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Eric Génovèse, le Magnifique

Sociétaire de la Comédie Française depuis 1998, diplômé du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris et Chevalier des Arts et Lettres., Eric Génovèse mène en parallèle trois activités : comédien, récitant dans des ouvrages musicaux, et metteur en scène au théâtre et à l’opéra. En tant que comédien, il se voit proposer immédiatement des rôles majeurs dans des productions remarquées ; il joue ainsi Pasolini et aborde Corneille (Cléandre de “La Place Royale” et Ptolomée de “La Mort de Pompée”) mis en scène par Brigitte Jaques-Wajeman et Stanislas Nordey. En 1993, année de son entrée à la Comédie-Française, il est Louis Laine dans “L’Échange” de Claudel à la Comédie de Genève. Depuis, il interprète au Français les grands rôles du répertoire classique et contemporain sous la direction de metteurs en scène comme Youssef Chahine, Jorge Lavelli, Georges Lavaudant, Roger Planchon, Daniel Mesguich, Anatoly Vassiliev, Lukas Hemleb, Joël Jouanneau, Jean-Luc Boutté, Denis Podalydès, Andrei Serban ou Robert Wilson… Son répertoire comprend des auteurs aussi divers que Shakespeare (Hamlet et “La Tempête”), Molière évidemment (Cléante de “L’Avare”, Covielle du “Bourgeois Gentilhomme”, le rôle-titre du “Tartuffe”, Philinte du “Misanthrope”, Amphytrion…), les tragiques, Racine (Hippolyte de “Phèdre”, Oreste d’”Andromaque” et Xipharès de “Mithridate”), Corneille encore (“Tite et Bérénice”, Clitandre), mais aussi Feydeau, Rostand, Duras, Tony Kushner, Copi, Lars Noren ou La Fontaine… On l’a vu au cinéma et à la télévision sous la direction de James Ivory, Benoît Jacquot, Gérard Vergez entre autres. On a pu le voir sur les scènes de la Comédie-Française dans “La Grande Magie” d’Eduardo De Filippo, dans “Les Naufragés” de Guy Zylberstein, dans “La Pluie d’été” de Marguerite Duras, “Peer Gynt”, “La Place Royale”, “Phèdre”, “Les Trois Sœurs”, “Cyrano de Bergerac”, “L’Anniversaire” d’Harold Pinter, “Phèdre”, “Lucrèce Borgia”, “Le Misanthrope”, “La Double Inconstance”. Il se produit en outre dans un spectacle de cabaret réunissant les comédiens du Français autour des chansons de Georges Brassens. Cette saison en 2016, avec la Comédie-Française il participe au “Misanthrope”, “La Double Inconstance”, “Lucrèce Borgia”, “La Mer” de Edward Bond et jouera dans “Les Damnés” de Visconti au Festival d’Avignon (Palais des Papes).

Son activité musicale, née d’un apprentissage du piano dès l’enfance, se concrétise par une intense participation en tant que narrateur lors de concerts ou des versions scéniques d’œuvres comme le “Lélio” de Berlioz, “Le Martyre” de Saint Sébastien de Debussy, “Le Roi David” de Honegger, “L’Histoire du Soldat” de Stravinsky, “Le Serment de Tansman”, “L’Histoire de Babar” de Poulenc, “Pierre et le Loup” de Prokofiev, “L’Enlèvement au sérail” de Mozart, “Hydrogen Jukebox” de Philip Glass, The Young Person’s Guide to the Orchestra de Britten, “Peer Gynt” de Grieg… avec les orchestres philharmoniques de Radio-France, du Luxembourg, de Lorraine, l’Ensemble Orchestral de Paris, l’Orchestre National de France, à l’Opéra de Rome, Salle Gaveau, au Capitole de Toulouse et au Théâtre des Champs-Elysées sous la direction notamment de Kurt Masur, John Nelson, Emmanuel Krivine, Alain Altinoglu, Jean-Christophe Spinosi, Vladimir Cosma… ou en formation chambriste avec le Trio Wanderer, Gordan Nikolitch, Claire Désert, Muza Rubackyté ou encore avec le baryton Matthias Goerne. Au cours de l’été 2012, il fait ses débuts au Japon dans “Jeanne d’Arc au Bûcher” d’Honegger (Frère Dominique) dans le cadre du Saito Kinen Festival de Matsumoto, production reprise lors de la saison 2014-2015 à l’Opéra de Monte-Carlo, à la Halle au Grain de Toulouse, à la Philharmonie de Paris (Orchestre de Paris, dir. Kazuki Yamada) puis au Lincoln Centre de New York (New York Philharmonic, dir. Alan Gilbert), aux côtés de Marion Cotillard. Il prête sa voix lors de l’enregistrement de “Une Journée” de Martial Caillebotte avec le Chœur régional Vittoria d’Île-de-France et l’Orchestre Pasdeloup et retrouve l’Orchestre National de France pour “La Machine de Trurl” de Pascal Zavaro à Radio-France.

Enseignant l’art dramatique en lycée et au Cours Florent, il signe sa première mise en scène, “Les Juives” de Robert Garnier au Théâtre du Marais en 2001. Il met en scène avec la collaboration de l’IRCAM “Le Privilège des Chemins” de Fernando Pessoa à la Comédie-Française en 2004 et met en scène la pièce “Erzulie Dahomey” de J.-R. Lemoine à la Comédie Française en 2012. L’Opéra National de Bordeaux lui confie sa première mise en scène lyrique, “Rigoletto”, en 2007. En début de saison 2008-2009, il met en scène “Cosí fan tutte” au Théâtre des Champs-Elysées repris en avril 2012. Il est réinvité par l’Opéra National de Bordeaux pour mettre en scène l’opéra “L’Ecole des Femmes” de Rolf Liebermann lors de la saison 2010-2011, et met en scène “Anna Bolena” de Donizetti à la Staatsoper de Vienne. 

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1. Vous considérez-vous comme une figure du Théâtre ?

Eric Génovèse : Une figure, incontestablement puisque j’ai la chance d’y jouer sans discontinuer depuis bientot 20 ans. Mais de quelle importance, je l’ignore… ça n’est pas à moi d’en juger ! (rires). Disons que j’y ai une activité trés intense, que je suis dans un théâtre approximativement 300 jours par an, que je croise mon nom sur pas mal d’affiches dans les rues….

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Eric Génovèse : Il est assez difficile pour un comédien de définir ce qui fait son originalité, ce qui fait qu’on le demande, qu’on l’imagine ici ou là… Sa faculté à faire naître le désir. A vrai dire, j’attaque toujours les répétitions en essayant d’oublier tout, en étant le plus disponible, le plus vierge possible. Comme c’est de toute façon impossible car la technique et l’expérience que l’on a sont gravées et difficilement effaçables, je tends au style “page blanche”. C’est assez inconfortable mais j’aime assez vagabonder d’un style à l’autre : épouser celui qui convient à ce que je suis censé défendre. Il faut pour cela se permettre la perméabilité, donc, éprouver ses propres limites. Chaque metteur en scène avec qui j’ai travaillé m’a raconté de moi des caractéristiques différentes…

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Je ne pense pas être un intellectuel. Un homme qui pense, oui mais avec tous ses sens. Peut-être, sans doute même, je suis un acteur de texte. Mon rapport à la matière textuelle m’a souvent été cité comme un point fort. On m’a même parlé de” Touche de texte”, comme on parlerait d’un toucher pour un pianiste ou d’un trait pour un peintre. C’est le plus beau compliment que l’on m’ait fait… Je pense ne pouvoir parvenir à rien sans un bon texte. Le silence qui précède et suit une phrase est pour moi le gage de la qualité, de la portée de cette phrase et c’est lui que je vise en réalité lorsque je travaille. J’aime Dire, par dessus tout pour faire vivre l’intensité de ce silence, le trouble qu’il convoque. Cela peut sembler paradoxal mais c’est ainsi que je vis les choses.

J’entends souvent qu’il y aurait un style Comédie Française, ce qui ne veut à peu près rien dire, en tous cas aujourd’hui. En étant tout à fait sincère, je ne vois chez tous mes camarades que deux points communs: la rapidité et la souplesse. Certaines approches sont diamétralement opposées au sein même de cette troupe. Et je ne considère pas qu’un style soit façonné par un lieu dans lequel on travaillerait. Il est le fruit d’une réflexion, d’une expérience, de ce que l’on vit et de comment on le vit, donc, propre à chacun. Si je devais me choisir un Style, il faudrait qu’il soit suffisamment identifiable mais qu’il ne ressemble en rien à une étiquette. Un style complexe à déchiffrer mais évident à recevoir.

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3. Le Théâtre… Une vocation ?

Eric Génovèse : A priori, je n’y étais pas pré-disposé : Je suis issu d’une famille plutôt modeste et peu encline à l’art théâtral. Quelques indices cependant : Ma grand mère paternelle ne savait ni lire, ni écrire, mais regardait “des chiffres et des lettres” tous les soirs avec gourmandise. Ma grand mère maternelle chante Werther ou Rigoletto sans avoir jamais mis les pieds dans un Opéra…. Ma mère était couturière. Elle avait des doigts d’or. Mon pére lui, né italien et naturalisé français à l’âge de 11 ans était parti pour faire des études. Il était à peine devenu ingénieur en électronique lorsque je l’ai perdu, j’étais encore un petit enfant. J’ai retrouvé cependant deux livres qui lui appartenaient, très tard, des pièces de Hugo et de Marivaux, cela m’a beaucoup ému et intrigué. Ma tante m’emmenait très jeune voir des expos de Giacometti, Miro, Picasso, Ernst… Et des concerts de Lou Reed, Patty Smith, Jaco Pastorius, Keith Jarrett….. A l’âge de 9 ans un panneau affichant “cours de théatre” m’a frappé et j’ai demandé à ma mère de m’y inscrire ainsi qu’à des cours de piano… Elle a accepté sans me poser de questions. Pourquoi cet appel ? Je l’ignore. Je n’avais jamais vu une piéce de théâtre ! Une nécessité secrète donc : nécessité, je préfère d’ailleurs ce terme à celui de vocation.

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4. Racontez nous votre parcours…

Eric Génovèse : A l’age de 17 ans j’ai décidé d’arrêter mes études; j’avais beaucoup de problèmes de communication avec les gens de mon âge et pour me faire accepter je faisais le pitre et ruinais mes possibilités que l’on disait grandes. J’étais inadapté, malheureux et très seul, avec un grand manque de confiance en moi. J’ai demandé à ma mère de monter à Paris (nous vivions à Nice) pour y prendre des cours de Théâtre. Elle l’a accepté avec confiance et s’est dévouée pour financer mes études. Deux ans de Cours Simon, une première tentative au concours du Conservatoire National : un échec ! Je suis ensuite admis par François Florent en deuxième année dans la classe de Denise Bonal puis après quelques mois, je rencontre par le biais d’un ami Isabelle Janier et Tania Torrens, toutes deux à la Comédie Française. Elles me font travailler dans leur loge mon deuxième concours du Conservatoire National et je suis admis, à ma grande surprise. Là, je rencontre Viviane Théophilidés, Pierre Vial, Jean-Pierre Vincent, Bernard Dort et Madeleine Marion qui me forment et je travaille comme un dingue pendant trois ans !

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En troisième année ma chère Madeleine Marion, qui est devenue ma maman de Théâtre et mon amie proche – elle nous a quittés en 2010 – me choisit pour être “Oreste” dans l’Oreste de Vittorio Alfieri dans les ateliers de sortie duConservatoire. C’est là que tout commence sérieusement à changer. Stanislas Nordey qui est mon Pylade me propose de jouer “Bête de Style” de Pasolini au TGP de Saint-Denis, Redjep Mitrovitsa me voit jouer et parle de moi à Brigitte Jaques qui m’auditionne et m’engage pour jouer Cléandre dans “La place royale“et Ptolomée dans “La mort de Pompée” de Corneille la saison qui suit ma sortie du Conservatoire. Suivent tout naturellement, Louis-Laine dans “L’échange” de Claudel à la comédie de Genève et plusieurs reprises et un film avec Benoit Jacquot de “La Place Royale” qui est un grand succès. Trois années d’intermittence, mais cinq mois seulement d’Assedic (histoire de ne pas perdre de vue la précarité qui menace, j’ai gravé ces mois très fort dans mon esprit) !

En 1993, Georges Lavaudant monte “Hamlet” à la Comédie-Française et cherche un acteur pour jouer Fortinbras et La Reine de Comédie (deux rôles aux antipodes l’un de l’autre). C’est à nouveau Redjep Mitrovitsa qui lui conseille de venir me voir dans “La Place Royale” et quelques jours plus tard, je reçois un télégramme de Jean-Pierre Miquel qui était Directeur du Conservatoire lorsque j’y étais élève et qui vient d’être nommé Administrateur de la Comédie Française qui me propose d’y entrer comme Pensionnaire pour jouer ces deux rôles, ainsi que celui de Scipion dans le “Caligula” de Camus que met en scène Youssef Chahine. En quatre ans à peine dans les lieux, je suis nommé 499éme Sociétaire, élu par mes pairs. J’y joue de nombreux rôles et y rencontre des metteurs en scène et des camarades formidables. Cela fait seize ans que ça dure…..et je souhaite y demeurer tant que je progresse et que l’équilibre entre les raisons de partir et les raisons de rester penchent du côté de la seconde option !

