstedt : I will continue to create work that inspires me. I also plan to build a community and influence more people by teaching photography and how to see the World from your unique perspective !

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More about Mikko Lagerstedt 

En attendant Godo

Ecrivain, poète et essayiste, Emmanuel Godo envi­sage la lit­té­ra­ture comme “expé­rience inté­rieure”. Agrégé de lettres, docteur ès lettres, Emmanuel Godo enseigne la littérature en classes préparatoires au lycée Henri IV de Paris et à l’Institut catholique de Lille.

Ses premiers travaux sont consacrés à l’œuvre littéraire de Maurice Barrès. Sa thèse est publiée en 1995 aux Presses universitaires du Septentrion sous le titre La Légende de Venise, Maurice Barrès ou la tentation de l’écriture. Il y étudie le rapport très ambigu que Maurice Barrès entretient avec la création littéraire, passion dont il craint la dimension destructrice.

À partir de 2001, Emmanuel Godo élargit son champ de recherche : de Victor Hugo à Jean-Paul Sartre, de Gérard de Nerval à Paul Claudel, d’Alfred de Musset à Léon Bloy, il s’interroge sur la manière dont l’acte d’écrire implique une traversée des apparences, une expérience des limites et engage celui qui l’accomplit véritablement dans un face à face avec l’inconnu.

Grâce au soutien amical des écrivains Jean-Pierre Lemaire, Sylvie Germain et Colette Nys-Mazure, il publie, en 2012, son premier ouvrage de fiction, Un prince, aux éditions Desclée de Brouwer. Autant qu’une fiction, cet ouvrage se présente comme un poème en prose, tombeau d’un inconnu, qui a la particularité stylistique de ne comporter qu’une seule longue phrase.

A partir de 2017, même s’il se consacre toujours à la critique littéraire, Emmanuel Godo infléchit plus nettement son oeuvre vers la création. Tour d’abord, à travers une exploration méditative des territoires personnels entreprise aux éditions Salvator, comportant deux volets – Ne fuis pas ta tristesse (2017) et Mais quel visage a ta joie (2019). Ensuite par l’écriture d’une auto-fiction avec Les Trois Vies de l’écrivain Mort-Debout (éditions des Busclats, 2018). L’ouvrage, né de la rencontre avec Marie-Claude Char et Michèle Gazier, prend la forme d’un journal imaginaire dans lequel un certain Godo questionne son rapport à la matière littéraire.

Mais l’étape la plus importante de cette évolution concerne la poésie. En juin 2018, les éditions Gallimard, à l’instigation de Guy Goffette, décident d’accueillir dans la collection Blanche, le premier recueil d’un poète qui se qualifie lui-même de “souterrain” : Je n’ai jamais voyagé. Emmanuel Godo ne dissocie pas son travail critique et son travail de création dans la mesure où il considère l’interprétation des grands textes littéraires comme un préalable indispensable à l’acheminement vers une écriture personnelle.

A l’été 2019, Emmanuel Godo publie une série de six articles consacrés à Paul Claudel dans les cahiers Les Essentiels de l’hebdomadaire La Vie. Enrichis d’un prologue et d’un épilogue en forme de prière à Paul Claudel, ces articles donnent lieu à une publication aux éditions Salvator : Une Saison avec Claudel. En octobre 2019, il publie un roman aux éditions du Cerf, Conversation, avenue de France, entre Michel Houellebecq, écrivain et Évagre le Pontique, moine du désert, fiction en forme de fable qui pose la question du rôle de l’écrivain dans la société du spectacle.

1. Vous considérez-vous comme une figure de la littérature contemporaine ?

Emmanuel Godo : Je ne crois pas être une figure. Sans cultiver l’effacement, je me méfie de l’exposition médiatique de l’écrivain. Le type d’écriture que je pratique exige du silence, un développement rigoureusement souterrain, obéissant à ses propres rythmes, ce qui n’est guère compatible avec le temps de l’actualité et du spectacle. Cependant, comme tout écrivain, je viens régulièrement présenter le fruit de cette maturation à mes contemporains : mais je dois ressembler à une sorte d’homme préhistorique (portant veste et cravate) qui sort de temps à autre de de sa caverne. Il vient dire qu’on peut parler donc vivre autrement.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Emmanuel Godo : Je ne sais pas si je suis le mieux placé pour le définir. Écrire, pour moi, c’est chercher la langue du pays où je voudrais vivre : un pays fait de dignité, de ferveur, de confiance dans les vertus de l’homme raccordé à sa source. J’espère que mon style ressemble à ce pays, fraternel, recueilli, faisant bon accueil aux vivants et aux morts. Le poète ne se contente pas de préparer l’avènement d’un pays plus authentiquement humain, il fait tout pour le faire advenir : c’est pour cette raison que, dans tout poème accompli, il y a une réserve d’énergie folle – quiconque le lit doit en être transformé.

3. Racontez-nous votre parcours…

Emmanuel Godo : J’ai d’abord écrit des essais critiques qui étaient des exercices d’admiration. Avant d’écrire, il faut apprendre. C’est très long. Je me suis mis à l’écoute des œuvres de Hugo, Nerval, Claudel, Bloy, tant d’autres, comme un préalable indispensable. La connaissance de l’œuvre des autres, des « grands autres » que sont les génies permet d’approfondir la connaissance de soi. Dans le corps-à-corps avec la voix, l’imagination et la pensée de ces admirables « grands autres », on finit par découvrir les siennes. Sinon l’écriture n’est qu’artifice – une chose à quoi il ne vaut pas de consacrer sa vie. Après ces exercices d’admiration, le chant intérieur a pu se faire entendre. Avec des proses comme Un prince (Desclée de Brouwer, 2012) et plus récemment de la poésie, avec Je n’ai jamais voyagé (Gallimard, 2018).

4. Quel chemin vous a mené à la poésie ?

Emmanuel Godo : L’épreuve de la nuit, après la mort de mon père, durant mon enfance. Les mots sont venus me dire que j’étais poète. Il m’a fallu plus de quarante ans pour répondre sérieusement à leur appel. Mais à cette épreuve, il faut ajouter l’amitié avec les poètes, la médiation des professeurs de littérature au lycée puis en prépa, les enthousiasmes de l’adolescence, pour Mallarmé, Nerval, Baudelaire, Jammes, plus tard pour Reverdy, Verlaine, Apollinaire, tant d’autres. Dans une vie, il arrive un moment où l’on s’éveille d’une torpeur qu’on a  confondue jusque là avec l’existence. Dans nos ténèbres, pour citer Char, la beauté n’occupe pas une place parmi d’autres, elle exige un règne sans partage. La poésie est en elle-même un chemin, un chemin de vérité qui me mène, en moi, à la source du feu qui donne vie. Ceci n’est pas une image. Un poème est la vie resserrée sur ses rythmes fondamentaux. Il réalise la promesse sans l’assouvir, en lui gardant sa force blessée de désir. C’est ce qui fait qu’il n’est pas seulement lisible mais qu’il déclenche des déflagrations.


5. Quelles voix antérieures marquent votre écriture ?

Emmanuel Godo : Le fait que nous soyons contemporains d’un monde vide, d’une puissance d’abrutissement sans précédent dans l’histoire de l’humanité, nous contraint à nous armer de toutes les forces spirituelles disponibles. Parmi les poètes, il n’y a presque pas une voix du passé qui ne m’aide à rester en vie. Dante, cependant, est mon maître indépassable. J’ai besoin de lire chaque semaine un chant de La Divine Comédie, crayon à la main, dans un mouvement où l’étude se fait innutrition, comme l’on disait à la Renaissance : je demande au livre un peu de l’aliment qui fait revivre. On nous a volé le ciel, l’idée d’âme, de salut, d’éternité, on nous a dépouillés de tout ce qui faisait de nous des hommes : à la mesure de mes forces j’essaie non seulement de ne pas être englouti dans le Néant contemporain mais encore de reconstruire un monde, un cosmos habitable. La tâche est titanesque mais si nous ne la tentons pas, nous sommes définitivement perdus.


6. Comment réagissez-vous face à la reconnaissance, à la consécration de votre talent d’écrivain ?

Emmanuel Godo : Je ne crois pas être « reconnu » ni « consacré ». Mes derniers ouvrages, en particulier les deux premiers volets d’une trilogie de la vie intérieure (Ne fuis pas ta tristesse, Mais quel visage a ta joie ?) parus chez Salvator en 2018 et 2019, ainsi que le recueil de poèmes Je n’ai jamais voyagé, ont attiré une certaine attention sur mon œuvre. Mais pas au-delà. Le système de reconnaissance dans une société du spectacle et de l’argent-roi comme la nôtre fonctionne de telle manière qu’il y a une certaine nécessité – ne parlons pas d’honneur – à ne pas être pleinement reconnu ou consacré. C’est lorsqu’il a faim que l’ogre vient vous dire qu’il vous aime. Mon œuvre, comme je vous le disais pour commencer, a besoin d’une maturation lente. Le poète est un cuisinier qui met des siècles à préparer son plat. Lorsqu’il est prêt, il est mort depuis longtemps… Les seules consécrations acceptables sont posthumes. Les petits jeux de la vanité se sont alors évaporés dans la mort, et c’est mieux ainsi.

