Latest Posts

Jacques Lameloise : les pieds sur terre, la toque dans les étoiles…

« Chez nous, aucun mot n’est trop fort lorsqu’il s’agit d’honorer celui ou celle que l’on reçoit… »

Expression qui s’entretient de père en fils dans la famille Lameloise, célèbre pour sa dynastie de chefs cuisiniers hors pairs. Impossible pour moi de ne pas connaître Jacques Lameloise, étant devenue une fille adoptive de la Bourgogne depuis huit ans.

Bien connu de toutes les fines bouches de France, Jacques Lameloise a fait revivre un ancien relais de poste datant du 15ème siècle dans le village de Chagny en Saône et Loire. Perpétuant le talent et l’exigence gastronomique de son père Jean et de son grand-père Pierre lequel dénonçait au début du siècle que « les piètres agapes modernes où les estomacs débilisés s’effarent devant les plats de haute envergure »( !) Jacques Lameloise s’est vu décoré de sa deuxième étoile Michelin en 1974 et de sa troisième en 1979 !

Si Jacques Lameloise est devenu un chef tri-étoilé aussi jeune, c’est que son style de cuisine et son caractère passionné ont conquis plus d’un palais exigeant. Et pour cause ! En 2007, Jacques Lameloise a de nouveau été récompensé de 3 étoiles… Ses spécialités ? Des raviolis d’escargots de bourgogne dans leur bouillon d’ail doux, le pigeonneau rôti à l’émiettée de truffes, le millefeuille de filet de bœuf et foie gras agrémenté de pommes de terre soufflées… Vous restez encore sur votre faim ? Un millefeuille de homard aux tomates pressées ou de fines feuilles craquantes au caramel et chocolat…

Restaurant_Lameloise1

Comme toute histoire – même gustative – a une fin, Jacques Lameloise comme Alain Sanderens, Lucas Carton ou Olivier Roellinger, a rendu ses étoiles, las de la course aux investissements et de la pression inhérente. C’est désormais Frédéric Lamy, son neveu, qui remet le couvert, le chef de cuisine Eric Pras restant aux fourneaux. Mais n’ayez crainte, l’ombre de Jacques Lameloise ne sera jamais bien loin, ce dernier s’étant engagé à accompagner son successeur en douceur(s)

Envie d’exciter vos papilles ? http://www.lameloise.fr/

Rencontre impromptue avec Jean-Louis Bachelet

Pianiste et auteur dramatique, Jean-Louis Bachelet pratique depuis dix ans en alternance récitals et mises en scène. Formé à la mise en scène dans les années 1980, il se passionne pour le théâtre d’ensemble russe et découvre Lorca, Mishima, et Koltès. Sa première pièce, «La nuit au jardin d’Eden», consacrée à la mémoire des déportés en Union Soviétique, est montée en 1998 au Studio Le Regard du Cygne. En 2000, Jean-Louis Bachelet entre dans la compagnie Alma Viva pour un spectacle musical autour des mélodies de Prévert et Kosma. En 2003, Il participe au Théâtre du Nord Ouest à l’intégrale Claudel, avec la comédienne Laure Lattuada. En 2005, il apparait en tant que pianiste au côté de Robin Renucci, dans la pièce « Le pianiste », à la Pépinière Opéra. En 2007, il met en scène «Le Périple d’Eva» avec la comédienne Jessica Jhean. Fondateur de la Compagnie Anser Fabilis pour faire jouer ses pièces, “Regarde, meurs, souviens-toi” est sa vingt-troisième pièce consacrée à trois moments de la vie d’une déportée à Ravensbrück…

1. Vous considérez-vous comme une figure littéraire ?

Jean-Louis Bachelet : Je préfère le mot “visage” à celui de “figure”. Le visage est celui qui définit la personne dans sa relation première et immédiate à l’autre… Si on s’en tient à cette définition, il ne peut y avoir de “visage” si d’autres ne vous ont pas reconnu à travers celui-ci… J’ai sans doute un “visage littéraire “pour mon éditeur et mes comédiens, mais ce n’est pas suffisant pour faire un écrivain.

Je préfère le mot “visage” à celui de “figure”; le visage est ce qui définit la personne dans sa relation
première et immédiate à l’autre…si on s’en tient à cette définition, il ne peut y avoir de “visage” si
d’autres ne vous ont pas reconnu à travers celui-ci…j’ai sans doute un “visage littéraire” pour mon
éditeur et mes comédiens, mais ce n’est pas suffisant pour faire un écrivain.