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J’ai eu aussi besoin d’aller voir du côté de l’enseignement et de la mise en scène. A vrai dire c’est l’enseignement, le goût de diriger les acteurs qui m’a fait sauter le pas ! François Florent m’a demandé d’animer un Stage sur la Tragédie en 1999 et j’y ai rencontré une équipe avec qui j’ai monté “Les Juives” de Robert Garnier au Théatre du Marais.Cinq heures de spectacle dans une langue sublime mais horriblement difficile, une entreprise folle et d’une difficulté sans nom, un pari impossible, un suicide pour un début ! Mais monter quelquechose de plus habituel ne m’excitait pas. J’avais choisi ce répértoire précisément pour la raison qu’il est si difficile et iconoclaste que personne ne le monte ! C’est un répértoire que j’aime et je pouvais me permettre d’y aller en laborantin. Marcel Bozonnet m’a ensuite proposé de travailler avec L’Ircam et d’imaginer un spectacle issu de cette collaboration. J’ai donc à nouveau choisi un objet étrange : “Le privilège des chemins” de Fernando Pessoa et nous l’avons joué au Studio Theatre de la Comédie-Française. Entre temps, Michel Glotz – grand impressario de musique qui nous a quitté lui aussi ces jours derniers – m’avait admis dans son agence en tant que Récitant. J’avais besoin de retrouver la musique ! Le Théâtre et le Piano, avais-je dit à 9 ans ! Il semblerait que je sois déterminé !

J’ai collaboré et collabore encore avec des musiciens et des orchestres extraordinaire pour des oeuvres mélant musique et textes parlés (“Le Martyre de Saint Sebastien” de Debussy, “Lélio” de Berlioz, “Peer Gynt” de Grieg, “L’histoire de Babar” de Poulenc, “l’Enlevement au sérail” de Mozart et autres, jusqu’a “Hydrogen Jukebox” de Philipp Glass que j’ai crée en France dans une mise en scène de Joel Jouanneau…..) avec des grands chefs comme Kurt Masur,Emmanuel Krivine, John Nelson, Alain Altinoglu, Jean-Christophe Spinosi… ou en récitals aux cotés de chanteurs fantastiques comme Matthias Goerne, Camilla Tilling entre autres, sans oublier des concerts que je donne régulièrement avec le Trio Wanderer, Philippe Berrod ou Muza RubackytéToutes ces activités m’ont mis au contact de Directeurs de Théâtres et j’ai manifesté mon envie de mettre en scène de l’Opéra, qui est pour moi la forme la plus aboutie de l’expression scénique, le vecteur d’émotion le plus puissant. “Rigoletto” de Verdi a été mon premier essai grâce à Thierry Fouquet à L’Opéra National de Bordeaux.

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Quelques mois plus tard, Dominique Meyer me proposait mes débuts au Théâtre des Champs Elysées à Paris avec “Cosi fan tutte” de Mozart ! Encore une fois, je n’ai pas commencé par le plus simple. Des oeuvres sur lesquelles les références pleuvent ! Mais finalement quitte à prendre des risques, je suis heureux d’avoir commencé en devant plonger sans bouée et en étant au contact des plus grands (compositeurs,musiciens,chanteurs) car c’est ainsi que l’on apprend le mieux ! Et j’adore apprendre. On me propose de continuer, je continuerai. Les choses faciles, si tant est qu’elles existent, ne m’intéressent pas, ne m’intéressent plus ! J’aime les enjeux de taille, même si j’ai conscience de mes limites. Il m’est cependant arrivé de refuser des propositions. Je ne peux pas, personne ne peut TOUT faire, TOUT incarner, être l’homme de tous les auteurs ou compositeurs. Mais tendre à repousser ses limites intelligement ou apprendre à faire avec, à en faire des atouts, cela me semble nécessaire. De trés grandes carrières se sont faites sur des limites ! En somme, apprendre à se connaître et à se surprendre est un équilibre vital mais assez difficile car il demande un instinct sûr et une conscience aigue des obstacles à franchir. J’ai un contact avec les chanteurs si facile, si galvanisant, si extraordinaire que je vais continuer à avancer, à apprendre et à avoir du plaisir ! Donc nous nous apprenons mutuellement, j’admire ce qu’ils sont capables de faire : C’est un partage sensationnel, une véritable histoire d’amour.

J’ai l’immense chance d’avoir rencontré dans mon parcours des êtres fidèles qui m’ont invité et réinvité à partager des aventures artistiques. Tout est là, dans cette fidélité, dans ce regard et cette confiance que certains vous donnent. Car sans celui ou celle qui sait vous regarder, vous n’êtes qu’un être amputé lorsque vous êtes un comédien ou un metteur en scène. Lorsque je lis mon CV, je réalise que j’ai eu un parcours trés privilégié. Et pourtant que de doutes et de tentations de tout abandonner ! J’oublie les embuches… Elles m’ont apparemment toujours fait rebondir. Mais j’ai toujours dans un coin de ma tête la conscience que tout peut s’arrêter demain.

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5. La journée type d’un comédien du Français ?

Eric Génovèse : Cela dépend des périodes. Et cela dépend des comédiens. Il serait illusoire de penser que tous les comédiens du Français ont le même rythme. Certains jouent plus, d’autres moins. Les Statuts attribuent à l’Administrateur Général de décider des distributions. Très souvent, – et plus lorsque l’on est jeune ou nouveau – on joue le soir et répète en meme temps une autre piéce l’après-midi. On peut jouer aussi plusieurs pièces en alternance dans la même semaine et en répéter encore une autre l’après midi ! Parfois même, en jouer six dans un week end : une à 14h à la salle Richelieu, une à 18h30 au Studio théâtre et une à 20h30 à nouveau à Richelieu. Et Pareil le lendemain ! Les pensionnaires ont pour seul devoir d’activité de jouer. Les Sociétaires, eux, peuvent être appelés à d’autres devoirs. De coutume, il n’y a pas de répétitions le matin mais parfois des enregistrements à la radio, ou des comités d’administration qui régissent le fonctionnement de la Maison. Ce sont des sociétaires élus à moitié par leurs camarades, à moitié par l’Administrateur Général ainsi que le Doyen des Sociétaires qui y siègent, des comités de Lecture pour accepter ou non les piéces que l’Administrateur général propose pour l’entrée au répertoire, des assemblées générales…

Les Naufragés Auteur : Guy Zilberstein Mise en scène : Anne Kessler Décor : Yves Bernard Costumes : Jeanne Lalib-Lamour Lumière : Arnaud Jung avec : Eric Génovèse Françoise Gillard Laurent Natrella Gregory Gadebois Marie-Sophie Ferdane et Alexandre Steiger Lieu : Théâtre du Vieux Colombier Ville : Paris Le 19 mars 2010 © Brigitte Enguerand

Etre un comédien Sociétaire au Français demande beaucoup d’aptitudes à autre chose que le seul métier de comédien. C’est une troupe qui a un fonctionnement unique et particulier. On y est juge et partie. On peut aussi devoir assister à toutes les représentations pendant une semaine, plusieurs fois dans l’année, pour veiller au bon déroulement des spectacles, de leur évolution, de leur suivi technique. Personnellement, je n’ai jamais joué plus de trois pièces en même temps, et je ne le souhaiterais pas ! Je me contrains beaucoup car je suis plutôt un couche-tard et un lève-tard ! Il arrive aussi que certains tournent le matin ou ne jouent pas pendant des mois (ce qui est toujours très mal vécu, il n’est paradoxalement pas aisé d’être payé pour ne rien faire ! C’est même très humiliant pour un artiste ! ). La chose la plus fatigante est l’irrégularité des activités car il est difficile de régler son horloge interne ! En résumé, il faut une bonne santé, une bonne disponibilité aux autres, des nerfs solides, une bonne dose d’enthousiasme et une souplesse certaine.

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6. Quels sont les univers littéraires ou artistiques qui vous influencent dans votre travail de comédien et de metteur en scène ?

Eric Génovèse : Tout ce qui fait partie de la vie me sert en règle générale. M’informer de ce qui se passe dans le monde, de ce qui se fait artistiquement est essentiel. Je suis très curieux et une vie ne me suffira pas à étancher ma soif de connaissance et d’émotions. Je lis beaucoup, j’écoute énormément de musique et je voyage beaucoup, sillonnant les architectures, les modes de vie et les musées. Mes goûts sont très éclectiques. Voyager est vital pour moi ! Il est inenvisageable de ne pas aller découvrir un pays nouveau chaque année et de ne pas retourner dans d’autres le plus souvent possible !

Ma vie entière se nourrit de l’Art. Au quotidien, j’alterne entre mes artistes favoris et ceux que j’ai envie de découvrir. Je relis ” Les affinités électives” de Goethe et “La légende des siècles” de Hugo, vais voir “Le jardin des délices” de Bosch, les statues du Bernin, la “sagrada familia” à chaque passage à Madrid, Rome ou Barcelone… Je revois tous les films de Dreyer, de Fellini ou Bergman, écoute Nina Simone, Billie Holiday, Monteverdi, Haendel, Bartok ou Mozart régulièrement…  Je lis des polars scandinaves, ne manque pas un Echenoz, feuillette toutes les rentrées littéraires, ne manque pas un Tarentino, un Almodovar, un Haneke, un Gondry, un Gus Van Sant, un film Scandinave… !  J’adore la peinture contemporaine, la Photo, la musique répétitive, les films d’animation. Je vais au concert ou à l’opéra plusieurs fois par mois. J’ai raté Piaf et la Callas, ça me rend dingue !

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Je ne peux pas voir toutes les expos, entendre toutes les voix, voir jouer tous les acteurs, ça me désole. Ce qui est terrible c’est qu’il me faut du temps pour faire le vide, regarder l’horizon et ses imperceptibles nuances pendant des heures et laisser le soleil et la mer me réchauffer le coeur ! Je suis totalement schizophrène : un contemplatif, affublé d’une curiosité et d’une soif de communication humaine inextinguibles… Lorsque je travaille sur une oeuvre, je me focalise sur l’univers sonore, pictural et littéraire qui couvre l’époque de l’écriture de celle -ci mais des références tout à fait hors époque peuvent m ‘inspirer. Par exemple lorsque j’ai joué “Tartuffe”, ce sont les écrits de Louis Jouvet et” Théorème” de P.P Pasolini qui m’ont donnés les clefs du personnage. Il serait injuste de ne pas mentionner le regard de mon metteur en scéne et de mes partenaires car rien n’advient de par soi seul. Lorsque je jouais une piéce de Guy Zylberstein sur le monde de l’art, mis en scène par Anne Kessler et nous échangions ou regardions ensemble des films. Ca va de “L’année dernière à Marienbad” de Resnais, à Kate Winslett dans” The Reader”. Nous regardons des tableaux, des documentaires sur Rembrandt, Pollock, allons regarder les gens dans le hall de l’hotel Lutétia, c’est trés passionnant ! J’ai eu un choc esthétique en découvrant le film de Peter Watkins, “Munch”. En fait tout converge. Une création est faite d’une somme incommensurable de références, de moments de vie et de relents inconscients.

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7. Que ressentez-vous lors de cette osmose éphémère que vous vivez avec le public le temps d’un soir ?

Eric Génovèse : Il se passe énormément de choses au cours d’une représentation. Certains soirs, on peut avoir le sentiment d’une porte définitivement close : le public est agité, bruyant, indisponible. Il est très compliqué dans notre monde d’aujourd’hui de trouver des espaces de silence, des endroits ou l’on se pose pour s’ écouter, s’évader du bruit, se retrouver.

Je déteste le bruit. Celui qui brouille tout, qui meuble, qui dissipe. Tout est construit pour que l’homme se dérobe à lui même. Tout se vaut. La vérité comme le mensonge, la musique comme le bruit, le plus précieux comme le plus abject. C’est pourquoi je deteste la télévision. C’est un faux ami, quelque chose qui vous abrutit, vous aide à passer a coté de vous, vous sature d’informations jusqu’à vous rendre incapable de réfléchir, de déméler le faux du vrai.

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Ce qui me bouleverse au théâtre, c’est la disponibilité au silence. La qualité de l’écoute. Le fait que l’on soit venu, que l’on se soit déplacé, que l’on ait choisi d’être là pour vous écouter. Une représentation, c’est l’heure de vérité. La qualité du silence est mon seul baromètre. C’est ce sentiment qui est jouissif, cette communion dans l’importance de ce qui se dit. Car entre deux silence, un mensonge proféré est une fausse note qui tinte à l’oreille de chacun. 

Lorsque l’espace de quelques secondes tout se tait et que toute une salle reste suspendue à la résonnance de la parole ou du geste que vous avez donné , alors vous vous sentez plus léger. Il y a eu un moment de grâce et cela valait la peine d’etre là tous ensemble. C’est pour ces moments là que j’aime jouer.

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8. A quoi pense un comédien sur scène, une fois que la concentration a pris le pas sur le trac ?

Eric Génovèse : A ce qu’il dit de préférence !! Comment penser à autre chose ? Idéalement, il parle, il écoute son partenaire et il répond. Lorsque le travail de répétition à été bien mené, il ne reste plus que cela à faire : se rendre disponible, tout oublier et retrouver la spontanéité. Bien entendu, il y a une veille permanente, un état de conscience aigu qui permet au comédien d’accueillir un accident, de le rétablir ou de l’utiliser. On appelle ça “le troisième oeil” : une sorte d’élasticité temporelle, de distance entre le conscient et l’inconscient. On doit être totalement maître de soi mais se laisser surprendre. Cela fait partie de l’état de jeu. Mais il n’y a pas à s’en soucier,c’est un état naturel lorsqu’on a bien travaillé et que l’on est au bon endroit. C’est une gymnastique et c’est à cela que servent les répétitions : à établir les règles du jeu.