7. Dans quelles mesures les rencontres et les lieux influencent-ils votre écriture ?

Emmanuel Godo : L’écriture poétique chez moi naît de visions, de visages entrevus, de silhouettes qui viennent bouleverser les somnolences sans se faire annoncer. Les lieux qui me sollicitent sont de deux ordres : il y a les paysages, les grandes plaines particulièrement, avec ciels à la flamande et chemins de craie – je rêve d’y courir et d’y retrouver la maison de mon père. Et il y a la ville. Paris surtout. Je m’aperçois que je suis plutôt un poète de la ville. Un homme qui marche et qui ne sait pas exactement si, au coin de la prochaine rue, il ne va pas apercevoir sa mère jeune fille ou Celan qui traînent dans les parages.

8. Le voyage qu’il soit réel ou intérieur semble être ce fil continu dans vos ouvrages…

Emmanuel Godo : Je me suis toujours imaginé qu’une vie, vue en surplomb, cela devait ressembler à un parcours, avec des cercles où on fait les cent pas, des tas de lignes qui s’entrecroisent, des spirales, des traversées, tout un jeu compliqué. Et si on avait la possibilité de s’élever, on s’apercevrait qu’on ne fait que frôler un seul point, que toute notre vie nous avons tourné autour. Ce point désigne la source. Là où nous aurions pu être le plus vivant, le plus authentique, le plus juste. C’est pour cela que j’ai intitulé le recueil Je n’ai jamais voyagé. Le grand voyage est ici : la fontaine est à deux pas, il suffit de s’arrêter un instant, de cesser de croire que c’est ailleurs que cela se passe, et nous la voyons – cette fontaine où nous ne pourrons plus jamais mourir de soif. Elle est à l’exact carrefour d’une croix.

9. Quel est votre rapport au temps ?

Emmanuel Godo : Nous vivons à l’intersection de deux temps : l’un horizontal, qui se mesure avec des montres, des agendas et des horloges. Sur cet axe-là, je suis pleinement de mon époque, je prends de plein fouet ses manques, ses démissions, le saccage qu’elle fait à la langue et au monde (à la langue DONC au monde). Mais il existe un autre temps, vertical, qui fait que je suis contemporain, par l’esprit, l’âme et le cœur, de Pétrarque aussi bien que d’Emily Dickinson. Le passé, en ce sens, n’est jamais passé : il est présence indéfectible, patrie invisible. Ma poésie est écrite à l’intersection de ces deux temps. Elle cherche à ne pas oublier que l’Éternité existe.

10. Votre écriture est empreinte d’une spiritualité profonde qui force le voyageur pressé à tout arrêter pour prendre conscience de sa propre finitude…

Emmanuel Godo : Le voyageur pressé, comme vous dites, est surtout un voyageur prisonnier des simulacres, du règne fascinant des images et des slogans. La poésie vient lui rappeler que ce monde-là n’est qu’illusion et qu’il suffit en effet de s’arrêter, de faire taire un instant le flux ininterrompu, pour que la vraie vie apparaisse, dans sa sublime sauvagerie, dans son imprévisibilité la plus fondamentale, dans sa nudité la plus bouleversante. Nous nous redécouvrons alors à la fois fini mais traversé par un désir d’infini : notre finitude est faite pour être brisée et aller rejoindre, par la mort, ce qui ne meurt pas.

11. Le poète est-il selon vous « l’étoile qui mène à Dieu, rois & pasteurs » comme le disait Hugo ?

Emmanuel Godo : S’il est une étoile, dans la vie du poète, c’est celle que lui font les brisures de l’existence, les deuils, les erreurs, les séparations. C’est une étoile profondément humaine, venue de l’ici de cette vie. Mais dans notre nuit, le poète fait œuvre d’espérance. Que serait une poésie qui ajouterait une malédiction à nos malédictions, un malheur à nos malheurs collectifs ? La poésie a un devoir d’espérance – une espérance née de l’épreuve de la nuit. Une poésie qui n’a pas fait l’épreuve de la nuit est un angélisme, c’est-à-dire un simulacre de plus dans nos pauvres vies exténuées de simulacres.

12.  Quelle est la place des mots aujourd’hui ?

Emmanuel Godo : La langue est aujourd’hui martyrisée, rendue amnésique, réduite à un usage mécanique : elle est devenue un attentat fait à la dignité de l’homme. Les poètes et les écrivains authentiques œuvrent à sa reconstitution : qu’elle puisse être hospitalière à nos complexités, miséricordieuse à nos blessures et à nos peines, qu’elle puisse être mémoire vivante, lien qui nous unit aux esprits qui nous ont précédés et qui nous montrent, à travers elle, le chemin de confiance vers l’accomplissement de la Vérité.

13. Vous arrive-t-il de douter ?

Emmanuel Godo : Il m’arrive de penser que, face à la puissance de la Machine à abêtir, mes moyens sont dérisoires : l’enseignement et les livres. Mais le renoncement serait la pire des défaites. L’humanité n’a jamais tenu que grâce à quelques chandelles.

14. L’expérience littéraire est-elle pour vous un acte de foi ?

Emmanuel Godo : Écrire, en soi, est un acte de foi : l’écrivain le plus incroyant croit que ses mots peuvent avoir un sens et un impact. Pour moi l’écriture est directement liée à l’expérience intérieure : tout texte est une forme de prière. Une adresse aux semblables, aux frères et sœurs en humanité et, à travers eux, une adresse au Plus-Haut.

15. Parlez-nous de votre dernier roman Conversation, avenue de France, entre Michel Houellebecq, écrivain et Évagre le Pontique, moine du désert (éditions du Cerf, 2019) ? 

Emmanuel Godo : C’est un texte qui me tient particulièrement à cœur. J’ai demandé il y a un an à Michel Houellebecq l’autorisation d’apparaître, en tant que personnage, dans une fiction. Sans connaître le sujet, il m’a donné son accord. Le roman se passe avenue de France, près de la Bibliothèque François Mitterrand, Michel Houellebecq se promène incognito. Nous sommes en septembre 2018. La France vient d’être sacrée championne du monde de football. Un homme aborde Houellebecq. On ne sait pas très bien de qui il s’agit. Sans doute un fou qui tient des propos assez amers et loufoques sur le monde contemporain. Une conversation se noue entre le grand écrivain du désenchantement qu’est Houellebecq et cet inconnu qui se prend pour un moine du désert ayant vécu au 4e siècle après Jésus-Christ, Évagre le Pontique, à moins que ce ne soit lui, si on croit aux fantômes. L’idée était de faire se rencontrer la désillusion et la plus grande espérance, l’homme du désastre et l’homme ivre de Dieu. Ce que nous sommes devenus et ce que nous aurions pu être. Les deux voix permettent de faire à la fois le diagnostic implacable du présent et de tracer des chemins. L’espérance, toujours l’espérance.

16. Quels sont vos projets à venir ?

Emmanuel Godo : La poésie est le cœur de mon œuvre. Au printemps, les éditions Gallimard publieront mon deuxième recueil, Puisque la vie est rouge. Je dois terminer le 3ème volet de la trilogie de la vie intérieure pour Salvator, consacré à l’amour et à la mort. Le reste est imprévisible. Le jardin et le verger sont entretenus régulièrement mais les récoltes n’obéissent à aucun calendrier régulier…

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Vincent Bastien, le Luxe en questions

Vincent Bastien a dirigé de très grands noms durant près de 25 ans : Directeur Général de Louis Vuitton Malletier, Directeur Délégué de la division beauté du Groupe Sanofi, Président de Yves Saint-Laurent Parfums et de Sanofi Beauté, Directeur Général de Lancel… Ancien élève de l’Ecole Polytechnique, Vincent Bastien dirige la chaire Luxe à HEC où il enseigne actuellement. Confidences d’un homme de pouvoir…

1. Vous considérez-vous comme une figure industrielle du Luxe ?

Vincent Bastien : Je suis certes industriel, mais avant tout je suis un meneur d’hommes et un spécialiste du marketing produits.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Vincent Bastien : Mon style est du type “creative pathfinder” – désolé pour l’anglicisme, mais il est plus précis – c’est à dire la personne qui cherche et trouve de nouvelles voies pour les sociétés qu’elle dirige, et qui cherche à créer de la valeur ajoutée ainsi que de l’embauche de talents plus que la réduction de coûts, la délocalisation et les licenciements.