2. Comment définiriez-vous votre style ?

Jean-Louis Bachelet : Comme auteur je me suis nourri, et je me nourris encore de tous ceux qui ont bouleversé ma vie : Dostoïevsky, Mishima, Lorca; je crois avoir construit mon écriture dans un désir impérieux de communier à ce que les êtres et les choses ont de plus intime, de plus secret, de plus indicible, avec la volonté de le faire partager.

jeanlouis_bachelet3-768x1024


3. Qu’est-ce qui vous a poussé vers la musique et le théâtre ?

Jean-Louis Bachelet : J’ai su très tôt que je consacrerai ma vie au piano et au théâtre. Mon enfance a été marquée par le sentiment de deuil que provoquaient les nombreux déménagements liés à la profession de mon père. L’art, comme la foi, est devenu très vite le lieu de l’unité de ma vie, ma terre d’élection, celle qui me permettait d’exister, tout simplement.

4. Pourquoi avoir monté cette compagnie de théâtre Anser Fabilis ?

Jean-Louis Bachelet : J’ai monté cette compagnie pour faire jouer les 24 pièces que j’ai écrites.

Aurelie12

5. Pourriez-vous expliquer votre mise en scène en quelques mots ?

Jean-Louis Bachelet : La mise en scène doit dire ce que ni les comédiens ni le textes ne peuvent dire. Quand tout est dit par les acteurs et le texte, la mise en scène doit être Silence. Dans ma pièce “Regarde, Meurs, Souviens-toi”, tout est ordonné en vue de ce silence visuel, qui seul peut permettre de recevoir cette terrible histoire des camps.

6. Quels sont les univers littéraires ou artistiques qui vous influencent dans votre travail ?

Jean-Louis Bachelet : Le cinéma de Tarkovsky, notamment le film Nostalghia, et l’oeuvre de Dostoïvsky, sont ma bible artistique.

7. Qu’attendez-vous des comédiens ?

Jean-Louis Bachelet : Je forme mes comédiens en vue de leur permettre de vivre un lien vivant et signifiant avec les gens à qui ils s’adressent. Un bon comédien n’est pas quelqu’un que l’on voit, mais quelqu’un à travers qui l’on voit. A ce titre, les écoles parisiennes de formation de l’acteur font un véritable travail de sape, qui conduit à la destruction du jeu, à la destruction de l’acteur, à la destruction du théâtre tout entier. Nous misons sur le travail du corps, ce dernier étant le lieu même de la libération des intentions cachées dans le coeur de l’acteur; nous n’intervenons jamais sur le vécu, l’affect, l’intimité des gens, au risque de tomber dans la manipulation pure et simple. Le metteur en scène doit être à l’image du jardinier qui est témoin de la croissance de ses fleurs, et qui n’intervient qu’en vue de leur épanouissement.

compagnie-Anser-Fabilis3

8. Quelles missions donnez-vous au Théâtre ?
 
Jean-Louis Bachelet : Je crois que le théâtre reste le lieu de la Rencontre par excellence. Le cinéma est merveilleux, mais les acteurs n’y sont que des images. Il y a sur scène l’occasion d’une rencontre véritable, en vue de réconcilier l’homme avec lui-même, et, comme le disait Tarkovsky, de le préparer à sa propre mort.. Oui, le théâtre est le lieu de la Rencontre.

9. Et la Musique dans tout ça ?

Jean-Louis Bachelet : Liszt, Schumann, Rachmaninov, Debussy m’ont tout appris de ce qu’est la notion de Sincérité sur scène, et -pourquoi ne pas le dire, de Vérité. Quand on est pianiste classique, on ne peut pas mentir. J’ai fait une pause depuis 8 mois, à cause de ma nouvelle pièce qui me prend trop de temps.

10. Quels sont vos projets pour 2010 ?

Jean-Louis Bachelet : Nous préparons ma nouvelles pièce “Troyennes”, d’après les auteurs antiques : Homère, Dictys de Crêtes, Quintus de Smyrne, Virgile, Ovide. Ce sera une pièce très festive, avec la célèbre danseuse orientale Lolie dans le rôle d’Athéna, les comédiennes de ma précédente pièce, et Véronique Ebel dans le rôle d’Hécube; je serai aussi sur scène pour accompagner chants et danses avec une Darbouka et un fifre. A travers l’histoire du sac de Troie, je veux montrer le choc de la civilisation de l’Amour (les troyens) et de la culture de mort (les grecs). Cette pièce sera l’occasion pour moi de montrer le vrai visage d’Athéna, d’Agamemnon, d’Achille, qui ne sont rien d’autres que des criminels de guerre.