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9. Comment séparez-vous vos rôles de votre vie privée ?

Eric Génovèse : Celui qui est sur scène c’est moi et pourtant pas exactement le même que celui qui est devant son café le matin ! Il m’arrive de jouer trois rôles en même temps, il faut donc faire appel à des aspects de moi différents, à des énérgies différentes. Il y a un grand fantasme autour du rôle qui façonnerait votre vie… Si je devais être déprimé chaque fois que mon personnage meurt ou est malheureux, je pense que je serais deja interné (rires).

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Personnellement, il m’arrive de ne pas réaliser que j’ai joué la veille au soir devant des gens. Lorsque quelqu’un me fait comprendre qu’il me reconnait, j’ai toujours un temps de latence, je me demande pourquoi. Un jour, quelqu’un m’a abordé dans un magasin en faisant référence au personnage que je jouais la veille, et je n’ai absolument pas compris de quoi et pourquoi il me parlait ainsi… Il a dû me prendre pour un fou ! Mais c’est un métier relativement proche de beaucoup d’autres, on convoque certaines choses de soi à un moment donné, programmé, avec tout un contexte autour puis on est différent lorsqu’on fait la cuisine ou prend sa douche.

Ce qui se passe au moment du jeu est une alchimie assez complexe mais canalisée. C’est peut être en période de répétitions que les choses sont plus compliquées, car la recherche vous obsède et ne vous quitte pas à la porte du théâtre… En terme d’humeur, il y a des spectacles qui vous donnent de l’énergie, d’autres qui vous la pompent ! Mais c’est d’avantage une ambiance de spectacle ou de répétition qui interagissent avec votre vie privée, qu’un personnage en particulier.

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10. Votre meilleur souvenir sur scène ?

Eric Génovèse : J’aime à penser qu’il est pour demain…

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11. Quelles missions donnez-vous au Théâtre ?

Eric Génovèse : Celle d’un révélateur face au mystère de l’humanité, je crois. Pour moi le Théâtre est un barrage contre l’ignorance, la bêtise et l’instrumentalisation des êtres .S’il peut aider à complexifier un peu le débat ambiant, s’il pose des questions, lutte contre les raccourcis démagogiques en interrogeant les énigmes, s’il porte le trouble, émeut, réjouit ou indigne, s’il n’est pas simplement rassurant mais perturbant, vivant, alors il est utile voire indispensable. Malheureusement, on le pousse régulièrement à devenir un “produit”, un outil de consommation comme un autre et cela est insupportable ! Il doit garder, revendiquer sa spécificité, son espace propre qui est celui du partage et de la réfléxion collective. C’est une place fragile et c’est pour cela qu’elle est belle. Parce qu’elle n’est pas quantifiable ou rentable de manière certaine et rapide ! Parce qu’elle demande une ouverture des consciences et que c’est un travail de longue haleine, un acte de résistance.

On n’interroge pas le monde avec des formules magiques, avec des slogans miracles.. On participe en cherchant, parfois laborieusement, à rendre une parole audible, à accueillir des petits instants de grâce qui, avec le concours de chacun, donneront peut-être naissance à d’autres pousses d’espoir, qui feront leur chemin vers de nouveaux commencements.

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12. Pourriez-vous expliquer votre mise en scène pour le Théâtre et l’Opéra ?

Eric Génovèse : Je n’ai pas de recettes particulières. J’arrive en répétitions très préparé. Il me faut une longueur d’avance sur tout le monde et je travaille avec mon équipe très en amont. Je me considère avant tout comme le réceptacle d’une parole ou d’une musique que j’interprète avec mon entendement, ma sensibilité, et que je tâche de transmettre à ceux qui vont l’interpréter. J’essaie d’être le premier spectateur, de leur dire ce que j’entends mal ou n’entends pas, ce que je crois qu’il faudrait faire entendre ou mieux entendre. Je cherche le moyen de leur en donner la possibilité. Il faut pour cela repérer assez vite comment s’adresser à chacun, comment l’aiguiller ou le laisser avancer. Je crée un cadre, un angle de vue. Le Théâtre et L’Opéra sont très différents.

Au Théâtre,  on écrit ses silences et l’on impose son rythme, on le choisit, de même que l’on choisit ses interprètes, le metteur en scène est aussi le chef d’Orchestre. L’Opéra demande une grande humilité, le temps est écrit et les contraintes sont plus nombreuses, plus éprouvantes pour les interprètes qui ont des degrés divers de connaissance de l’oeuvre selon qu’ils l’ont déja chantée ou non. ll faut pour le metteur en scène, mettre en jeu, trouver son espace et prendre en compte les difficultés liées à l’exercice du chant et le temps de répétition est court. Le danger c’est que cela réduit parfois le rôle du metteur en scène à une idée de surface. Souvent une transposition d’époque n’est-elle que le critère d’appréciation d’une mise en scène. Un emballage, vide d’intentions profondes est parfois plus séduisant qu’une direction rigoureuse… Toutes les oeuvres n’y résistent pourtant pas, comme elles ne résistent pas au même traitement. Parfois c’est très extraordinaire, si la réflexion sur l’oeuvre est intelligente et que la direction d’acteur suit.

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Je ne suis pas un adepte de la reconstitution historique parfaite, une idée poétique d’une époque me séduit davantage que son copier-coller. Mais je ne cherche pas à étonner pour étonner, à faire “des coups” comme on dit ! Je cherche ailleurs, là ou cela me semble juste et opportun sur le moment quitte à me casser la figure et à me compliquer la vie. Je veux pouvoir assumer mes choix parce qu’ils correspondent à une sincérité, même si rétrospectivement je peux me dire que je me suis trompé. Se tromper avec sincérité est toujours moins dangereux pour soi. Il faut du temps, je crois, pour imposer un style lorsque l’on n’est pas un génie. Et cela, je ne le suis pas, je suis un travailleur acharné et enthousiaste. J’ai des obsessions,oui, j’aime la précision et la vérité. J’ai aussi un certain rapport à l’espace, il y a des distances qui à mes yeux tuent les rapports. J’aime que les interprètes soient heureux. Tout cela est assez difficile à conjuguer mais je ne m’en sors pas si mal pour l’instant et chaque expérience me fait abandonner certaines choses et me conforte dans d’autres.

En savoir plus sur Eric Génovèse : 

http://www.comedie-francaise.fr/comedien.php?id=512&idcom=499

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_G%C3%A9nov%C3%A8se

The dreamlife of Oleg Oprisco

Born in the small city of Lviv in western Ukraine, photographer Oleg Oprisсo started working as an operator at a photo lab. At the age of 19, he moved to Kiev, where he began his career as a photographer.

Oleg Oprisсo is known for his beautiful and fantasy stagging inspired by everyday life in its most peaceful moments. With a highly imaginative approach, much of Oleg Oprisco’s work seems as if you’re living in a fairytale yet somehow everything feels real.

Delicate observer of the surrounding world, Oleg Oprisco is like an architect of light who manages to create a poetic and magical atmosphere on everyday life where time is supsended.

As a worthy successor of great masters of fashion and conceptual photography, Oleg Oprisco uses his camera as a magic wand that allow to look across the borders that separate reality and fiction.

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1. Do you see yourself as a Figure of Photography ?

Oleg Oprisco : Of course because my working basis is photography and my main instrument is a camera.

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2. How would you describe your style ?

Oleg Oprisco : My style is a combination of the genre portrait with a good idea, a сareful preparation and a nice & original color.

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3. What led you to Photography ?

Oleg Oprisco : When I was sixteen, I got a job at a photo lab in the city of Lvov, located in western Ukraine. During three years, I mastered all the stages of printing film and digital photography, and all the peculiarities of working with color. I got a chance to view and adjust the color of several thousand images a day. I can’t even count the number of weddings, house warming parties, birthdays and other holidays I have visited through sorting those images. When I outgrew the photo lab, I moved to Kiev, where through some friends I tried my hand on commercial photography. I found that I quickly got tired of the routine. Luckily, right about that time I got my hands on a medium format film camera called Kiev 6C. Perhaps it was then, in 2009, I found a direction, in which I work to this day.

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4. What’s your relashionship with colour?

Oleg Oprisco : Color is the first thing that catches the eye. Then comes the perception of the composition. When I was working in a photo lab,  I was trying to adjust colors of many photos every day. On the occasion, I had the opportunity to understand, interpret & manipulate colors. Warmer, richer and brighter images always have better success. Before shooting, I plan the overall color scheme. According to the chosen palette, I select clothes, props, location etc., making sure that all of it plays within a single color range.

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5. Are you influenced by ukrainian folklore and culture in your work ?

Oleg Oprisco : No, I’m doing classical photography and I’m always looking for inspiration elsewhere. My work aims at being timeless. This timelessness applies to props, clothes, and models I choose for my series.

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6. How do you manage to bring this whimsical, magical and poetic atmosphere into your work ?

Oleg Oprisco : Thanks to a rigorous and careful preparation ! I’m always looking for a perfect balance between the frame, all the details and the atmosphere. By the way, I’m doing everything myself, starting from the creation to the props and finishing with post production.

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7. What inspires you ?

Oleg Oprisco : We live in exciting times. Everything changes very quickly : the weather, architecture, landscape, people, time. We can see this all happening in real time. Everything that happens in our lives is a unique source of inspiration. We can live anywhere and create anything and show it around to world. Everything is in our hands. Each of my photos is inspired by a scene from real life. That is the perfect source of inspiration for me as there is so much beauty to it. Perhaps today on your way to work, when you were observing the world around you, that was the scene to inspire my next photograph. Of course there are my own changes that I add to reality, such as characters, props, location, and light… I am constantly involved in a search for inspiration and ideas.

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8. Do you think that photography is fulfilling the aesthetic and figurative functions of Painting ?

Oleg Oprisco : According to me, photography is fixing the time that will never happen again. Photographer manages to create this everlasting moment. Photographers are vested with this mission. To be honest, I’ve always been jealous of painters because they can draw anything anytime.

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9. Do you often travel for work ?

Oleg Oprisco : I regularly change my place of residence. Be that as it may, I always choose a city with the sea nearby.

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10. Does the use of a camera give you a particular power to hide yourself and do things you would never dare ?

Oleg Oprisco : On the contrary, it is possible to create my own & ideal world. Photography has the power to pass on my thoughts. The camera is a terrific tool like a pen or a brush. Anyone can interpret individually each photo. My mission is to make people travel and dream !

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11. What do you think about these present times of computer where pictures are made of virtual reality : photography is somehow losing its soul ?

Oleg Oprisco : The more important is not only the result but the means to achieve our goal. That’s why all the effects on my work are real. For the same reasons, I use film : each frame is scanned and edited on the computer but the working basis is created on the filming location.

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12. What are your future plans ?

Oleg Oprisco : I don’t like to think beforehand. I promise that it will be interesting !

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More about Oleg Oprisco :

www.oprisco.com

www.facebook.com/opriscophotography

 

Quibé dans la ligne

Artiste à part dans le paysage des illustrateurs contemporains, Christophe-Louis Quibé expérimente l’art visuel sous toutes ses formes en rendant hommage à de nombreux univers cultes issus principalement de la pop culture.

A travers des dessins ayant en eux-mêmes leur propre sens de gravité, Quibé reproduit en un tracé d’un seul mouvement, les contours de son modèle. L’attrait de Christophe-Louis Quibé pour le dessin au trait continu en fait une personnalité fascinante.

Influencé par la bande dessinée, le graffiti, la mode ou le cinéma, Quibé y puise une source d’inspiration infinie qu’il place au service de son crayon. Tel un architecte de la ligne, Quibé suit son objectif en gardant à l’esprit et au bout des doigts, la direction que le crayon doit emprunter pour ne pas perdre le fil.

Doté d’un style minimaliste, l’artiste Quibé explore sans cesse de nouvelles formes d’expression. Proche de la caricature, Quibé porte un regard amusé sur la société qu’il nargue en un seul coup de crayon. Tel un observateur de son époque, le dessin procure à Quibé une conscience d’exister face à l’écoulement du temps.

Rencontre avec cet artiste dont le talent étonne autant qu’il fascine, à découvrir lors de la Foire d’Art Contemporain Art’ Up 2016 qui se tiendra à Lille du 24 février au 28 février prochains.

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1. Vous considérez-vous comme une figure en illustration ?

Christophe-Louis Quibé : Absolument pas. Je déroule ma petite pelote de lignes, dans mon coin et pour être franc je suis aussi flatté que surpris de l’intérêt qu’on peut porter à mon travail.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Christophe-Louis Quibé : Du réalisme elliptique ? Du minimalisme figuratif ?

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3. Racontez-nous votre parcours…

Christophe-Louis Quibé : J’ai grandi à Tahiti à l’écart des musées, des théâtres ou des bibliothèques. Cela dit, j’ai eu la chance d’avoir un entourage qui a encouragé ma curiosité intellectuelle, et qui était en mesure de la satisfaire. J’ai pris des cours de dessins avec un peintre Tahitien du nom de Rui Juventin dont je réalise seulement aujourd’hui l’importance dans ma vie artistique. Je n’idéalise rien car il n’y a pas eu de relation privilégiée ni d’affection de maître à élève. S’il était encore des nôtres, – il est décédé en 1997 – je suis persuadé qu’il n’aurait aucun souvenir de moi. Néanmoins, cet homme m’a marqué en laissant une trace bien plus indélébile que je n’aurais su le dire à l’époque : il m’a fallu une moitié de vie pour en prendre conscience.