3. Quel est votre parcours ?

Vincent Bastien : A ma sortie de l’Ecole Polytechnique (X 1967), et de Stanford j’ai débuté ma carrière dans le groupe Saint-Gobain et ai notamment été PDG de Saint-Gobain Desjonquères. Parallèlement, j’ai décidé de reprendre une entreprise familiale de prêt-à-porter féminin assez importante dans les années 1970 puisque nous étions plus de 200 personnes (sans le savoir je prenais pied dans la mode puisque nous étions spécialisés dans la fabrication de robes !). Puis, j’ai eu l’opportunité de prendre la Direction de la marque Louis Vuitton alors que son capital était toujours familial, et après en avoir fait la marque que vous connaissez j’ai vécu la transition capitalistique vers le groupe de Monsieur Arnault… Très rapidement après ces évènements j’ai changé d’environnement et suis devenu Directeur Délégué de la branche beauté de Sanofi, puis Président Directeur Général d’Yves Saint Laurent Parfums. Enfin, Directeur Général de Lancel et Directeur Général de Smart Valley, Quebecor World Europe. A l’heure actuelle je dirige la chaire luxe de l’école de commerce HEC et enseigne à des élèves appelés à devenir Dirigeants… Notez que je suis écrivain à mes heures dans les spécialités du luxe et de la mode.


4. De Lancel à YSL en passant par Vuitton, pensez-vous avoir changé le cours des marques que vous avez dirigées ?

Vincent Bastien : Pour changer le cours d’une marque que l’on dirige, il faut un minimum de 5 ans – ce qui fut le cas pour Louis Vuitton; pour Yves Saint Laurent, je ne suis resté que 3 ans, ce qui m’a permis de remettre la marque sur la bonne voie – qu’elle avait quitté 5 ans plus tôt – mais pas de la changer.  Quant à Lancel, j’y suis resté peu de temps (18 mois) et ne m’y suis pas consacré à plein temps : mon rôle était de gérer son introduction dans le Groupe Richemont et passer le relais à un manageur – la marque était trop petite et trop bas de gamme pour me passionner surtout après avoir passé 10 ans chez Louis Vuitton puis YSL. En ce qui concerne Louis Vuitton, je ne fus que l’un des éléments d’un succès collectif, qui avait commencé avant moi – avec Henry Racamier – et a continué après moi – avec Yves Carcelle aux commandes. La seule société importante dont j’ai vraiment changé le destin est Saint-Gobain Desjonquères (devenu maintenant SGD), où je suis resté près de 14 ans et que j’ai fait passer de société en quasi faillite à leader mondial (notamment grâce à un développement vers la parfumerie, demandeuse de verrerie pour ses flacons), très rentable de son métier.

5. Le luxe est-il une industrie comme une autre ?

Vincent Bastien : Connaissant bien le luxe de l’intérieur (j’y ai passé 1/4 de siècle), j’en ai un avis très différent de celui des gens qui en sont clients mais ne le connaissent pas. Ce n’est pas du tout une industrie, mais plutôt une façon très spécifique de gérer une “maison” – en fait une stratégie très originale – applicable dans tous les métiers. Dans ce secteur et lorsqu’on se trouve à la tête d’une maison, il faut sans cesse recharger la Marque par le rêve qu’elle doit procurer : inaccessibilité ou en tout cas rareté des produits représentatifs de la marque, théâtralisation des boutiques et merchandising cohérent, campagnes de publicité fréquentes mais uniquement sur des supports statiques – excepté pour la parfumerie qui peut se servir de l’écran animé – , service, respect absolu du concept de distribution sélective au sein de réseaux de points de vente possédés en propre et gérés de façon dictatoriale, mécénat avant-gardiste… Une fois recapitalisée par cette dimension onirique vitale et donc par l’Image, la marque peut être alors “déchargée” commercialement en respectant toutefois une logique de marge essentielle au secteur (une marque de luxe n’est qu’une gigantesque machine à justifier des marges ! Ces taux de marge variant autour de 80%, ils permettent les investissements d’image et de qualité). Si vous préférez et à titre d’exemple, les quelques 11 marques prenant la peine de défiler deux fois par an en Haute Couture aujourd’hui le font uniquement pour des questions d’image, la Haute Couture permet de vendre du parfum en grande quantité ! Une part du rêve est transférable de haut en bas… Sachez que 70% du chiffre d’affaire du luxe est réalisé par la parfumerie, les cosmétiques et la petite maroquinerie. Donc les valeurs d’Image et d’Usage se manient avec une précision de laborantin : il est toujours facile de descendre le positionnement d’une marque, très difficile et très cher de le remonter ! Il suffit de regarder la façon dont Balmain a récemment coupé toutes les licenses fanatiquement accordées précédemment pour ne faire plus que des produits volontairement hors de prix (tee shirts ou jeans à 280 euros fabriqués pour ne pas être achetés, si ce n’est par quelques initiés du monde de la mode à contre-courant) uniquement accessibles dans les boutiques de la marque. Carven, Cardin et d’autres comme Guy Laroche ont vécu des heures difficiles il y a 20 ans et ont décidé d’y répondre en élargissant leur réseau de vente et en cassant la distribution sélective… Ces marques ont été immédiatement délaissées par les leaders d’opinions du monde de la mode, puis des clients historiques, puis naturellement par les nouveaux clients pour finir par échouer chez quelques jeaneries multimarques de quartier ! Je suis sévère mais ces marques furent belles… Elles le seront à nouveau j’espère, mais à quel prix ! C’est ce que j’enseigne à HEC. Comme c’est extrêmement sophistiqué, cela ne s’explique pas en quelques lignes; pour en savoir plus, le mieux est que vous lisiez mon dernier ouvrage co-écrit avec M. Kapferer : “Luxe oblige” – ou “the luxury strategy” si vous préférez l’anglais, édité chez Eyrolles et disponible dans toutes les bonnes fnac ! Vous trouverez également dans ces ouvrages quelques éléments de réponse à vos questions sur la Mode.

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6. Qu’est-ce qui selon vous crée une mode ?

Vincent Bastien : Le système est pyramidal et à sens unique. Les marques proposent des gammes dont le style est sensé être en cheville avec l’évolution de la société dans laquelle nous vivons, puis la mode elle même est véritablement créée par les médias d’influence (Vogue sur le papier, Prestigium sur internet, par exemple) diffusés aussi de façon sélective ! Ensuite viennent les “early adopters” ou “leaders d’opinion” que sont les personnalités connues avec lesquelles les marques sont souvent en contrat publicitaire ou “d’ambassade”. Ce montage permet au grand public de rêver de styles, puis de produits en particulier, enfin de les désirer au point de les acheter et de les porter jusqu’à ce qu’ils se démodent…

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7. Luxe et mode, quelles différences ?

Vincent Bastien : Le luxe comme marqueur social permet aux phénomènes de mode d’évoluer, la mode rentabilise l’industrie du luxe et le système dans son ensemble.

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Amiral François Bellec, écrivain et peintre de la marine

Ancien président de l’Académie de Marine, membre de l’Académie des Sciences d’outre-Mer, sociétaire et président de la Société Nationale des Beaux-Arts, François Bellec a poursuivi simultanément une activité d’officier de Marine et de peintre sur toutes les mers, avant de se fixer à Paris en 1979 pour y entreprendre une carrière de conservateur, comme directeur du Musée de la Marine de 1980 à 1997. Auteur de nombreux livres et articles sur l’histoire de la navigation, des découvertes et de la peinture d’inspiration maritime, il a été invité à faire de nombreuses conférences en France et dans le monde. Chevalier de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’Ordre National du Mérite, Chevalier du Mérite Maritime et Officier des Arts et des Lettres, François Bellec est une figure dont le parcours atypique mêlant histoire, peinture et écriture est fascinant, rare et plein de style.

  1. Vous considérez-vous comme une Figure de la Marine ?

François Bellec : Si tant est que nous ne sommes pas très nombreux à nous efforcer de faire comprendre la mer aux Français (Eric Tabarly définissait la mer comme « ce que les Français ont dans le dos quand ils regardent la plage ») on peut si l’on y tient m’inscrire dans le Who’s Who de la mer. A une page marginale des défenseurs intellectuels d’un héritage brillant et de valeurs en devenir, dans le chapitre des passeurs prêchant dans le désert des occasions manquées.