La mode surréaliste de Gareth Pugh

L’ambiance mauve grisée et la lumière plombée évoquent la tristesse et le chagrin

Cherchant à marier inlassablement l’art et la mode, Gareth Pugh est un poète des temps modernes qui se sert des matières pour partager sa vision du monde. Un monde gothique, semi-apocalyptique, surréaliste où ce sont les ensembles qui animent les modèles. Les modèles surgissent du néant pour prendre vie et s’illuminer sous les feux des projecteurs.  On assiste à une résurrection des corps ou devrais-je dire des modèles pour donner vie aux pièces de couture.

P9284496-1280w-sfw

Gareth Pugh me surprend toujours par sa capacité à trouver l’inspiration dans des sujets aussi inquiètants qu’époustouflants. Prêt à casser les limites des codes qu’on a l’habitude de voir chez les créateurs d’aujourd’hui, Gareth Pugh insiste sur l’aspect androgyne de ses modèles pour mettre davantage en valeur les pièces : héros gothiques, couleurs de plomb, terreuses voire demi-deuil, cascades de crêpe et de mousseline, couronnes de plumes d’oie en éventail… Le tout est orchestré par Matthew Stone qui remixe le thème majeur du film Requiem for a dream. Et justement, la mort est bien présente dans cette mise en scène extravagante où chaque détail est étudié minutieusement.

gareth_pugh1

On se croirait aussi bien au Musée de l’homme avec un clin d’œil à l’histoire du costume, je pense à l’ensemble façon « iroquoise » ou le chapeau façon « capeline de chasse 18ème » qu’à un bal des vampires. Mais la mise en scène donne surtout l’impression d’assister au grand retour sur terre des héros de la Grèce Antique après des siècles de silence…

Pour en savoir plus :

http://www.garethpugh.net/

Philip Glass, tout en musique…

Qui n’a pas déjà entendu une des nombreuses mélodies composées par Philip Glass ? Qu’il s’agisse de ses opéras, symphonies, sonates ou compositions cinématographiques, Philip Glass est devenu l’un des musiciens les plus influents de la fin du XXème siècle.

J’avoue avoir progressivement découvert la musique de Philip Glass au cinéma dans les films Kundun, The Hours, L’Illusioniste, The Truman Show… Enchaînement de notes glissant sur le clavier, retour à la tonalité, thèmes entêtants, chants d’inspiration orientale, la notion de temps dans la musique de Philip Glass est perçue de façon entièrement différente de celle entretenue habituellement, non plus comme une continuité mais plutôt comme une succession d’instants

p21963b7c98

Parallèlement à Steve Reich ou Terri Riley, Philip Glass a développé une musique minimaliste et mystique fondée sur des modules répétitifs. Philip Glass a depuis évolué vers une musique davantage stylistique dans laquelle l’aspect répétitif n’est plus prépondérant. Depuis lors, cette figure du monde de la musique contemporaine se définit comme un compositeur classique, ayant étudié Bach, Beethoven ou Schubert.

Philip Glass a abandonné la musique sérielle (musique fondée sur une succession préétablie et invariable de sons), après avoir découvert la musique indienne comme une révélation et mit au point une technique de composition fondée sur la progression additive. Il s’est ainsi imposé comme l’un des maîtres de la musique répétitive (caractérisée par l’utilisation d’une pulsation régulière et la répétition de courts motifs évoluant lentement) en écrivant des opéras d’un nouveau genre et en étant particulièrement prolifique dans le domaine de la musique pour le cinéma.

Beck.rework.Phillip-Glass

Je trouve que ce mouvement musical rend le genre classique plus accessible auprès du grand public. Au lieu d’avoir une approche essentiellement intellectuelle, comme c’est le cas pour la musique sérielle ou expérimentale, cette musique permet de transmettre davantage d’émotivité musicale. On comprend pourquoi ce type de musique a tant été utilisée à la télévision ou au cinéma, car elle est une excellente musique d’accompagnement, que je qualifierais « d’accessoire ». On sent bien la volonté dans ce mouvement musical américain de se délier de ses attaches européennes. Les opposants de Philip Glass lui reprochent justement de produire une musique de masse sans âme et superficielle. Et pourtant, même si ces remarques peuvent se justifier, je trouve que ce compositeur est parvenu à démocratiser la musique classique en la rendant accessible, facile d’écoute et touchante. C’est déjà pas mal, non ?