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A l’adolescence, j’ai marqué une rupture dans la pratique du dessin comme chez beaucoup de jeunes. J’ai poursuivi un cursus littéraire (Hypokhâgne, Khâgne à Versailles puis Saint-Germain) et ai découvert le plaisir de la Culture en accès facile. Après avoir été édudiant en Art, j’ai travaillé au sein d’une Agence de Publicité pendant une dizaine d’années à faire de la direction artistique pour Kellogg’s, Krisprolls, Bourjois ou Petit Navire : une expérience à la fois usante et formatrice ! Le dessin a refait surface à la naissance de mes filles, comme un moyen  de partager et de s’amuser : un mode de communication en somme. On pourrait appeler cela de “l’intime projeté”.

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Vivre à Paris me paraît souvent difficile, douloureux et déboussolant. Je suis en complet déséquilibre affectif alors qu’intellectuellement, je me nourris de chaque opportunité que la ville peut m’offrir. Cela dit, c’est ce déséquilibre qui est à l’origine du dessin.

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4. Comment nourrissez-vous votre inspiration ?

Christophe-Louis Quibé : Je suis un contemplatif de nature. Il m’a fallu 40 ans pour me décider à produire quelque chose de personnel. J’ai intégré beaucoup de références graphiques, littéraires et cinématographiques. Cette somme de sensations très personnelles est un véritable matériau précieux et changeant grace au prisme de la mémoire et de la reconstruction. On pourrait considérer cela comme une sorte de mauvaise foi de l’esprit qui colore de façon partiale nos souvenirs. Les correspondances de Baudelaire sont une source d’inspiration également. Je suis un chaudron où les odeurs, les sensations, les sons et les images s’entremêlent constamment. Quand je me perds un peu, je cherche mon chemin en suivant une ligne : il ya des détours, des cul-de-sacs, des sens uniques mais il y a toujours une route qu’il suffit de débusquer. Puis je mets tout en oeuvre pour m’approprier cette route et me la rendre familière.

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5. Quel regard portez-vous sur l’oeuvre de Picasso ?

Christophe-Louis Quibé : Un regard d’enfant dans un magasin de jouets ! J’ai eu l’occasion de me rendre au Musée Picasso de Barcelone l’an dernier et je m’y suis perdu avec délectation et jubilation. Son oeuvre est une source inépuisable d’inspiration : c’est de l’alcool pur, un désinhibiteur puissant.

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6. Dessinez-vous toujours en lien avec l’actualité ?

Christophe-Louis Quibé : Absolument pas. Cela dit, l’actualité reste toujours un point de départ que j’utilise fréquemment. Le dessin, quand il est libre – c’est à dire quand je ne réalise pas de commandes – sert a exprimer ce pour quoi je n’ai pas les mots. Et comme tout à chacun, je suis sensible à l’actualité.

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7. L’illustration doit-elle être toujours fidèle à son objet ?

Christophe-Louis Quibé : Je définirais l’illustration comme un art investi d’un certain nombre de devoirs. Que ce soit un texte, un concept publicitaire, ou un morceau de musique, il faut se raccrocher à un objet préexistant, l’enrichir en complétant le corps d’origine. C’est presque du ressort de la relation amoureuse !

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8. Quelles libertés prenez-vous par rapport à un dessin académique ?

Christophe-Louis Quibé : Elles sont brutales puisque mon dessin passe par un trait qui n’existe pas ! Le trait de contour est une expression graphique voire une extrapolation. Je me suis souvent affronté à des professeurs de dessins académiques qui voyaient d’un mauvais œil cette manie du trait inspirée de la bande dessinée et qu’ils méprisaient au plus haut point : j’ai vraiment l’esprit de contradiction et c’est parfois une torture !

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9. Parlez-nous de “One line illustrations”

Christophe-Louis Quibé : Ce sont des pièces de “Minimal Art”. La démarche est d’exprimer un maximum de choses avec un minimum de moyens. Réduire le sujet à son essence, à la ligne. J’aime à imaginer ces illustrations comme des objets inclusifs. Du coup, j’ai besoin d’une participation du spectateur pour compléter mon travail et combler les vides. Je dirais que ma ligne est une sorte d’appât car j’essaie d’instaurer un dialogue à travers une évocation ou un appel.

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10. Vous reconnaissez-vous des influences ?

Christophe-Louis Quibé : Bien sûr, des influences diverses et différente. Il y a Picasso mais également Hanco Kolk ou Al Hirschfeld. De même, Gauguin, Matisse, Alechinsky et l’illustre Tōkō Shinoda participent indirectement à ces influences.

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11. Etes-vous attiré par l’univers de la bande dessinée ?

Christophe-Louis Quibé : C’est l’origine même de ma vocation ! C’est à travers cet univers que je suis venu au dessin notamment les comics américains. J’ai une vraie culture Pop, qu’on qualifie de “Geek” aujourd’hui. J’assume des thèmes qui ont pour origines la bande dessinée, le cinéma, les séries. Je suis fasciné par le talent de ses dessinateurs qui mettent leur art au service d’une histoire. Au regard de ma formation littéraire, c’est un mariage parfait entre visuel et écrit. C’est dommage que ce que l’on dénomme pompeusement “le 9eme Art” n’ait droit qu’à une reconnaissance de façade.

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12. Quels sont vos projets à venir ?

Christophe-Louis Quibé : Deux immenses “Onelines” représentant des Nio (divinités japonaise) pour la décoration d’un musée au Pays du soleil levant. De même, la prochaine Foire d’Art Contemporain Art’ Up 2016 à Lille où je suis représenté par la Galerie Nord. Par ailleurs, je viens de finir une collaboration avec British Airways pour une campagne publicitaire d’envergure et je travaille actuellement sur un projet de livre sur l’une de mes passions sportives : le rugby.

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En savoir plus sur Christophe-Louis Quibé :

https://www.behance.net/quibe

http://lille.art-up.com/artiste/?prenom=&nom=Quibe

http://galerie-nord.lille-art-gallery.eu/accueil-galerie-nord/23-quib%C3%A9-one-line-pablo.html

Jean Edelbluth, passeur de couleurs

Après avoir étudié les Arts Décoratifs à Strasbourg de 2006 à 2009, Jean Edelbluth poursuit son envol en quête d’une peinture où le réel se laisse sublimer par des formes et des couleurs vivantes, expressives.

La vision du monde que Jean Edelbluth propose dans ses œuvres est celle d’un monde où joie et rêve s’entremêlent avec sensibilité et justesse. Géométrie et couleurs semblent échanger un langage propre faisant résonner de façon sous-jacente la voix de l’artiste : une voix empreinte de poésie.

Représentatif de cette jeune génération d’artistes français, Jean Edelbluth cherche à apporter un souffle nouveau à l’art abstrait et minimaliste. Doté d’une sensibilité presque spirituelle, Jean Edelbluth cherche à emplir la totalité de la conscience du spectateur d’une sensation de joie profonde. Joie, lumière et rythme se confondent ainsi continuellement dans les peintures et les collages de Jean Edelbluth faisant de ses créations des œuvres en perpétuel mouvement.

Jean Edelbluth est un véritable passeur de couleurs dont le talent artistique ne cesse d’éclore avec le temps. Lors de la Foire d’Art Contemporain Art’ Up 2016 qui se tiendra à Lille du 24 février au 28 février prochains, Jean Edelbluth sera représenté par la Galerie Nord : une occasion unique pour contempler et s’approprier les œuvres de cet artiste à suivre de près au cours des prochaines années.

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1. Vous considérez-vous comme une figure émergente de l’art contemporain ?

Jean Edelbluth : Il me semble que ce qui importe est d’être à sa place plutôt que de se faire une place. L’émergence est une notion essentielle à mon travail artistique, et mes recherches intègrent des notions comme l’éveil, le rythme ou encore la sûre impression que l’art doit procéder de la joie plus que tout autre ambition.

Ceci étant dit, si par mon travail je peux séduire des yeux non avertis alors j’aurai gagné le pari de réconcilier une forme de vie proche de l’art contemporain. Parce que je ne souhaite pas distancer la réalité, mais l’embrasser.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Jean Edelbluth : Je peux dire que mon attrait pour l’abstraction géométrique et le minimalisme domine ma démarche. En outre, j’ai de nombreux résidus impressionnistes à prendre en compte. A titre d’exemple, la lumière et son impact dans l’instant ! C’est une entreprise perdue d’avance que de vouloir la cerner : il faut peut-être accompagner son mouvement de célébration des choses, des objets ou des situations qu’elle inonde. En fait il s’agit de l’expression d’une stature essentiellement. Et la joie, toujours la joie.

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3. Racontez-nous votre parcours…

Jean Edelbluth : J’ai toujours aimé regarder les paysages, j’ai grandi à la campagne et le découpage des champs est imprimé en moi. Après mon parcours aux Arts Décoratifs de Strasbourg (peut-être trop tôt pour y développer un chemin singulier), j’ai continué à dessiner un moment, en prenant soin d’éviter la peinture qui m’intimidait et m’attirait à la fois. Comment l’aborder ? Le collage est une porte d’entrée vers ce qui semble aujourd’hui faire peinture pour moi : construire un phrasé de lignes et de formes qui appellent à la contemplation. Alors les champs colorés reviennent sur la toile.

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4. Quels mouvements artistiques ont été déterminants dans votre vocation d’artiste ?

Jean Edelbluth : Je me souviens d’une exposition de Cy Twombly à la Tate où je me suis senti submergé d’émotion face aux colosses que sont ses toiles. L’expressionnisme abstrait m’a permis de réaliser mon besoin de peindre, avec Joan Mitchell notamment. Il y a aussi la stimulante découverte d’une artiste alsacienne, Marcelle Cahn, dont l’œuvre proche du purisme au début puis très personnelle ensuite avec ses gommettes m’inspire beaucoup. Agnes Martin, enfin, ses écrits tout autant que son œuvre peinte se sont imposés à moi pour me conforter dans mes recherches.

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5. Quelles missions attribuez-vous à la peinture de nos jours ?

Jean Edelbluth : La peinture est un outil formidablement flou, elle prolonge toute forme de rêve et de désir. Elle est le terrain de jeu idéal pour élaborer une vision du monde ou à l’inverse s’en départir. L’acte de peindre aujourd’hui est à rapprocher d’un travail éditorial : la peinture c’est la poésie du geste soucieux de vérité.

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6. Comment nourrissez-vous votre imaginaire ?

Jean Edelbluth : Nous avons tous besoin d’installer des paysages intérieurs pour y faire demeurer nos émotions. Mais c’est une construction lente qui ne garde que l’essentiel. La joie par exemple pour moi. Et de fait nous cherchons un ancrage spirituel. Aussi je peux dire que les Psaumes sont une nourriture simple et complète pour faire grandir un paysage intérieur. Lisez ça dans le livre d’Esaïe: « Je ne bouge pas et je contemple, immobile comme la chaleur des blancs rayons de lumière. » Tout un programme !

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7. En quoi consiste vos collages cinétiques ?

Jean Edelbluth : Tout d’abord il y a la matière première, le carton découpé sur des boîtes à chaussures de couleur : j’aime l’idée de composer avec ce qui passe sous la main. Quelque chose de familier et de chaleureux se dégage du carton considéré comme pauvre. Ensuite, c’est surtout un jeu de combinaison des couleurs, la couleur a autant de valeur que la forme : et le rythme allant de soi se propage. Je les regarde comme des invitations à se réjouir avec peu.

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8. Vos œuvres pourraient-elles être considérées comme un langage en soi ?

Jean Edelbluth : C’est intéressant d’évoquer la forme en terme de langage, d’autant plus que la poésie tient une part prépondérante dans mon appréhension du réel. Chaque artiste a son vocabulaire, le mien est à considérer dans sa stature, son envergure et sa résonance hors-cadre.

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9. Comment travaillez-vous la couleur ?

Jean Edelbluth : La couleur est un allié pour s’attaquer au réel. Je travaille avec de la peinture acrylique en privilégiant les tons pâles, toujours agrémentés de blanc, comme pour faire ressortir la notion d’effacement. J’aime la superposition des couches de couleurs, sans qu’elles s’imposent au regard, mais puissent l’accompagner doucement.

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10. Quels autres domaines artistiques influencent votre travail ?

Jean Edelbluth : La littérature avec la force d’évocation de Virginia Woolf ou le charme de l’errance chez Françoise Sagan. La poésie avec la déconstruction de E.E. Cummings visuelle et joyeuse ; le chant spirituel de De Dadelsen ou le contentement d’un Roland Reutenauer, poètes alsaciens. La musique tout autant me poursuit et l’œuvre de Philip Glass n’est jamais à court de me surprendre.

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11. Quel regard portez-vous sur l’œuvre de Sonia et Robert Delaunay ?

Jean Edelbluth : Je sais que le rythme et la joie sont au cœur de leurs travaux, mais à période équivalente, je me sens plus proche de l’œuvre de Hans Arp. Cependant les motifs de Sonia Delaunay créés pour le textile sont inspirants dans l’association des couleurs entre autre. J’aime l’idée que dans l’histoire de la peinture cette artiste a traité sur une même échelle de valeur la couleur dans un cadre et la couleur encadrant le corps.

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12. Quels sont vos projets à venir ?

Jean Edelbluth : Continuer à peindre puisque je n’en suis qu’au début de ma recherche. Et trouver un atelier plus lumineux aussi ! Je me suis récemment intéressé au travail d’une artiste allemande, Hanne Darboven, la question du temps et de son inscription me parle. Je voudrais aussi intégrer le thème d’Orphée dans une prochaine série d’œuvres. Et découvrir la Provence, encore un beau projet en vu !