Projeté naguère par la bienveillance des dieux dans une charge de conservateur d’une partie de notre patrimoine de la mer que j’ignorais alors et que j’ai découvert avec émerveillement, je m’y suis investi depuis trente ans, c’est-à-dire depuis une petite vie. La peinture et l’écriture historique mais aussi de nombreuses fonctions au sein d’organismes scientifiques et culturels liés à la mer sont autant de moyens d’action qui me permettent d’espérer faire passer des messages lisibles ou subliminaux à nos compatriotes. 

Le ministre de la Culture m’a confié il y a dix ans la présentation des bateaux à la Commission nationale des monuments historiques, et ce lien convivial avec des plaisanciers, des gens de mer et des associations de sauvegarde est un peu symbolique d’un engagement qui perdure à un âge où l’on est normalement écarté de la vie active

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  1. Comment définiriez-vous votre style de « peintre de la marine » ?

François Bellec : Je suis un  abstrait figuratif. Comme le sont la plupart des Peintres Officiels de la Marine. Bien que le corps soit maintenant interarmées, ils conservent leur nom par attachement. 

Mes confrères sont aussi à des titres divers post impressionnistes les uns, classiquement britanniques les autres ou hyperréalistes, un style qui convient bien au monde de la mer du XXIe siècle. Tous sont d’abord, il faut le rappeler, des artistes peintres tout court, même si la « marine » est un genre auquel ils sont particulièrement attachés. Je qualifie de la même façon d’abstraction figurative les (bonnes) tendances que défendent aujourd’hui les sociétés d’artistes fondées au XIXe siècle. Elles acceptent, elles en conviennent, des œuvres parfois très insuffisantes, car elles doivent financer les coûts de location, d’aménagement et d’éclairage des salles pour assumer leur vocation socioculturelle issue de leurs origines : permettre à des artistes de montrer librement leur travail. Je fais souvent remarquer que les plasticiens peintre, graveurs et sculpteurs ont beaucoup de chance puisqu’ils peuvent montrer leur savoir faire bien plus aisément que les artistes lyriques, les musiciens interprètes ou compositeurs, les acteurs ou les écrivains qui doivent d’abord faire leurs preuves.

Tombé dans un piège, je préside depuis quelques années la Société Nationale des Beaux-Arts fondée en 1890 par Puvis de Chavannes par scission de la Société des Artistes Français instaurée par l’Etat lassé des intrigues et des criailleries des jurys officiels du Salon. J’use de l’ancienneté de cette tradition pour dénoncer le détournement abusif de l’adjectif « contemporain ». Il n‘est pas la propriété d’un microcosme. L’art dit contemporain dont les maîtres sont incontestables, est parsemé d’icebergs dangereux dont le lamentable amoncellement Boltanski au Grand Palais a révélé la partie émergée. Au temps où naissaient les sociétés frondeuses et les groupes en réaction contre l’art officiel, Gauguin réclamait en leur nom « le droit de tout oser ».

Les artistes ordinaires disent aujourd’hui aux responsables et aux spéculateurs de l’art officiel qu’ils n’ont pas le droit d’oser trop loin. Sauf à renier à leurs risques et périls l’histoire de l’art qui a construit l’Europe des cultures. Cela dit, Richard Texier, dont l’amitié m‘honore tout autant que celle de Pierre Alechinsky (Je les ai exposés l’un et l’autre en majesté au Musée de la Marine), a été nommé Peintre officiel de la Marine. Nous sommes des gens fréquentables puisque nous soignons nos archaïsmes.

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  1. Et d’écrivain ?

François Bellec : Tous mes ouvrages  – une vingtaine de titres plus une dizaine de contributions à des encyclopédies et à des livres collectifs – ont un caractère historique. Ils échappent donc à l’invention romanesque mais la grande histoire de la mer n’a pas besoin d’imagination pour être passionnante. Et puis, tout de même, j’ai sur un coin de bureau un long roman (historique logiquement) qui se déroule au début du XVIIe siècle entre Lisbonne et Goa, à travers cet espace sacré où ont été écrites incontestablement les plus belles pages de l’histoire de l’expansion maritime européenne. J’ai décidé d’écrire ce livre quand Jean-François Deniau m’a demandé de l’aider à bâtir un corps d’écrivains de marine à l’image des peintres. 

Nous sommes vingt écrivains parlant de la mer et la pratiquant, une condition indispensable. Dont trois prix Goncourt : Didier Decoin, notre actuel président, Yann Queffélec et Jean-Christophe Ruffin, nouvel Académicien Français comme Michel Mohrt, Michel Déon et Eric Orsenna (Jean-François Deniau et Bertrand Poirot-Delpech ont disparu) mais aussi des écrivains de terrain aussi divers que Bernard Giraudeau, Isabelle Autissier, Simon Leys, Hervé Hamon, Titouan Lamazou, Jean Rolin, Patrick Poivre d’Arvor, Jean Raspail ou Pierre Schoendoerffer. Notre groupe fonctionne bien et se rassemble au moins trois fois par an dans une belle amitié littéraire conviviale.

Tous ses membres ont accepté de s’engager eux aussi dans la défense et l’illustration du fait maritime français sous la protection du chef d’état-major de la Marine Nationale. Il leur a conféré discrètement,  avec la complicité du ministre qui a fermé les yeux, le port de l’uniforme, comme les peintres. Ce contact devenu plus présent avec la littérature depuis que j’assure le secrétariat général des Écrivains de Marine est la raison de ma décision de mériter la qualification d’écrivain en devenant  un romancier. C’est un tout autre monde que celui de l’essai historique. Cette expérience m’a permis de découvrir, rapporteur austère de la chronique de la mer, le bonheur jubilatoire de l’invention romanesque libérée.

  1. Une anecdote particulièrement marquante de votre vie d’amiral…

François Bellec : La question est en réalité biaisée sans malice. J’ai pris la direction du Musée National de la Marine en étant encore capitaine de frégate. Je saccageais ce faisant ma carrière selon la direction du personnel de la Marine, et c’était bien mon avis mais l’intérêt de la tâche valait bien ce sacrifice. Et puis d’heureux concours de circonstance et un ministre de tutelle passionné par mon travail pour le rayonnement de la Marine ont donné tort aux prophètes grincheux. J’ai eu le beurre et l’argent du beurre comme on disait autrefois dans la France profonde. L’anecdote, si on y tient, pourrait être l’unicité d’un officier de Marine détaché à la tête d’un musée, incroyablement imposé par le ministre à un chef d‘état-major médusé, pour une promotion au grade de contre-amiral.

Quand l’amiral François-Edmond Paris, mon lointain prédécesseur, avait été nommé en 1871 directeur du Musée de la Marine (encore au Louvre à cette époque), il était depuis longtemps retiré du service actif, vice-amiral et membre de l’Académie des Sciences. Il resta à son poste 22 ans, moi 18. L’air marin conserve les conservateurs

  1. De la Royale à la Marine Nationale, comme vous situez-vous ?

François Bellec : Royale, impériale ou nationale, la marine sert le pays à travers des heures riches ou sombres, fidèle aux valeurs inscrites à bord de ses navires : Honneur, Patrie, Valeur, Discipline. Ce sont de belles devises et les jeunes hommes – et femmes maintenant – qui s’y engagent y trouvent avec enthousiasme de belles satisfactions de vie. La marine ne doit pas son surnom à une nostalgie monarchiste. A l’écart de la politique par tradition culturelle, les gens de mer la distinguaient ainsi du temps de leur enregistrement sous le régime obligatoire – mais déjà sécurisé avant que l’on pense à une sécurité sociale – de l’Inscription maritime.  Issue des « classes » du XVIIe siècle, c’était une manière de réserve de gens de mer amarinés. Il reste d’ailleurs aujourd’hui autant de marines royales en Europe que de monarchies parlementaires.  

Une anecdote illustre le non conformisme de la marine. La marine royale entra en douceur dans la Révolution. Si beaucoup d‘officiers de vaisseau émigrèrent plus tard pour sauver leur famille, la plupart des quelque seize cents officiers du « grand corps » jalousé par l’armée ne s‘engagèrent pas dans un combat idéologique. Peu émigrèrent d’abord. Les quinze cents autres continuèrent de servir dans la légalité, ouverts aux idées libérales et observant les événements sans trop d’états d’âme. Tous pensaient que l’immense prestige acquis par la marine lors de la guerre d’Amérique et sa qualité technique d’arme d’élite qu’on le veuille ou non leur épargneraient les tumultes d’une affaire politique. Révolution ou pas, leur ennemi était l’Anglais. Comme pour les conforter dans cette idée, le décret du 21 octobre 1790 nuança par un compromis l’adoption à la mer du pavillon tricolore dont Louis XVI portait la cocarde. Le pavillon national adopté par la marine conserva la couleur blanche dans les trois quart de sa surface, le pavillon tricolore – inversé alors par rapport au pavillon actuel décrété en 1794 – était réduit au quart supérieur du côté du mât. La raison de cette dérogation n’était pas une crispation réactionnaire. Après en avoir débattu furieusement, l’Assemblée Nationale  avait reconnu la légitimité du refus des équipages d’amener sans combat le pavillon qu’ils avaient maintenu avec honneur sur les mers. La flotte avait obligé l’Angleterre a plier devant son pavillon blanc et à reconnaître la liberté des Etats-Unis d’Amérique qu’il protégeait. Elle le conserva.

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  1. Directeur du musée de la Marine… Un titre qui laisse rêveur ?

François Bellec : J’ai déjà un peu évoqué cette expérience fabuleuse. D’autant plus excitante qu’au début des années 1980, le musée – comme les musées en général – n’intéressait personne hors de quelques passionnés de la mer. A cette époque, avant la révolution des Musées de France, tout était en friche et tout était à faire. Au palais de Chaillot aussi et dans une douzaine de musées de marine délocalisés le long du littoral. Créer des services de conservation, de communication et d’animation culturelle, réorganiser et dynamiser la présentation des collections m‘ont procuré de grandes joies. Restaurer aussi sous l’œil vigilant des conservateurs des Monuments Historiques des immeubles classés comme le donjon du château de Brest ou la citadelle de Saint-Tropez alors  propriété du Musée de la Marine, Tout était possible et nouveau : des expositions avec le concours généreux de grandes institutions enthousiastes qui n’avaient pas encore la culture du grand public, des cycles de conférences, des récitals et des concerts – jusqu’au Messie dans la grande galerie du musée déménagée pour la circonstance – du théâtre – Goldoni – avec la complicité de la régie du Théâtre de Chaillot. 

J’ai ouvert il y à un quart de siècle le Musée de la Marine à tous les acteurs qui font aujourd’hui notre « cluster maritime », aux sportifs, aux chantiers navals, à l’off-shore pétrolier, à tous les pôles d’excellence du fait maritime français. Aux universitaires aussi et aux scientifiques, aux artistes et aux écrivains déjà. Ce fut une aventure dont je garderais la « saudade » si je n’avais pas le bonheur de rester en contact militant avec tous ces milieux qui me conservent leur amitié.

  1. Pouvez-nous parler de l’expédition à Vanikoro en 2008 ?

François Bellec : Vanikoro 2008 a été une autre nouvelle expérience fabuleuse. Une aventure moderne à la recherche d’un mystère vieux de plus de deux siècles. C’était mon troisième – et manifestement dernier – séjour à Vanikoro. L’île est maléfique sous son ciel tropical lourd, gardée par des requins et des crocodiles.

Les moyens les plus performants de la recherche pétrolière mais aussi des heures de cheminement sous la pluie dans la mangrove et la forêt vierge, des heures de navigations rapides à travers le lagon et dans la grande houle du Pacifique, des heures d’hydravion, de plongée, de travaux sous-marins et de palabres avec les anciens ont permis de fermer les voies sans issue d’un mystère qui demeure : Quel a été le sort de la centaine de survivants du naufrage et comment ont-ils disparus ? Nous savons maintenant que le séjour des naufragés s’est limité à deux points précis de l’île et pas ailleurs. Plus un troisième : l’épave de l’Astrolabe qui a sûrement été utilisée comme base de vie et de défense. Nous avons été conduits enfin, juste avant de quitter Vanikoro, sur une terrasse basaltique naturelle mais aménagée aux temps des premiers polynésiens, plantée d’un énorme arbre sacré. Par recoupements de ce que nous savons et selon la tradition orale, c‘est le lieu dégagé avec vue lointaine sur la mer où s’était retiré le dernier survivant du naufrage. Nous avons approché cette fois les esprits de Vanikoro. Les médecins et les infirmières ont fait de leur côté un beau travail, en soignant en particulier une maladie cutanée endémique dont la souche a pu être cultivée en France et dont on attend maintenant un traitement.

  1. Votre péché mignon…

François Bellec : Je dois en avoir beaucoup. Les péchés peuvent-ils être mignons ? Le plus sûr est que je suis intoxiqué par le travail. Au point de m’ennuyer en vacances.

  1. Qu’est-ce que la Société des Explorateurs?

François Bellec : Elle regroupe des grands voyageurs et les aventuriers curieux. Elle est proche de la Société de Géographie dont je suis administrateur et que je connais beaucoup mieux. Fondée en 1821, c’est la plus ancienne société géographique au monde. Ses collections de cartes et d’ouvrages déposées à la Bibliothèque Nationale sont fabuleuses. C’est dans sa salle de conférences du boulevard Saint-Germain qu’a été décidé le creusement du canal de Suez. La société présidée aujourd’hui par le Professeur Jean-Robert Pitte, membre de l’Institut, organise des colloques, des conférences, des débats, des voyages thématiques. Elle édite de nombreux ouvrages grâce à son fonds, et elle encourage les publications sur la géographie. Elle est chargée d’organiser chaque année les débats en vue de la proposition à SAS le Prince de Monaco des lauréats internationaux du Grand Prix des Sciences de la Mer Albert 1er de Monaco selon un cycle de prospection mis en place par le Prince Rainier. 

La Société de Géographie m’a confié en 2002 la présidence de ce jury sur la proposition d’Alice Saunier-Séité qui m’avait déjà entraîné à sa suite au conseil d’administration de l’Institut Océanographique. Je présenterai à SAS le Prince Albert II les lauréats 2008 et 2009 à l’ambassade de Monaco le 12 mars.

  1. Quelle est la mission de l’Académie de marine aujourd’hui ?

François Bellec : Il aurait été moins délicat de demander : A quoi peut bien servir l’Académie de marine aujourd’hui ? Comme toutes les sociétés savantes au XXIe siècle, notre compagnie cherche à se rendre utile. 

Fondée en 1752 par ce que l’on nommait des « officiers savants » pour contribuer à résoudre la longitude et améliorer la construction navale, érigée en Académie royale en 1769, fermée par la Révolution, oubliée lors de la fondation de l’Institut de France – en partie parce que certains de ses titulaires étaient aussi membres de l’Académie des Sciences – elle a été refondée en 1921 et érigée en 1926 en établissement public. La question de l’utilité d’une institution scientifique et culturelle au temps des laboratoires de recherche de l’industrie mondiale se pose en effet. Je me suis interrogé là-dessus bien entendu pendant mes deux années de présidence au cours de laquelle j’ai entamé la rénovation des statuts des membres correspondants pour tenir compte d’internet et du TGV. Nous rassemblons 78 spécialistes de toutes les disciplines civiles, militaires, industrielles, scientifiques, techniques, commerciales, juridiques, historiques et artistiques dont la plupart ont exercé des responsabilités importantes voire majeures. 

L’Académie estime que ses expériences croisées lui confèrent une capacité indépendante d’expertise et de conseil. Elle répond aux questions du gouvernement ou se saisit de questions d’actualité comme la sécurité du transport maritime, l’inspection des navires, la lutte anti-pollution ou la propulsion nucléaire. Elle organise des cycles de conférences et des voyages d’études en France et à l’étranger. Elle attribue des prix de fondation et des prix littéraires, des prix de thèse et des bourses (modestes) d’études.  Elle fait de son mieux pour contribuer au rayonnement de la France maritime. Elle n’est pas seule à le faire, et l’Institut Français de la Mer qui édite la Revue Maritime est sans doute beaucoup plus présent qu’elle dans les milieux actifs du fait maritime. Mais tout ce monde se connait, s’apprécie et travaille ensemble. Je suis très fier d’avoir été élu il y a juste vingt ans membre étranger de l’Academia de Marinha du Portugal avec laquelle j’ai beaucoup collaboré autrefois, jusqu’à l’exposition Lisboa 1998 qui célébrait l’arrivée de Vasco de Gama aux Indes. J’étais le conseiller pour la mer du pavillon de la France. J’avais déjà été – étrangement – le conseiller scientifique du pavillon … de l’Italie à Gênes 1992 qui célébrait Colomb. J’ai contribué en quelque sorte aux deux expositions organisées au Portugal et en Italie pour dénoncer l’appropriation imméritée des grandes découvertes par l’Espagne à Séville en 1992. Le cercle des gens de mer est vraiment restreint.