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En savoir plus sur Jean Edelbluth

http://www.jeanedelbluth.blogspot.com

Achetez les oeuvres de Jean Edelbluth sur Artismagna.com

The splendour and misery of Havana by Michael Eastman

In his collection “Havana”, photographer Michael Eastman dives into the past splendor of Cuba’s capital that seem to be almost forgotten by the world. Endowed with a poetic look, Michael Eastman explores the crumbling interiors and exteriors of Havana with a touch of melancholy, adding vivid colors to create a magical and dream-like atmosphere.

These colored photographs capture contemporary cuban spirit through suggestions of every day life. Decrepit buildings hide refined interiors still beautifully furnished.

It gives the impression of being in the american drama movie “The Lost City” directed by Andy Garcia in 2005 with Inès Sastre and Bill Murray.

This haunting homage to Havana provides an overview on the faded glory of the city. Through Michael Eastman’s explorations of architectural cuban form, this mysterious narrative about time and place is an admirable tribute to Havana.

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More about Michael Eastman : www.eastmanimages.com

Junichi Hakoyama , between shadow and light

Japanese photographer Junichi Hakoyama explores the city’s geometrical lines through a subtle display of light and shadows. This high-contrast black and white architectural imagery seems inspired by film noir atmosphere : depth and intrigue through dark images with just one dark figure denoting a dramatic scene.

Junichi Hakoyama seems to find beauty in this minimalist darkness. A simple crossing becomes an artful masterpiece, a seemingly boring staircase is transformed into a sculptural form. Light and shadows are the only companion of this solitary silhouette who looks like a moving scultpure walking somewhere in the frame.

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More about Junichi Hakoyama : http://www.junichihakoyama.tumblr.com

Samuel Zeller, witness of the present time

Having studied Graphic Design & Interactive media design at the CFPAA in Geneva, Samuel’s passion for photography became an area where he could find beauty in even the coldest environments. Samuel Zeller is a young and talented self taught photographer, visual designer and 3D artist based in Geneva, Switzerland. Before moving into photography Samuel worked in various design agencies creating retail spaces, editorial design and 3D visualisations for international brands. Samuel Zeller uses photography as a means of expressing emotion, a less constrained language of communication.

1. Do you see yourself as a Figure of Photography ?

Samuel Zeller : No, not at all. I’m still learning a lot every day, I’ve got a long road ahead. And I think I wouldn’t want to be a “figure” because I don’t like this word, I prefer to say that I can inspire a few people, but I want to stay humble. Recently Fujifilm contacted me to become one of their ambassadors (so called Fujifilm X-photographers) for Switzerland. I’m really happy to be able to represent this brand!

Photography for me is a personal expression, but there’s nothing to brag about. Everyone can take a camera and practice and become a good photographer because everyone has something to say.

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2. How would you describe your style ?

Samuel Zeller : Clean? I have a thing for clear images,  uncluttered with one or two subjects. Maybe it’s because of my graphic design background but I always liked simplicity. I think we have enough noise in our modern society.

I always think in two dimensions, even when I draw I almost never use perspective. Of course, some of my images have perspective and depth but when I look through the viewfinder I consider all elements to be on the same plane.

Berlin

Berlin

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A street in Geneva, tourists in Milano at the world fair, 2015 Two images that show how I compose in 2D

3. Who were the first photographers that inspired you ?

Samuel Zeller : My mom had this Werner Bischof monograph with a picture of a young boy playing Pan flute. I always liked his work, I think it’s the first photography book I saw. Then I discovered other photographers like Sebastiao Salgado. Another one that inspire me a lot lately is Greg White (I love his industrial images).

CFF repair center in Geneva, inspired by Greg white industrial style

CFF repair center in Geneva, inspired by Greg white industrial style

Sand bags underwater, Berlin, inspired by Sebastiao Salgado black and white treatment

Sand bags underwater, Berlin, inspired by Sebastiao Salgado black and white treatment

4. Tell us about your experience

Samuel Zeller : Early in my life I knew that I wanted to do a creative job, I wasn’t really dreaming about being a firefighter or an astronaut. I wanted to become an architect, a biologist or a designer.

After high school I began art school (CFPAA in Geneva) were I studied graphic design first and then interactive media design (basically web design, video, sound and new medias). I’ve never been really fond of the education system since I’m mostly a self-learner type, I like to experiment. So instead of being at school all days I found another solution, I worked half the week in a company and spent the remaining days in class. This way I was able to pick the courses I wanted.

Aymon Barrio, a friend of mine. Artist and Butoh performer, Geneva, 2015

Aymon Barrio, a friend of mine. Artist and Butoh performer, Geneva, 2015

I started working in 2007 and I’ve been in different jobs, first in a photo studio, then I moved to video and then to 3D modeling/rendering. I landed a nice job in a design agency were I worked for two years. In 2015 I mainly worked as a designer for one luxury brand, doing all their visuals and photography

5. What inspires you ?

Samuel Zeller : Arts, particularly sculpture and installation design. Pieces that play with space, light and shapes. I’m a fan of Olafur Eliasson works. I’m also attracted by illustration and paintings, my favourite artist of all time is Klimt. Museums are always on my schedule when I travel in other cities, they are places filled with beauty and their architecture is often wonderful to photograph.

Three pillars in the lake, Lausanne, 2015

Three pillars in the lake, Lausanne, 2015

Figurins in Berlin and Geneva, 2015

Figurins in Berlin and Geneva, 2015

6. Do you think that photography is fulfilling the functions of Painting ?

Samuel Zeller : No, I don’t think so. For me, drawing and painting can put you in a different state of mind, just like reading a good book. I sometimes reach this state when I’m retouching my images, but the act of taking pictures is way different.

7. What is your favourite location to photograph ?

Samuel Zeller : Until I discover a better one, I would say Berlin. This whole city is vibrant, with life and architecture. I could walk in the streets of Berlin all days and take pictures without getting bored. Second is probably London and then pretty much any mountain in Switzerland.

A building in London, 2015

A building in London, 2015

8. How do you educate yourself to take better photos ?

Samuel Zeller : Step by step, just like playing music or drawing. Photography takes time and the more you spend and involve yourself in the more you learn. To take better photos there’s not a secret recipe, you need to be really critical about your own work. Only show the best ones, resist to the temptation to post everything on the internet.

A tower being stripped down in London, 2015

A tower being stripped down in London, 2015

9. What kind of equipment do you use in terms of cameras and lighting ?

Samuel Zeller : I currently use a Fujifilm X-T1 with an XF35mm lens. I also have an XF18mm, a vintage Helios 44-2 and a 135mm (vintage) but I mostly use the 35mm. I don’t use any additional lighting for my personal photography.

27 seconds near the lake, Geneva, 2015

27 seconds near the lake, Geneva, 2015

10. What about the future ?

Samuel Zeller : I’ve got my first solo exhibition planned 19-28 May 2016 at the “Next door gallery” in Geneva, I’m thrilled! I also have a few photographic projects going on that I hope to unveil early 2016. If you’re in Switzerland and interested to work with me I’m always open for collaborations. Feel free to get in touch!

Botanical 1, 2 and 4, 2015

Botanical 1, 2 and 4, 2015

More about Samuel Zeller : www.samuelzeller.ch/

Si Till Fechner m’était conté…

Baryton-basse au croisement des cultures française et germanique, et de la culture italienne que sa voix lui a permis de servir, Till Fechner se produit sur les plus grandes scènes lyriques françaises et européennes, avec un goût évident pour le travail scénique. Il est ainsi le Masetto (Don Giovanni) de la production de Peter Brook et Claudio Abbado qui a fêté le 50ème anniversaire du Festival d’Aix-En-Provence, et qui a été reprise en tournée à Stockholm, à l’Opéra National de Lyon, à Bruxelles, au Piccolo Teatro de Milan et à Tokio en 1998. Il a également tissé des liens étroits avec d’autres metteurs en scène tels que André Engel, Giorgio Barbiero-Corsetti, Jean-Claude Berutti, Andrei Serban, Jean-François Sivadier, Omar Porras (pour L’Elisir d’Amore), Charles Tordjman dans Der Kaiser Von Atlantis donné à l’Opéra National de Lorraine et à la Cité de la Musique de Paris en 2004. Mais c’est au bel canto, plus exactement à Rossini, que Till Fechner a consacré l’essentiel de son travail. En 1992 déjà, il était invité par Alberto Zedda à étudier au Rossini Opera Festival de Pesaro dans le cadre de l’Accadémie Rossini, laboratoire très pointu du chant rossinien. Sous la direction du même Alberto Zedda, éminent spécialiste de Rossini, il participe en 1997 à la re-création en France du Viaggio a Reims. Il aura par la suite l’occasion de retrouver cet ouvrage, pourtant si rare sur les scènes lyriques, au Musiktheater im Revier de Gelsenkirchen (Allemagne) où il en chantera 28 représentations dans le rôle de Lord Sydney. Ses autres rôles rossiniens sont dans La Cenerentola, La Sacala di Seta, Il Turco in Italia, La Cambiale di Matrimonio,  l’Italiana in Algeri, Ciro in Babilonia, La Pietra del Paragone(…)Influencé directement par le courant musicologique qu’on a appelé dans les années 1980 la “Rossini renaissance”, Till Fechner a développé toutes les caractéristiques de virtuosité et de tessiture de ce qu’on appelle la basse colorature. Il reste l’un des rares chanteurs masculins français à s’être imposé dans ce type de répertoire.

1. Vous considérez-vous comme une figure de l’Opéra ?

Till Fechner : C’est une question que je ne me suis évidemment jamais posée car il ne m’appartient pas d’en juger. Le fait qu’un certain consensus puisse se faire autour d’un artiste est une réalité bien mystérieuse et tout à la fois bien souvent explicable. Les métiers que nous exerçons sont soumis aux mêmes règles qui régissent notre société en général. La notoriété repose donc sur une volonté déterminée et soigneusement orchestrée de créer un produit. La question est toute contenue dans la légitimité de cette notoriété, c’est-à-dire la qualité du produit. Disons, d’une façon tout à fait triviale, qu’il est évident que tout chanteur d’opéra est une « machine à chanter » dont la « location » coûte un prix équivalent à la qualité de son bon fonctionnement. S’il est évidemment peu poétique d’avoir ce regard sur une profession par ailleurs tout à fait fascinante, c’est pourtant un aspect bien réel et parfois bien cruel du monde lyrique.

Notre métier est d’être un « produit performant », c’est du moins notre principal souci car c’est de cette capacité à la performance que dépend notre liberté d’interprète, notre disponibilité face à nos interlocuteurs majeurs que sont les chefs d’orchestres et les metteurs en scène. La difficulté de ce qui est mis en jeu pour un chanteur d’opéra est multiple : nous commençons tous par être les luthiers de notre propre instrument que nous devons construire. Nous devons ensuite en acquérir la maîtrise au même titre, avec la même rigueur et la même discipline que n’importe quel musicien. Nous devons pour finir, et c’est là que notre travail diffère radicalement de celui de l’instrumentiste, gérer ce paramètre fondamental de l’opéra : le mot, la parole. Ces éléments, qui sont autant de contraintes, font la beauté et la spécificité du genre si « étroit » qu’est l’opéra.

Très sincèrement, et pour revenir à votre question, la gestion de ces contraintes, et parfois (le plus souvent possible) la victoire sur ces contraintes, sont en elles mêmes des luttes et des joies suffisamment excitantes pour faire oublier les plaisirs de la notoriété, même si celle-ci peut évidemment apporter momentanément un plaisir tout personnel ! Je crois qu’un chanteur d’opéra, quel qu’il soit, est fondamentalement une personne de grand courage. Une représentation d’opéra est toujours un énorme risque, parfois le produit d’un miracle. C’est peut être la capacité à sembler pouvoir transformer sans cesse le défi en miracle qui fait que certains chanteurs sont des « figures » de l’opéra. Pour ma part, j’ai vécu des moments de joie intense, des moments de miracle, des moments de grand désarroi, des moments d’ennui aussi… Je dirai donc volontiers que je suis à ma place, celle que l’on m’accorde, que vous m’accordez en me posant ces questions, et que je tiens cette place avec gratitude.

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2. Comment définiriez-vous votre style ?

Till Fechner : Je pense être instinctivement attiré par l’univers classique, dans tous les domaines artistiques mais aussi par, bien des aspects, dans ma personnalité. C’est sans doute ma façon d’être « rebelle » dans une société qui développe des valeurs qui ne m’intéressent pas ou peu. Si l’on estime qu’être réactionnaire c’est de désirer faire revivre le passé, alors je ne me reconnais pas dans ce qualificatif. Je ne cherche en effet nullement à me soustraire à la société dans laquelle je vis. En revanche, si l’on entend le mot réactionnaire dans le sens plus proche du mot « réaction » dont il est issu, alors j’assume le fait de réagir, d’agir en réaction à ce que notre société me propose.

J’essaye en tout cas, comme le font beaucoup d’artistes, de résister au populisme ambiant qui nous fait croire que tout est culture, dans une espèce de nivellement systématique qui me choque. On est obsédé aujourd’hui par l’accès à la culture pour tous. On couvre donc, par un habile mensonge, du beau nom de culture toute forme de divertissement. Un amalgame très douteux car parmi les multiples moyens d’expression que notre société a développés, beaucoup sont prétexte à figer les différences, les particularismes sociaux, régionaux, nationaux, tout ce qui est vecteur de revendications, de division. Qu’on m’entende bien, je ne remets absolument pas en cause le droit à l’expression pour tous, bien au contraire, et c’est justement là un des plus beaux acquis de notre société. Il me semble simplement que la culture devrait précisément être ce qui unit, ce qui dépasse toutes les différences, ce qui transcende, ce qui s’adresse à la part de « toute éternité » que chacun porte en lui.