  1. Capitaine de vaisseau ou contre-amiral, quel poste avez-vous préféré ?

François Bellec : J’ai déjà répondu plus haut que cela n‘avait rien changé pour moi puisque j’ai  exercé les mêmes fonctions – achevées d’ailleurs à titre civil sous contrat -. J’ajoute en tant que marin que la carrière d’officier de marine me semble apporter des satisfactions opérationnelles plus quotidiennes et plus intenses que celle de la plupart des officiers généraux mais je suis prêt à admettre le contraire.

Eugenio Recuenco, the painter of modern times

Eugenio Recuenco was born in Madrid in 1968 and graduated with a degree in painting from the Universidad Complutense of Madrid. Pursuing photography, he began collaborating with fashion magazines such as Vogue Espana, GQ, View, Madame Figaro, Vogue UK, Vanity Fair and Kult in Spain and Paris in the context of campaigns for brands like Diesel, Wilkinson or Nina Ricci. Eugenio Recuenco produced his first advertising piece in Paris for Boucheron, and since has become one of the most highly sought after young artists in the advertising and luxury fashion industry. Eugenio Recuenco’s fresh take on high fashion is rich in cinematic drama and emotive impulse. With other-worldly narratives, his complex signature style uses elaborate handmade scenery and contains multiple references to art history and film. With a sensibility towards light and dark, concept and drama, his work is reminiscent and yet transcends the grand masters of Spanish classical painting like Goya, El Greco and Zurbarán. As a director, his elaborate, detailed and cinematic style have brought him much praise and won him many awards and an expansive client base including Loewe, Mango, Chivas Regal, Vanderbilt and Motorola. In addition to that, Recuenco was hired as Art Director for the opera “Les Huguenots” at the Richard B. Fisher Center in New York. Henceforth the artist began to produce spots, campaigns and short films as well as to create documentaries and music videos for many bands such as Rammstein’s Mein Herz brennt. Eugenio Recuenco received numerous awards for his body of work. His works are a regular part of solo and group exhibitions. Eugenio Recuenco lives and works in Madrid and is considered one of the most significant contemporary photo artists.

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1. Do you see yourself as a Figure of Photography ?

Eugenio Recuenco : Not at first glance. Every so often I receive an encouraging message via Internet from people that like my photographs, but from that to seeing myself as a figure in photography…

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2. How would you describe your style ?

Eugenio Recuenco : Initially, I don’t have a predetermined visual style. I think that my style is better understood  when seen as a collection of photographs. It comes from a position in a game and as a  question to the spectator from the inside of the photograph “outward”. That positioning  changes aesthetically with time; but the liberty to question everything, remains intact. I think that my photographs question themselves with time and that makes them mutate in style, and I with them. They are a reflection of an interior need; not a stylistic formula.

Eugenio Recuenco Eugenio Recuenco Eugenio Recuenco Eugenio Recuenco3. What led you to Photography ?

Eugenio Recuenco : I started painting and began incorporating photographs in my work and finally they became stronger than the pieces themselves.

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4. How do you manage to bring this whimsical, magical and poetic atmosphere into your work ?

Eugenio Recuenco : By being free to not think about what the public or client wants to see. I try to have fun in each project and for that you need to go out of what you see daily. That poetic world only answers when looking at reality in a different way: sometimes with optimism imagining  better worlds and sometimes with criticism to what surrounds us, but always trying to not be explicit nor hurtful towards the image. Important and difficult things can be said from beauty and tenderness.

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5. Does the use of a camera give you a particular power to hide yourself and do things you would never dare ?

Eugenio Recuenco : Of course, the camera can be a safeguard to freely fuse many things of which, generally, you dare not speak of. And when I travel with it, it is like a shield that allows me to enter the most unexpected  corners and those that I could never access. It gives much confidence; it is interesting what you’re willing to do for a photograph in contrast with how quickly we would abandon the same if it were only for a personal matter.

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6. Your photography is not very far from Rodney Smith’s or Tim Walker’s: can we talk of a movement or an influence ?

Eugenio Recuenco : I admire them a lot. I have the weakness of liking a lot more the work of everyone else than my own. I would love to take photos like theirs, but not to be them, rather to feel what leads to carrying it out in that way. What I like most is learning. But Internet is full of great “anonymous” photographers. I’m not sure if it is a movement; I think it is more of a coincidence of persons that work in very different places trying to convey a certain poetry, each in their own way. It seems that one thing that unites us is honesty in our photos. I think that we do what we believe we ought to do, we don’t follow trends and the changes that we endure are due more to interior necessity than to market demands. Visually we are very different, but I like being associated with them. It is an honour.

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Eugenio Recuenco

7. Your work is inspired by Literature, Painting and Cinema: which artists made a deep impression on you ?

Eugenio Recuenco : Daily, if you walk with really open eyes, you can find many things that inspire. Among the noblest are the ones you mention, but there are many things. Newspapers, conversations…

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1238181_10151610929966704_445578462_n8. Do you think that nowadays, photography is fulfilling the aesthetic and figurative functions of Painting ?

Eugenio Recuenco : I think that time will tell. Today the market decides what is profitable; time decides what is good.

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Eugenio Recuenco

More about Eugenio Recuenco : www.eugeniorecuenco.com

More about “Los Girasoles Ciegos”www.losgirasolesciegos_eugeniorecuenco.com

Dream of flesh with Rosy Lamb

Rosy Lamb grew up a homeschooler in a family of artists in the deep woods of New Hampshire, in the northeastern United States. In 1999, she graduated from the Pennsylvania Academy of Fine Arts in Philadelphia. In 2001, she established her painting and sculpture studio in Paris. 

Rosy Lamb is best known for her intimate paintings, often painted on hand-cast plaster panels, which sometimes combine irregular contours, undulating surfaces or sculptural elements in their surface.  

In recent years, she has been working on a new series of sculptures and bronze furniture, at the foundry Fusions located in Auvergne. These new sculptures use innovative techniques for making unique forms out of hot wax, drawing inspiration from her training as a painter and her intimate knowledge of bronze casting.   

Rosy Lamb has received multiple awards and travel scholarships for her painting and sculpture and has exhibited in the United States, Europe and Asia. She has also published a children’s book called “Paul meets Bernadette” (she was listed as one of the Publisher’s Weekly Flying Starts in 2014). She is represented in Paris by the Guido Romero Pierini Gallery. 

1. Do you consider yourself as an emerging artist in contemporary art ?

Rosy Lamb: I find it difficult to think in terms of art movements and my own status in them. On a lucky day, I am available to be transformed by my work and I forget all concepts, all words, and am carried along by action and response. 

 

2. How would you describe your style ?

Rosy Lamb: I don’t consciously identify with any style. I create with my senses and it is for the viewer to recreate the work for themselves with theirs. I let myself to see through my body and the material, to explore and react, destroy and (re-)invent. Working from life, I have no idea what I will see when I come to the moment; everything unfolds as I work. I intentionally avoid narrative elements, clothes, objects. I prefer not to fix things in place. I do not see the nudity of my models: to me their nakedness is a blanket of colour, light and shadow. Even the model is not a subject in my work, but sometimes, somehow, the model magically stamps their presence into my strokes of colour. 

 

3. When have you been first interested in French Culture?

Rosy Lamb: I homeschooled as a child in our family home, an old wooden house with a panoramic view of the Ossipee Mountains atop a hill in New Hampshire (USA), accessible only via a long dirt road. As a teenager, I took French lessons with a woman in our village. When I first met my French teacher, Jean, she was in mourning for her sister Holley,* who had died unexpectedly the year before. Holley was an artist, a great one, who had lived in Paris for many years. During every lesson Jean spoke to me about Holley and her work and life in Paris and the south of France. Then, as now, I loved and was inspired by Holley’s unusual, sometimes dark and strange work. Jean’s stories about Holley’s life in Paris surely influenced my ending up in France. When I came to live in Paris a few years after finishing art school, I met several people who had known and loved Holley—friends, as well as her lawyer and banker. They were all kind to me, two became my students during those early years when I gave classes from my studio, and the lawyer did my French taxes in exchange for my work, as he had done for Holley. Holley’s story became, in some measure, my story. 

*You can see a limited selection images of Holley Coulter Chirot’s work online. Hopefully, someday her work will be more widely shown and archived. 

4. Do you remember your first contact with Art ? 

Rosy Lamb: A strong connection both to my first contact with art and also, in a small way, to Paris, dates back to my earliest childhood. Before I was born, the house I grew up in had been lived in for several decades by Elizabeth Olds, an artist of immense talent and creativity who was a close friend of my paternal grandmother’s. Olds painted, made prints, and also wrote and illustrated brilliant children’s books surrounded by the same forest that surrounded me as a child. She stacked wood in the fall and shovelled snow in the winter, as we did. The walls of our house were full of Olds’ paintings and prints. As a child my father told me the story of how, when Elizabeth Olds was very young, she got a grant to go to Paris to make paintings of le Cirque d’Hiver. She was such a good horsewoman herself that the circus invited her to join the troupe as a trick bareback rider! At seventeen, when I left home to go to art school in Philadelphia, I took with me an old box of her oil paints that she had left in our shed—they were still good all those years later—and some of her old canvases and stretchers.