La culture fait donc évidemment référence au passé, à l’accumulation des témoignages de l’humanité, mais elle est vivante en ce que nous continuons de transmettre ce qu’on nous a donné. La culture ne se nourrit donc pas de « société » mais d’ « humanité ». C’est cette conviction que je défends avec le plus de rigueur possible. D’un point de vue purement musical, et à fortiori vocal, je me considère comme un interprète classique, c’est-à-dire que les caractéristiques de ma voix sont adaptées au répertoire classique de l’opéra, celui qui fait appel à un instrument vocal éduqué dans la tradition classique dont la base est le « bel canto ». Il m’arrive évidemment d’être amené à chanter des styles de musique très différents, comme l’opérette par exemple, qui est un art beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Mais revenir à la pureté technique du chant classique, du chant pour la beauté du chant, est pour moi une nécessité.

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3. Le chant… une vocation et une mission ?

Till Fechner : Ni l’un ni l’autre. Je ne me destinais pas du tout à devenir chanteur. Petit, je voulais être danseur, mes parents m’ont fait étudier le piano. Je les en remercie ! En fait ma seule véritable envie était d’être sur scène. J’ai donc plus tard (et plus ou moins en secret) étudié la danse classique et le théâtre, deux disciplines que j’ai par la suite exercées professionnellement. Le chant me plaisait beaucoup évidemment mais me semblait trop difficile ou trop inaccessible, trop « bizarre » peut être. En tout cas je ne l’envisageais pas du tout comme une possibilité de métier. Pourtant je m’étais dès l’âge de seize ou dix-sept ans acheté quelques partitions de Schubert, l’air du « Catalogue » du « Don Giovanni » de Mozart, qui font étonnamment encore partie de mon répertoire aujourd’hui. Nous habitions alors à la campagne et je me déplaçais en scooter. C’est donc à scooter que j’ai appris à chanter ! J’aimais particulièrement l’air de Bach « Grosser Herr und starker König » dont les vocalises étaient pour moi un plaisir jubilatoire.

Après avoir passé mon bac et m’être inscrit à l’université (sans jamais y aller) en Etudes Théâtrales, je me suis présenté à L’Opéra de Paris à une audition où l’on recherchait des danseurs pour la valse dans « Eugène Onéguine » de Tchaïkovsky. C’était pour moi le début d’une belle histoire. J’ai continué à travailler à l’Opéra de Paris en tant que figurant ou en tant que danseur dans beaucoup de productions. Parallèlement, je continuais à penser au théâtre. J’avais fondé une compagnie, j’avais été engagé par Jean Le Poulain pour le rôle de Fenton dans « Les Joyeuses Commères de Windsor » puis dans un spectacle que j’ai joué durant quatre mois au Théâtre des Bouffes Parisiennes. C’est à l’occasion de ce spectacle, où l’on me demandait aussi de chanter, que je me suis inscrit dans la classe de chant de Janine Devost dans un conservatoire municipal de Paris. Mes cours de chant sur le scooter avaient sans doute porté leurs fruits : quatre mois plus tard je donnais mon premier récital à Paris. Janine Devost, malheureusement disparue trop tôt, a été pour moi un professeur extraordinaire : elle a su en quelques mois me guider vers ce qui allait devenir finalement mon métier.

L’année suivante j’ai été admis au Conservatoire National Supérieur de Paris où j’ai étudié pendant sept ans. Puis l’Ecole de Chant de l’Opéra de Paris. Au bout du compte et malgré la difficulté de ces études (je n’avais aucune idée de la compétition permanente dans laquelle je m’étais engagé), l’opéra s’est donc imposé à moi comme une évidence. Je n’en ai pas fait le choix. Mais j’ai appris à en aimer la nécessaire rigueur (celle qu’exige aussi la danse classique) ainsi que la dimension théâtrale. L’opéra est donc pour moi une synthèse inespérée de mes rêves d’enfance.

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4. Racontez-nous votre parcours nourri de l’héritage français et allemand…

Till Fechner : Je n’ai en réalité pris conscience de cet héritage que bien tard. Pour moi l’héritage allemand était une « parcelle d’Allemagne » reconstituée et entretenue par mon entourage familial, une part précieuse de moi qui ne s’exprimait qu’avec mes proches. Pour le reste, étant né en France, la question identitaire ne se posait pas. Elle ne se pose d’ailleurs toujours pas et je ne saurai vous dire si je me sens allemand ou français. C’est lorsque j’ai commencé à chanter que j’ai eu les premières intuitions sur la chance de cet héritage qui, du simple fait de ma maîtrise de la langue allemande, me donnait accès à une adéquation naturelle avec un répertoire énorme. Il faut savoir que dans le domaine du lied, beaucoup d’œuvres sont en Allemagne des chansons populaires que j’avais toujours entendues. Le terme de « lied » signifie d’ailleurs chanson. De même, dans la religion protestante, dont je suis issu, beaucoup de cantiques et de « chorals » chantés durant les offices ont été composés par Luther et surtout par Bach. J’ai donc chanté du Bach dès tout petit tous les ans au pied de l’arbre de Noël !

Pour ce qui est de la musique française, je l’ai principalement découverte par le piano. La France, ayant peut être moins de tradition vocale, a produit en effet tant de compositeurs sublimes qui ont écrit pour le piano, de Couperin à Ravel… Paradoxalement, c’est sans doute le croisement confus de ces deux cultures musicales qui m’a fait me tourner vers l’Italie dont je me suis approprié voracement le répertoire, la langue, et où j’ai longtemps séjourné, comme pour m’inventer une troisième identité et échapper ainsi au dilemme inconscient de mon double héritage. C’est pourtant ma « germanitude » qui m’a permis de faire mes débuts dans bon nombre de théâtres, et cela d’une façon tout à fait inattendue. Suite à un concours organisé par le Conservatoire National de Paris, j’ai été mis en contact avec l’Opéra de Rennes que dirigeait alors Daniel Bizeray. J’ai fait une très longue audition pour lui et il m’a proposé…le rôle du Pacha Selim dans « l’Enlèvement au Sérail » de Mozart. Si cet opéra est bien écrit en allemand, le rôle de Selim est un rôle de comédien. Il ne chante pas une seule note ! C’était évidemment un peu vexant pour le jeune chanteur que j’étais, mais ma formation de comédien et mon goût du théâtre sous toutes ses formes ont fait de cette expérience un moment de bonheur où je n’avais plus à me soucier des contraintes du chant.

D’autre part j’avais un rapport tout particulier à cet ouvrage ; « l’Enlèvement au Sérail » est en effet le premier opéra que j’ai vu, enfant, à l’Opéra de Paris. Sur le plateau figurait l’extraordinaire Christiane Eda-Pierre, que je retrouvais plus tard au Conservatoire, et dans la fosse l’immense Karl Böhm… Ce rôle si attachant de Selim a donc été pour moi un « sésame ouvre toi » dans bien des théâtres où j’ai par la suite beaucoup chanté.

Nous aurons sans dans doute l’occasion de reparler de mon attachement au répertoire italien, et à Rossini en particulier, je finirai donc simplement par évoquer un spectacle plus récent où j’ai pu prendre toute la mesure de mon héritage franco-allemand. Il s’agit d’un spectacle que j’ai créé avec la metteur en scène Elsa Rooke, le pianiste David Berdery et le jeune comédien Olivier Berhault, autour de la figure de Gérard de Nerval qui a jeté, par les traductions qu’il a faites des grands poètes allemands, un pont magnifique entre les deux cultures.

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4. Une journée type d’un artiste lyrique ?

Till Fechner : Je ne pense pas qu’il existe une journée type d’un artiste lyrique. Le seul dénominateur commun à tous les chanteurs d’opéra en activité, c’est-à-dire en période de répétitions et de représentations, est la vigilance face au sommeil. Dormir est la nécessité absolue. Pour le reste, je ne peux parler que de mon expérience personnelle. Les journées de répétition sont en général celles que je préfère. C’est là que le travail se fait, que tout est ouvert et possible, essentiellement du point de vue théâtral.

Dans la grande majorité des théâtres, les répétitions se font par « services » de trois heures, en début de période de répétition le matin et l’après-midi, puis quand viennent les grandes répétitions avec orchestre précédent la première, l’après midi et le soir. Une journée de répétition ordinaire commence donc par une bonne nuit ! Il est toujours préférable de se réveiller au moins deux heures avant de travailler afin que le corps soit disponible, tonique. Petit déjeuner, vitamines. Un rapide coup d’œil sur la partition ou sur ce qui sera travaillé dans la journée. J’arrive au théâtre ou au studio, quelques vocalises dans ma loge, mais pas trop : si la journée est longue, j’aurai bien le temps de me chauffer. Même si en répétition nous pouvons « marquer », c’est à dire ne pas chanter à pleine voix, je préfère toujours le plus rapidement possible chanter réellement pour comprendre tout de suite ce que j’aurai à gérer au moment d’être en scène.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la fatigue du travail n’est pas proportionnelle à l’importance du rôle, je dirai même que lorsque j’ai de grosses responsabilités vocales sur un spectacle je me sens plus en forme et la voix plus disponible. Je n’aime ni les poses durant les répétitions, ni les moments d’attente. C’est là où l’énergie et l’investissement physique se diluent. Je n’aime pas non plus vraiment les journées de repos qui, même si elles sont indispensables, me ramènent à la solitude que connaissent tous les chanteurs d’opéra. Lorsqu’arrive la première et les représentations, mes journées sont beaucoup plus calmes. Je me réveille le plus tard possible, c’est-à-dire vers 13h, Petit déjeuner, je fais quelques sons pour voir si tout va bien. Je ne sors pas. J’ai besoin de cette sorte de léthargie pour laisser la peur faire son travail nécessaire et ne me réveiller réellement que le soir en arrivant au théâtre. Vers 17h, quelques vocalises, je regarde ma partition, je chante certains passages difficiles. Là je sais plus ou moins comment se passera la représentation… A 18h je mange un plat de pâtes et je me prépare pour la soirée.  Je n’aime pas arriver au théâtre trop tôt, j’y suis donc en général une heure avant le début du spectacle. Premières paroles de la journée, petit tour sur le plateau, bonjour dans les loges, puis ma loge. Maquillage et costumes.Trente minutes avant le lever du rideau le compte à rebours commence dans les retours du plateau. Reste à faire le travail, qui sera rythmé par les appels individuels en loge pour chaque entrée en scène.

Après le spectacle, quelques paroles échangées avec des spectateurs à la sortie des artistes, parfois un petit verre ou un repas rapide avec les amis de la production, mais bien vite, retour à l’hôtel. La vraie fête était sur la scène. J’appelle un ou deux amis pour dire que tout s’est bien (ou mal !) passé. Je me couche tard pour profiter du silence. Une représentation d’opéra est une telle saturation de son… Je sais que demain j’ai un jour de repos. Nous n’avons que très rarement deux spectacles d’affilée. Chanter est un effort qui coûte cher. Les jours de repos peuvent aussi se passer chez un ostéopathe par exemple, ou chez le médecin…

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5. Baryton-basse… Pouvez-vous nous expliquer ?

Till Fechner : La dénomination baryton-basse est aujourd’hui celle qui est la plus utilisée pour définir ce qu’on appelle aussi basse chantante, basso cantabile en Italie ou hoher bass en Allemagne. Il s’agit donc d’une voix globalement grave mais possédant une facilité d’extension vers l’aigü, sans pour autant avoir dans ce registre aigü la souplesse d’un baryton. On peut considérer que la basse dite « profonde » peut monter au mi ou au fa, que le baryton basse monte au sol et que le baryton monte au la ou si bémol. Le timbre du baryton basse est généralement aussi un peu plus clair que celui de la basse, quoique dans ce domaine les choses soient beaucoup plus complexes…  Le timbre est le résultat aléatoire de la constitution morphologique de tous les organes qui participent à la phonation. On peut ainsi entendre un soprano avec un timbre plus sombre qu’un mezzo soprano. De même un baryton peut avoir un timbre clair qui pourrait ressembler à celui d’un ténor mais ne pas avoir l’extension suffisante. Il est donc baryton. C’est en fait ce rapport entre extension et timbre qui définit le type de rôle qu’un chanteur peut aborder.

Parallèlement à l’extension totale de la voix, qu’on appelle ambitus, la tessiture est aussi un élément déterminant. On entend par tessiture la zone de la voix qui peut être la plus sollicitée sans effort. En réalité il me semble plus juste de définir une voix d’après les rôles qu’elle peut assumer plutôt que de donner un nom à une voix et d’en conclure qu’elle doit chanter tel ou tel rôle. Si un chanteur peut par exemple chanter Philippe II du « Don Carlo de Verdi », peu importe qu’il soit basse ou baryton-basse. De même pour des rôles « intermédiaires » comme le Figaro des « Noces » de Mozart, qui peut être considéré comme un des rôles les plus adaptés à un baryton-basse. Qui se souciera si une basse plus profonde ou un baryton peuvent le chanter ? Il faut aussi savoir que jusqu’au XIXe siècle l’appellation baryton n’existait pas. Le terme générique était basse pour toute voix écrite en clé de fa. Parmi tous ces rôles de la période pré romantique il y a donc une multitude de choix possibles, une multitude de différences infimes de tessitures. Le baryton-basse a une large place dans cet univers classique italien. C’est en définitive le romantisme qui a établi les conventions vocales que nous admettons aujourd’hui en attribuant à chaque type de voix un « emploi » théâtral figé. La période pré romantique était à cet égard beaucoup plus libre.

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6. Qu’avez-vous tiré de votre rencontre avec les plus grands comme Regina Resnik, Claudio Abbado, Peter Brook… ?

Till Fechner : Ce qui m’a toujours frappé lorsque j’ai eu l’occasion de travailler avec les très grands, c’est la simplicité avec laquelle le travail se fait. On plonge dans un univers d’excellence. Dans cet univers là, tout est étonnamment facile. J’avais vu diriger Claudio Abbado au Festival de Pesaro, je le considérais avec un immense respect. Lorsqu’en 1998 j’ai fait ma première répétition avec lui pour le « Don Giovanni » du Festival d’Aix-en-Provence, nous nous sommes serrés la main et avons commencé à travailler. Peu de paroles. Une immersion immédiate dans la musique. Je chantais, Abbado écoutait, annotait mes respirations sur sa partition, faisait une remarque ça et là sur le sens d’un phrasé, d’une nuance. Nous avons parcouru les deux rôles de Masetto et de Leporello pendant deux heures. J’étais sidéré… j’attendais un verdict, un jugement sur mon travail. Rien, un grand sourire, une poignée de main chaleureuse et « à demain ». J’avais appris en une répétition plus que je n’avais fait en dix ans de travail, tout simplement par imprégnation réciproque, du fait de sa géniale intuition musicale et humaine. Une représentation d’opéra sous la direction de Claudio Abbado est un miracle et j’ai rarement chanté avec autant de facilité et de liberté que sous sa direction. Ma première rencontre avec Regina Resnik a été en revanche un peu plus conflictuelle.

J’avais été engagé par le Festival Spontini de Jesi en Italie pour chanter deux opéras de ce compositeur. Il était convenu avec la direction du festival que les répétitions se feraient sous la direction de Regina Resnik. Ces deux opéras de facture très classique étaient typiquement des opéras destinés à être ornés, c’est-à-dire que, fidèle aux usages italiens de l’opéra baroque, le compositeur avait laissé une grande part d’improvisation et d’ornementation libre au chanteur. En tout cas les partitions telles que je les avais reçues ne me paraissaient pas passionnantes et me semblaient nécessiter un travail d’ornementation pour en restituer tout l’intérêt et la vérité historique. J’étais habitué à ce genre de travail puisque le répertoire Rossinien que j’avais déjà beaucoup chanté présente en partie les mêmes caractéristiques. J’avais donc écrit mes variations et ornementations pour ces deux rôles et les avais envoyées à la direction du festival pour que le chef d’orchestre en prenne connaissance. A la première répétition et dès mon premier air, Regina Resnik m’interrompt en me demandant sur quelle partition j’avais étudié pour chanter des choses si différentes de ce qui figurait sur la sienne. Je lui ai donc expliqué le travail d’ornementation que j’avais fait et qui me semblait nécessaire sur ce type de répertoire. Or il se trouve que Regina Resnik, qui a chanté dans le monde entier les plus grands rôles du répertoire romantique à une époque où l’on n’avait pas encore revisité le répertoire baroque, avait un tout autre rapport à la partition et ne concevait pas que l’on puisse ajouter des notes à ce qui est imprimé. Malgré l’immense respect que j’avais pour elle, je ne voulais absolument pas renoncer à l’ornementation pour la simple raison que j’estimais que ce n’était pas rendre justice à cette musique si on la privait de ses caractéristiques stylistiques. La discussion a été très houleuse et j’ai bien cru retourner en France le soir même. Or dès le lendemain, Madame Resnik m’a pris à part, m’a avoué qu’elle-même n’était pas très enthousiasmée par ces ouvrages et qu’il y avait en effet sans doute moyen de rendre tout cela plus intéressant. Elle m’a donc demandé d’écrire toutes les variations pour tous les rôles de ces deux opéras. De là est née entre nous une formidable complicité dans le travail et j’ai eu un immense plaisir à la retrouver à deux reprises, notamment pour préparer avec elle un récital de lieder que je devais faire au Festival d’Asolo près de Venise. Sa longue fréquentation de ce répertoire, sa parfaite connaissance de la culture allemande, son extraordinaire sens dramatique ont été pour moi une source de découvertes sur mes propres origines allemandes. Cette femme russe née à New York et vivant en Italie m’a véritablement révélé toute la beauté de la musique allemande. Je la remercie de tout mon cœur.

Vous me parlez aussi d’une autre personnalité hors du commun avec qui j’ai eu la chance de travailler. Peter Brook est fondamentalement un homme de théâtre, et d’un théâtre débarrassé de toute mission décorative. Un théâtre où l’acteur fait entendre un texte. Le monde un peu surdimensionné de l’opéra n’est donc pas à priori son univers de prédilection. Lorsqu’il avait monté « Carmen » dans les années 80 aux Bouffes du Nord, il en avait fait une adaptation qui réduisait au strict minimum l’emphase du langage opératique, mettant en exergue l’enjeu dramatique de la pièce. Une Carmen tout à fait marquante. Cela dit, « Don Giovanni » est incontestablement une pièce à la mesure du génie de Brook, et l’expérience que nous en avons faite est sans doute, pour tous les chanteurs qui y ont participé, un moment exceptionnel de théâtre. Je pense que l’immense talent de Peter Brook est de percevoir en chacun l’exacte mesure de ce qu’il est et de ne jamais pousser ses acteurs dans le sens d’une incarnation. Il ne demande pas de « devenir » quelqu’un, il ne cherche pas de rationalisation psychologique. Avec lui j’ai découvert ce que signifie « jouer » un personnage : jouer comme un enfant, c’est-à-dire ne pas se soucier de qui on est mais s’amuser à s’attribuer un rôle, comme des enfants diraient « je suis le loup et toi le chasseur ». Les enfants y croient et improvisent des scénarios très élaborés. Au cours du travail j’ai été tour à tour Don Giovanni, Zerlina, Leporello, Masetto, Elvira… J’ai donc passé quatre mois de répétitions (un luxe inouï à l’opéra) enfermé dans le théâtre des Bouffes du Nord à jouer véritablement. Et, par le fait des doubles distributions, nous avons passé un an et demi à continuer à jouer en scène tous les soirs, ne donnant jamais réellement le même spectacle, la règle du jeu étant précisément de jouer, c’est-à-dire d’improviser, de s’amuser à être des personnages. Tout devient alors très aléatoire et mouvant. Comme me le disait mon ami Vincent Le Texier, qui avait aussi travaillé avec Peter Brook, « il y a un avant et un après-Brook ». C’est absolument vrai.

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7. Parlez-nous de votre répertoire…

Till Fechner : Je n’ai jamais eu de véritable idée de la façon dont je dois considérer mon répertoire, c’est-à-dire la totalité des rôles que j’incarne, car on demande aujourd’hui beaucoup à un chanteur mais il est impossible de tout faire bien. Il y a pourtant évidemment des œuvres ou des compositeurs qui ont régulièrement jalonné ma carrière, principalement Mozart et Rossini. Sans doute parce que ma voix et ma personnalité musicale y sont adaptées.

Parmi tous les rôles que j’ai chantés, je vous citerai ceux auxquels je suis le plus attaché. De la quinzaine de rôles rossiniens que je chante je retiendrai le redoutable Lord Sydney du « Voyage à Reims », le Comte Asdrubale de « La Pietra del Paragone », Mustafà de « l’Italienne à Alger », et le somptueux rôle d’Alidoro dans « La Cenerentola » tel que Rossini l’a remanié en lui ajoutant un des plus beaux airs pour basse jamais composés. De Mozart j’aime chanter Leporello, mais c’est surtout le Masetto du « Don Giovanni » qui a été pour moi l’occasion de bien des débuts, notamment à l’Opéra National de Bordeaux en 1997 et au Festival d’Aix-en-Provence en 1998. J’ai promené ce rôle à travers le monde, de Milan à Tokyo, en passant par Bruxelles et Stockholm. Le Figaro des « Noces » était évidemment inévitable ! Bien que je ne sois pas très attaché à ce personnage dans sa version Mozart-Da Ponte. Au contraire le Don Alfonso de « Cosi fan tutte » vaut par sa richesse théâtrale. Dernier rôle mozartien qui me tient à cœur, le Pacha Selim de l’ « Enlèvement au Sérail » dont nous avons déjà parlé.

D’autres beaux souvenirs en Italie où j’ai chanté ces fameuses œuvres de Spontini au Festival de Jesi : Mondor dans « Julie ou le pot de fleurs » et Godwinn dans « Milton », deux opéras totalement inconnus mais pour lesquels j’ai une tendresse toute particulière puisqu’ils ont été l’occasion de ma première rencontre avec Regina Resnik. Dulcamara de « l’Elixir d’amour » de Donizetti a été pour moi un merveilleux moment de travail avec le metteur en scène Omar Porras. Puis quelques incursions dans des répertoires moins classiques : l’extraordinaire « Kaiser von Atlantis » de Viktor Ullmann où je chantais le rôle de la mort dans la sublime mise en scène de Charles Tordjman ; Alaska Wolf Joe dans « Mahagonny », expérience théâtrale assez particulière où le metteur en scène me faisait chanter nu et pour laquelle j’ai dû suivre un training de boxe puisque le personnage meurt sur le ring au cours d’un combat ! Plus récemment ma découverte de la magnifique partition du « Balcon » de Peter Eötvös à l’Opéra National de Bordeaux. Et je garde évidemment un grand souvenir de l’ « Alceste » de Glück qui a marqué mes débuts en 1994 à l’Opéra de Paris où j’ai depuis lors chanté dans de nombreuses productions : « La Tosca », « Faust », « La Cenerentola », « Manon Lescaut », « Simon Boccanegra », « Don Carlo », « La Dame de pique ».

8. On vous dit influencé par le mouvement “Rossini Renaissance”…

Till Fechner : Oui, il est vrai que j’ai eu la chance d’arriver dans l’univers lyrique à un moment où de grands chanteurs avaient fait un travail remarquable sur le répertoire Rossinien. Le point de départ de cette renaissance sont les interprétations rossiniennes de Maria Callas, je pense bien entendu au « Barbier de Séville » et au « Turc en Italie », mais plus encore à « Semiramide » et à « Armida » qui ont rappelé au monde musical que Rossini a aussi, et majoritairement d’ailleurs, été un auteur tragique. C’est une chose qu’on avait tout à fait oubliée tant l’arbre du « Barbier de Séville » cachait le reste de la forêt. Le véritable miracle est l’enseignement que Maria Callas a reçu de la grande Elvira De Hidalgo, elle-même formée par Melchiorre Vidal qui a connu l’apogée de la tradition du tout début du XIXe siècle. La transmission de cette technique a donc pu se faire et s’imposer par la puissance des incarnations de Maria Callas.

Se sont engagés dans cette voie les grands protagonistes de cette redécouverte : Marylin Horne, Joan Sutherland, Shirley Verrett, Rockwell Blake, Samuel Ramey, Chris Merritt… Le travail effectué par la Fondation Rossini de Pesaro ainsi que le regain d’intérêt pour des répertoires oubliés, essentiellement le répertoire baroque, ont permis de fonder, sur la base des recherches musicologiques effectuées, de nouveaux canons en terme d’interprétation et de style. Les chanteurs de ma génération ont donc bénéficié de tous ces nouveaux acquis. Pour ma part je me suis très tôt intéressé à ce répertoire et je dois dire que j’ai rencontré bien des obstacles en France dans ce cheminement, principalement au Conservatoire National. Rossini ne faisait pas partie des compositeurs « dignes ». Mais étant quelqu’un d’assez opiniâtre, j’ai tout de même réussi à trouver en la personne d’Anna Maria Bondi un professeur à qui ce répertoire n’était pas étranger. Je lui dois énormément. J’ai eu aussi la chance de me faire entendre par le grand chef rossinien Alberto Zedda qui m’a invité à étudier à la Fondation Rossini de Pesaro. Je l’ai retrouvé quelques années plus tard pour la recréation en France du « Voyage à Reims » à l’Abbaye de Royaumont puis à l’Opéra Royal de Versailles.

Rossini a donc toujours tenu dans ma carrière une place privilégiée : c’est dans « La Cambiale di matrimonio » que j’ai fait mes débuts, en 1991 au Festival de Saint-Denis, et je suis actuellement directeur artistique de la Société Rossini de Paris, c’est dire s’il est un compagnon fidèle et précieux. Je suis réellement fier d’avoir pu chanter ce répertoire, tant en France qu’à l’étranger, dans les meilleures conditions que l’on puisse imaginer, et auprès de grands spécialistes tels que Jennifer Larmore, Rockwell Blake, Simone Alaimo, Karine Deshayes, Alberto Zedda , Maurizio Benini ou Richard Barker.

Au-delà de tous les rôles que j’ai eu la joie de chanter, la plus belle marque de reconnaissance que j’aie reçue dans ce répertoire est mon engagement, tout jeune chanteur, par l’Opéra de Paris en tant que doublure de Samuel Ramey dans « l’Italienne à Alger » : Samuel Ramey ! Un des dieux de la « Rossini renaissance ».

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9. Qu’entend-on par “basse colorature” ?