5. What missions do you paint ?

Rosy Lamb: My artistic mission is to experience the endless and goalless transformation of seeing and feeling afresh every day via the notational devices of painting, sculpture and creation of all kinds. Experiencing failure, feeling my blindness and limitations, this is part of it too. Our blindness is infinite and it is exciting to encounter it intimately, without running away from it.

6. Painter, sculptor, author, you are a very accomplished artist…

Rosy Lamb: To me, they are all connected. Painting is at the center, necessary because as a painting unfolds, it transforms me even as I transform it. But I need to leave painting, too, to work in other areas, to collaborate with people, as I do with the workers at the foundry in Auvergne, casting, molding and doing metal work and inventing my own material processes. My children’s book, Paul meets Bernadette, about a friendship between two goldfish, is really about our multiple and sometimes skewed perspectives. The story came out of my experience of looking at things as a painter and sculptor. 

I am also studying ceramics now—such a big field that I will need to study it for the rest of my life alongside everything else. I have set up a kiln and a wheel in my studio in New Hampshire and am making pottery for our house as a starting point. This coming year, I will learn more about slip casting in order to start some trials for making surfaces for my painting out of slip-cast stoneware. I love engineering and inventing with materials. It relaxes me from the emotional exigencies of painting and sculpture. 

7. Which artists inspire you ?  

Rosy Lamb: Lucien Freud, Paula Modersohn Becker, Paula Rego, Richard Diebenkorn, Euan Uglow, Frank Auerbach, Howard Hodgkin, Mary Cassatt, Agnes Martin, Odilon Redon, Paul Klee, Kerry James Marshall, Matisse, Van Gogh, Antonio Lopez Garcia, the  Etruscans, Anonymous (she was amazing!), Lucie Rie (ceramicist), William Steig (children’s book author and illustrator), Vincent de Cotis (furniture designer). These are just the artists that popped into my head as I sat down to answer this and I didn’t include some of my artist friends, and my family of artists, who inspire me hugely, maybe more than all of the above. Ten years ago Lucien Freud was hardly someone I referenced. Now, when I see his work in museums, it seems alive on a cellular level. I think about his work a lot, and his intense relationship to developing his own experience of looking over a long and hard working lifetime. 

8. What kind of materials do you use ? 

Rosy Lamb: I use traditional materials, often in untraditional ways. I paint with oils, frequently on sculpted plaster surfaces. I sculpt mostly in clay and make molds so as to finish the sculptures in plaster or bronze. I work with hot wax to create painting-like surfaces in cast bronze. My next furniture experiments will be in sand-cast aluminium. 

9. What would you like to pass on to the next generation ? 

Rosy Lamb: Try not to think too much about what you are doing or why, for whom, what it’s about or what effect it is supposed to create. Let action take you somewhere unplanned, let inaction not seem so frightening. Listen. Follow blindly when you hear a little bird in your ear.  When I forget myself, even for an hour, I am reborn. Most of the time I am lost in my head. I try not to worry about that either.


10. Do you think nowadays Paris is a good place for creativity ? 

Rosy Lamb: The privileged few of us who travel the globe freely are living in a post-geographic world, and artists can live and work happily from almost anywhere. For me, Paris is where I have my studio, my home, and yet I mostly stay in my little bubble. In the summer, I work in my studio in New Hampshire, even farther from it all. 

11. What about your future plans ?

Rosy Lamb: I am preparing a 2019 show of paintings with my Paris gallery, Guido Roméro Pierini, and also continue to work intensely on sculpture, furniture and ceramics.

More about Rosy Lamb

Chorégraphies végétales et architecturales avec Ramon Enrich

Après des études aux Beaux-Arts de Barcelone ainsi qu’un cursus en arts graphiques, Ramon Enrich décroche une bourse à la fin des années 1980 pour peindre et exposer à l’étranger. D’abord à Francfort, Marbourg et Berlin, où il travaille avec d’autres artistes autour de différents projets d’installations et d’expositions. Ramon Enrich s’envole ensuite pour les Etats-Unis afin de se former auprès des artistes qu’il admire. Il séjourne quelques mois à la Fondation Donald Judd, puis à la Fondation Chinati, avant d’y exposer son travail dès le début des années 1990. Il poursuit son voyage jusqu’à Los Angeles où il rencontre Ed Ruscha ainsi que David Hockney avec lequel il collabore. Il s’installe ensuite quelques années à New-York et devient l’assistant de Julian Schnabel. A son retour en Europe, il occupe un atelier à la Künstlerhaus Mousonturm de Francfort avant de revenir dans sa catalogne natale où il vit depuis lors.

De retour en Europe, il s’établit en France puis en Allemagne où des institutions publiques et privées font l’acquisition de ses œuvres : Künstlerhaus Mousonturm, Giessen Museum, Museum Für Moderne Kunst Mittelhof (…).

Aujourd’hui, Ramon Enrich est exposé dans le monde entier, et ses travaux enrichissent de prestigieuses collections d’entreprises (La Caixa, Banco Santander, NH, Fundacion Telefonica, Deustche Bank, Generali Foundation) ainsi que de nombreuses collections particulières, notamment celles de sir Norman Foster, David Hockney ou encore Donald Judd. Ramon Enrich expose à Barcelone, Amsterdam, Hong Kong, New-York, Bruxelles et Paris.

Ramon Enrich peint des paysages hybrides, entre urbanisme industriel et rural, et nature apprivoisée à la manière des jardins baroques. Une lumière oblique, presque rasante, vient appuyer les effets de perspective obtenus par le dessin géométrique et simplifié des éléments de la composition. Les arbres, les buissons et les bâtiments sont ramenés aux formes simples du cône, de la sphère et du cube. Sous un soleil de plomb, ces paysages graphiques nous font voyager dans un univers surréaliste et désert où l’homme est absent et où nature et architecture se répondent par un jeu de formes et d’ombres.

1. Vous considérez-vous comme une figure émergente dans l’art contemporain ?

Ramon Enrich : Pas du tout, je suis un simple artiste, un créateur, doté d’une vision du monde très personnelle. Je suis fasciné par l’architecture et pour tout ce qui touche à l’absurde.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Ramon Enrich : Le style est semblable à la voix, il n’y a rien à faire pour le changer. Je suis toujours resté obsédé par ce qui a trait au paysage et à l’architecture. C’est en quelque sorte une présence marquée par l’homme. Je considère la peinture comme un long chemin plein de possibilités mais aussi de renonciations : à la fin ce qu’on laisse est presque plus important que ce que l’on prend. Mon style est marqué par les paysages intérieurs, les émotions ainsi que les paradoxes qui se rattachent à la sphère de l’irréel. Je cherche l’ambiguïté des formes primitives, qui s’opposent aux formes plus modernes et sophistiquées. Et cela, toujours avec un style simple, une économie dans le langage.

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3. Racontez-nous votre parcours…

Ramon Enrich : Dès l’enfance, j’ai décidé de m’amuser en choisissant un chemin très visuel. Le plaisir des yeux comme moteur de l’intelligence et de l’émotivité.Ainsi, j’ai commencé à m’intéresser à ceux qui ont participé à la pensée et la théorie relative à la peinture. Après mes études aux Beaux-Arts et mes cours d’histoire de l’Art, je suis parti à la recherche des figures de l’art plastique. J’aurais aimé avoir connu Brancusi, Matisse… Hélas, je suis arrivé trop tard ! Aussi, j’ai décidé de partir à la rencontre des mythes vivants. J’ai commencé par l’Amérique. Je me suis présenté devant  la maison de Donnald Judd au Texas. De même, que Schnabel, Hockney et Ed Ruscha. Chacune des ces figures est un monde en soi. Je voulais comprendre le lien entre leur oeuvre et leur pensée, le manière d’exprimer leur liberté.

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4. Qu’avez-vous appris des voyages qui ont ponctué votre formation de peintre ?

Ramon Enrich : Ces voyages initatiques sont le ciment de ma peinture. La rencontre de Richard Long ou Howard Hodking m’a aidé à forger mon propre chemin. Je parle de liens spirituels, pratiques et professionnels.

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5. Quel souvenir gardez-vous de votre rencontre avec Ed Ruscha ?

Ramon Enrich : Ed Ruscha est pour moi un des meilleurs narrateurs qui soient.Je me suis présenté chez lui a L.A avec le seule idée de voir son espace de travail. J’aimais sa modernité de cow-boy classique, comme un artiste des avant-gardes cherchant une chose différente de ses voisins. Une ligne solitaire mais vraie. J’ai parlé de tout ça avec lui : modernité, connections célestes, monde gris des US, toujours avec la sensibilité des poètes qui veulent guérir le monde en nous donnant à regarder la beauté.

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  1. Travailler avec David Hockney… Une manière d’entrer dans le mythe ?

Ramon Enrich : Hockney est de nos jours probablement le plus vivant des jeunes artistes. Il porte en lui Picasso, La Renaissance, Les Primitifs. De même que la technologie avec l’œil et l’intelligence de notre siècle. Je me souviens avoir débuté ce voyage auprès de Hockney quand il m’a envoyé son chauffeur à Los Angeles pour m’emmener chez lui. Nous sommes arrivés a Montcalm Avenue, sa maison au Hollywood Hills. Un petit-déjeuner avec Elton John (voisin des Hills). Tout était nouveau pour moi. Je suis  resté dans son atelier tel un voyeur pendant quelques temps. Je me suis plongé dans sa méthode, ses peintures, tout cela au quotidien. C’était un vrai masterclass de simplicité et de passion. La passion de vivre pour ce qui nous anime, nous fait vibrer.

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7. Quelles missions donnez-vous à l’art aujourd’hui ?

Ramon Enrich : L’art est une façon de voir le monde. Aujourd’hui tout est possible, et c’est encore plus difficile d’être vu. L’art est fait pour durer. Le public aura toujours la légitimité pour le juger. Je fais partie de ces romantiques qui pensent que les être humains auront toujours la nécessité d’être séduits. Il appartient aux artistes de séduire : tout est un grand théâtre dans le bon sens du terme. 

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8. La nature et l’architecture sont deux thèmes prédominants dans votre travail…

Ramon Enrich : La relation entre l’architecture et la nature est l’un des grands thèmes  de l’histoire de l’humanité. Je parle de la lutte de la civilisation pour conquérir la nature. J’aime l’architecture car elle parle de nous, à chaque moment de l’Histoire, en tous lieux. C’est un vrai portrait des relations humaines et de leur environnement.

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  1. Peut-on dire que vos créations empruntent des codes au surréalisme ?

Ramon Enrich : Oui, le surréalisme se situe à côté de la raison, il représente pour moi l’œil intérieur. Cela me passionne, ce fil de pensées qui se déroule de l’autre côté du miroir. On trouve des échos, des liens tissés entre les hommes au travers de la culture et du temps.

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  1. Quels artistes vous inspirent au quotidien ?

Ramon Enrich : Chaque artiste à des références. Les miennes se réfèrent aux choses simples : Judd, Long, sont mes dieux. J’aime à suivre des artistes qui traitent de thèmes classiques mais avec des mots issus de notre langage contemporain. Les œuvres empreintes d’émotion et de simplicité, comme celles de John Pawson ou d’Anish Kapoor me touchent particulièrement. Ou Jean Prouvé avec sa logique ponctuée d’émotion quasi-religieuse lorsqu’il traite de choses aussi terre à terre qu’un simple objet. Encore plus si cette émotion est amusante, intelligente comme Edward Wurm.

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11. Comment travaillez-vous ?

Ramon Enrich : Je suis un peintre solitaire. Je m’isole des heures entières dans l’Atelier à réfléchir à des actes créatifs nés d’un accident dans les couleurs, les combinaisons, les designs. Je passe des moments, seuls à penser, à faire la cuisine, en quête de nouvelles voies. Travail et discipline sont mes deux règles de vie d’artiste mais je reste toujours avec sensible au rythme des saisons, à la nature de l’autre côté des grandes fenêtres de l’Atelier.

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  1. Avez-vous songé à la mise en scène pour les arts dramatiques ?

Ramon Enrich : Mes tableaux sont comme des chorégraphies végétales et architecturales. La mise en scène me tenterait bien sûr, car le théâtre éclaire le monde avec simplicité. Cet écran artificiel constitue en lui-même un tableau.

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  1. Votre vœu le plus cher ?

Ramon Enrich : Être heureux avec ma famille, mes fils et leur faire découvrir le monde. Par égoïsme, peut-être un tableau de Matisse ou des boîtes d’aluminium à couleur de Donald Judd.

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  1. Quels sont vos projets à venir ?

Ramon Enrich : Dans ma ville Igualada, j’ai le projet d’aider à la transformation d’un quartier industriel. Comme artiste, j’ai des expositions prévues à Core, Barcelone et Milan.

En savoir plus sur Ramon Enrich

Retrouvez les oeuvres de Ramon Enrich sur Artismagna

Beyond the visible with Luis Beltràn

Hailing from Valencia in Spain, contemporary photographer Luis Beltràn may be regarded as a storyteller who uses photography to set his mind free from everyday life. Through his pictures, Luis Beltrán talks about loneliness and mystery, suspended between reality and imagination and dedicates his work « to those who daydream, who live in fantasy worlds and don’t want to wake up ».

Although not entirely fantastical, his images have been retouched to make each setting slightly unreal, giving it a sense of the impossible while firmly keeping one foot in reality.

Luis Beltran is represented by Agora Gallery in New York, Blanca Berlin in Madrid, Artloveyou in Barcelona, Mediadvanced in Gijón and Galería O+O in Valencia. His work has been published in such magazines as Ex Magazine and Art Notes.

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1. Do you consider yourself as a figure of contemporary photography ?

Luis Beltràn : As long as I can remember, the pursuit of creativity and talent always fascinated me. One day, I discovered that I could express myself through photography. It allows me to show people how the world appears through my eyes and to tell stories that I think are worthy of sharing. I see myself as not just a photographer, but as someone with a vivid imagination that uses photography to capture my dreams and render them eternal.

2. How would you describe your style ?

Luis Beltràn : I’ve always believed simplicity is the best way to convey emotions and this belief I strive to apply to each of my works. There is beauty in simplicity, and this beauty is able to connect with us. I like to create dreamlike scenes where human beings interact with nature, looking for its essence.

3. What about your experience ?

Luis Beltràn : My first contact with photography was more than 20 years ago. I started with an old camera borrowed from a friend. To me, the darkroom is a magical place to develop photographs and I suggest to photography, enthusiasts to try this experience. Later on, digital photography opened me a world of infinite creative possibilities that allowed me realise ideas that were not possible before. Photography changed my way of seeing the world and helped me find a meaning in my life.

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4. Your work is transfigured by a poetic and fantastic vision…

Luis Beltràn : I like to explore human feelings in my photography, for example, loneliness or sadness. I find my own feelings to be inexhaustible source of inspiration, so I never hesitate to use introspection as a means of fuelling my creativity. I feel comfortable travelling to a fantastic world where everything is simple but at the same time is beautiful and eternal.

5. Do you express the hope to transform the world in a particular way ?

Luis Beltràn : I don’t expect to change the world with my photography, although I wish I could. When I’m creating, I do it for myself just because I feel that way. I take great pleasure when people connect meaningfully with my artwork, so in this sense I do hope to transform the world, even if it is simply one person at a time, making their day a little better.

6. Are you influenced by Painting ?

Luis Beltràn : Painting is a discipline I admire due to its ability to recreate a fantasy world that evoke in me an infinity of feelings. I am probably influenced by some artists because of the colour and style of their work.

7. Which photographers have an impact on your work ?

Luis Beltràn : There are countless good photographers whom I admire, most of them with an amazing talent. Some are not really well known but are nonetheless fantastic artists. I think every time I contemplate a good photo there is something that remains inside of me and influences my work. I like so many authors with different style but if I should highlight one, it would be Eugenio Recuenco. He inspires to me to demand even more from myself, to create even better photographs.

8. Are you fascinated by the children’s world ?

Luis Beltràn : I recall with nostalgia moments in my childhood where I can create free from the boundaries of the adult world. I like to think back to the years when I was a child and live again those past moments full only of happiness and inner peace.

9. What’s your relation with nature ?

Luis Beltràn : I like to escape the city to places where I can meditate and find, inside of me, feelings that we let slowly die while we are growing older. That only can happen when nature surrounds me. It is with nature that I feel at peace with myself.

10. What about the future ?

Luis Beltràn : Fashion and advertising photography, my main occupation for the past four years, it’s a demanding career that requires a lot of time. At present, it doesn’t really allow me to work on my personal work. I would like to carry out some projects in the future, although so far they are just some ideas that need to take shape… My head needs to dream again…

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