Till Fechner : La basse colorature présente toutes les caractéristiques d’une basse chantante (ou baryton-basse) alliées à une disposition à la virtuosité. C’est précisément Samuel Ramey qui en a rétabli, durant toute sa carrière rossinienne, les canons techniques et stylistiques. Elle est tout à fait spécifique au répertoire italien, où elle porte le nom de « basso coloratura » ou de « basso d’agilità ». Il faut savoir que l’opéra est né en Italie, à Florence au XVIIe siècle, d’un rêve fou de reconstituer la tragédie grecque antique. C’était un art destiné à l’aristocratie qui s’est immédiatement développé dans toute l’Italie et qui s’est rapidement transformé, et petit à petit éloigné de son objectif premier qui était celui de la grande déclamation mesurée. A la même époque, les musiciens, profitant des remarquables progrès de la facture instrumentale, ont commencé à explorer toutes les possibilités techniques de ces instruments de plus en plus performants, ce qui a provoqué une extraordinaire émulation dans le sens de la virtuosité. L’art du chant a donc suivi cette même évolution, devenant de moins en moins déclamatoire et de plus en plus virtuose et ornementé.

L’art Baroque est par essence un art non naturaliste, un art où les passions sont stylisées, comme dans une forme d’abstraction poétique. La virtuosité et l’improvisation de l’ornementation étaient donc un vecteur important d’émotion et de magie dans ces spectacles. Si on ne conçoit pas tout cela, on ne peut comprendre le terme colorature que dans son acception moderne. De nos jours, on n’associe généralement le terme « colorature » qu’aux seuls sopranos légers chez qui en effet l’usage de la virtuosité à perduré. Le terme de « basse colorature » peut donc sembler étrange mais il est approprié à l’usage que l’on faisait de la voix dans l’esthétique baroque. Concrètement, la basse colorature trouve donc ses plus grands rôles dans tout le XVIIIe siècle italien jusqu’au début du XIXe, particulièrement chez Haendel qui, tout anglo-allemand qu’il fut, composa de la musique purement italienne, et bien entendu chez Rossini, ultime compositeur issu de la tradition baroque. C’est d’ailleurs lui qui a sans doute offert à la voix de basse les rôles les plus virtuoses, même si on trouve encore chez Donizetti, Bellini et chez le jeune Verdi des traces de ce que l’on a appelé le « bel canto ».  J’aimerais à ce propos préciser le sens exact de ce terme qui est souvent utilisé de façon erronée : pour beaucoup de personnes le bel canto est devenu un terme générique vaguement synonyme d’opéra, ou du moins d’opéra italien. En réalité il faut entendre par bel canto la période qui commence avec les premières évolutions de la déclamation chantée vers un art plus ornementé et virtuose (c’est-à-dire dès la fin du XVIIe siècle) jusqu’aux bouleversements esthétiques du romantisme. On peut donc encore parler de bel canto « romantique » jusqu’aux premiers Verdi mais pas au-delà. Une dernière petite précision sur l’origine même du mot colorature.

Ce mot provient du mode de notation musical en usage au Moyen-âge et à la Renaissance où l’on indiquait les notes par des cercles sur une portée. Un simple cercle représentait une valeur longue, un cercle « coloré » (généralement à l’encre noire ou rouge) représentait des valeurs plus courtes donc plus rapides. « Colorare » était donc la manière archaïque de signifier visuellement la valeur des notes, un premier pas vers la notation des rythmes.

10. Quels sont les univers artistiques qui vous inspirent ?

Till Fechner : Je vais vous avouer très franchement que je ne vais que rarement à l’opéra, je n’en écoute que très peu. La musique étant mon domaine professionnel, j’ai tendance à m’en échapper lorsque je n’ai pas de raisons de m’y plonger. Je me ressource volontiers dans la lecture, essentiellement des livres d’histoire où j’apprends beaucoup de choses en matière d’art, mais où je peux le faire en silence !

Cela dit, il y a évidemment des personnes, des lieux ou des évènements qui ont étés constitutifs de ce que je suis. Dans l’univers musical, l’art de Maria Callas représente pour moi un absolu. Je suis également fasciné par la force théâtrale du chant de Leyla Gencer, de même que Bach est, malgré mon attachement à Rossini, le compositeur qui m’est le plus indispensable. Revenir à Bach est toujours pour moi un retour vers le mystère profond de la musique, son essence pure. Durant mes années d’études, ma fréquentation assidue des coulisses de l’Opéra de Paris a été riche en rencontres qui ont eu une influence sur mes choix esthétiques futurs : les danseurs Rudolf Nureyev, Ghislaine Thesmar, Manuel Legris, de grands chanteurs comme Shirley Verrett, Samuel Ramey, Nicolai Ghiaurov, Luciano Pavarotti, et quelques metteurs en scènes comme Liliana Cavani, Antoine Vitez, Daniel Mesguish, Georges Lavaudant, Franco Zeffirelli.

Parmi les nombreux spectacles qui m’ont marqué en tant que spectateur, je garde un souvenir très intense du « Martyre de Saint-Sébastien » de Bob Willson et de la production aixoise du « Barbe Bleue » de Bartok dirigé par Pierre Boulez et mis en scène par Pina Bausch. Souvenir magnifique aussi, l’extraordinaire « Lorenzaccio » de Redjep Mitrovitsa à la Comédie Française, ainsi que les nombreuses incarnations de Martine Chevalier qui est à mon sens une des grandes tragédiennes de notre temps. Ces deux acteurs ont pour moi une stature quasi « opératique » par le « legato », la démesure du phrasé et l’amplitude du souffle dont ils nourrissent les textes, car comme l’opéra, le théâtre est verbe et donc souffle. J’ai eu aussi beaucoup d’admiration pour Roland Bertin, acteur modeste, scrupuleux et infiniment poétique. Pour le reste, je pense être assez monomaniaque, les choses m’intéressent ou ne m’intéressent pas du tout ! J

e citerai donc en vrac tout ce qui me vient à l’esprit qui a nourri mon imaginaire : l’œuvre complète de Molière qui a accompagné toute mon adolescence, certains films de Fellini (dont « Huit et demi ») et de Pasolini, les « Lettres » de la Princesse Palatine, l’orgue et la musique mécanique, Jacqueline Maillan, Jean-Pierre Mocky, Michel Serrault, la musique de ballet tant décriée dans le monde musical, Barbara, la Bible, Les films « Mort à Venise » et « Le Guépard » de Visconti, l’acteur Italien Toto, les jardins du château de Versailles en hiver… Et puis toujours l’univers de la danse, mes amis danseurs pour qui j’ai une profonde admiration.

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11. Un chanteur lyrique est souvent considéré comme un demi-dieu qui ne vit pas comme le commun des mortels… Qu’en dites-vous ?

Till Fechner : Le soliste d’opéra est, comme le danseur ou le sportif de haut niveau, une espèce de cheval de course : il a une « cote », il est jugé, jaugé, surveillé, commenté. La performance physique est le travail qu’on attend de lui, et c’est de la qualité de cette performance que dépend sa survie. Cela implique évidemment une vie assez particulière dont la première caractéristique est la solitude que j’évoquais tout à l’heure. 

Je passe huit à neuf mois par an, loin de chez moi, loin de mes amis et de ma famille. Je prépare mes rôles seul, avec l’aide bien entendu d’un pianiste ou d’un professeur, les voyages continuels ont un charme très relatif. Mes compagnons de route sont ma valise et mes partitions. Il est très donc très important pour moi de pouvoir avoir une vie privée solide et sereine car c’est mon seul point fixe. Lorsque des problèmes se présentent dans ma vie privée les choses deviennent beaucoup plus difficiles, ma « base » chancelle. D’où l’importance pour beaucoup de chanteurs de veiller à se protéger, même si cette protection peut parfois être perçue comme une espèce d’arrogance. Nous faisons un métier difficile dans lequel nous subissons beaucoup de pressions, car nous sommes tout simplement l’enjeu de beaucoup d’argent et que le public est très exigeant. Nous devons donc veiller à rester le plus disponible possible à ce qui nous est demandé. Il m’arrive bien souvent par exemple de ne pas répondre au téléphone ou du moins de filtrer les appels un jour de représentation. Dans la mesure où toute la technique du chant repose sur le souffle, des émotions négatives peuvent avoir une incidence sur la qualité du travail. L’idéal pour bien chanter serait d’être toujours serein et en paix, de n’avoir comme seul souci à gérer que la technique de notre instrument et le trac. C’est évidemment impossible puisque nous ne sommes justement pas des demi-dieux !

La deuxième caractéristique de notre métier est la gestion du temps qui induit des comportements très spécifiques. Nous n’avons malheureusement pas à l’opéra, contrairement au théâtre, le temps nécessaire pour « perdre du temps ». Cinq semaines de répétitions sont souvent bien courtes pour monter un ouvrage. Il faut donc que les choses soient rapides, que les contacts avec la cinquantaine de personnes avec lesquelles je vais travailler se fassent vite. Je me dis souvent que le travail de soliste est un travail de diplomate ! Je rencontre environ 200 à 300 personnes nouvelles chaque année, les échanges se font généralement en italien, en anglais ou en allemand. Il est donc indispensable pour moi de créer le plus rapidement possible des rapports cordiaux avec mes interlocuteurs, qu’ils soient collègues solistes, choristes, metteurs en scène, chefs d’orchestre danseurs, figurants, régisseurs… J’ai besoin de la bonne énergie de toutes ces personnes pour affronter la scène. Je suis toujours émerveillé de voir à quel point, très souvent, l’expérience du travail sur un spectacle crée des liens inexprimables de proximité entre les personnes, de partage réel, une espèce d’impudeur nécessaire, de réelle affection.

Le temps étant compté, les relations ont à l’opéra un sens et une densité qu’elles n’auraient sans doute pas dans la « vraie vie ». Vivre une carrière de soliste, c’est aussi vivre l’expérience de la peur. Cela a du moins été pour moi un long cheminement que d’arriver à apprivoiser cette peur. Je ne parle pas nécessairement du trac que beaucoup d’artistes de scène connaissent. Je parle de la difficulté à endosser toutes les responsabilités qui incombent au soliste dont on attend qu’il soit toujours au sommet de sa forme et qui n’a en réalité pas de grand droit à l’erreur. Pour se protéger de l’ « erreur » on acquiert donc une multitude de réflexes qui sembleront sans doute amusants au « commun des mortels » : ne pas prendre froid, donc se méfier de tous les lieux climatisés et ils sont nombreux : restaurants, magasins, cinémas, chambres d’hôtels, voitures, avions, trains, et… théâtres. Faire attention à ce que l’on mange pour éviter tout risque d’intoxication alimentaire (certains théâtres interdisent par contrat la consommation de fruits de mer), ne pas s’exposer trop longuement au soleil en été pour éviter toute déshydratation des muqueuses des cordes vocales. Et évidemment rester très vigilant face au besoin de récupération : le sommeil est le secret de la bonne forme vocale.

 

12. Quelles sensations ressentez-vous sur scène ?

Till Fechner : C’est bien difficile à exprimer. Tout dépend de ma forme physique et mentale. Entrer en scène est toujours un défi et un acte de courage. Lorsque commence une représentation, je sais ce que j’ai à faire, je connais tous les rendez-vous que j’ai avec ma voix, avec mes partenaires, avec le chef d’orchestre, avec mon personnage aussi. C’est donc un peu comme un slalom dont il faut négocier au mieux chaque virage. Il faut pour cela développer une réelle capacité de concentration instantanée, puis de détente. C’est un mélange de lourdes contraintes et de grand plaisir. Les deux sont liés. Lorsque la contrainte est dépassée, le plaisir est d’autant plus grand.

Paradoxalement, le risque me semble moins grand lorsque le rôle est long, j’ai alors plus d’espace pour m’exprimer et si je manque un rendez-vous de mon parcours je sais que je peux me rattraper plus loin. Mais ce qui reste pour moi le plus mystérieux et le plus beau est cette énergie fraternelle qui unit en scène tous les protagonistes du spectacle, y compris ceux qui interviennent dans l’ombre des coulisses, techniciens, habilleuses, accessoiristes… Je crois qu’au moment du spectacle chacun aime réellement son métier et a le sentiment de partager ce défi collectif. C’est une chose qui me nourrit énormément car il y a là une vraie générosité.

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13. Pensez-vous que la volonté de démocratiser l’Opéra peut tuer l’âme de l’Opéra ?

Till Fechner : Non, je ne pense pas que la volonté de démocratiser l’opéra puisse tuer l’âme de l’opéra, bien au contraire. Ce que je constate c’est que je ne vois nulle part une réelle volonté de démocratisation, ou du moins faudrait-il savoir de quoi on parle quand on parle de démocratiser l’opéra… Si l’on estime que monter « Aïda » ou « Nabucco » au Stade de France est une façon de populariser l’opéra alors on est dans l’erreur la plus totale, dans un leurre qui relève du pur mensonge, pour la simple raison que ces spectacles ne sont pas des spectacles d’opéra. Que ces spectacles existent est une chose, et je ne vois aucun mal à offrir à quatre vingt ou cent mille personnes le plaisir d’assister à un spectacle musical, mais il est malhonnête de faire croire au public qu’il assiste là à un spectacle d’opéra. On ne peut pas faire de l’opéra n’importe comment.

L’opéra est par essence un art de conventions et c’est dans ces conventions que réside une grande partie de sa beauté. Il y a beaucoup de formes de spectacles qui sont réellement adaptées aux espaces en plein-air, aux espaces de dimensions titanesques. L’opéra ne l’est pas.

L’opéra est un objet de théâtre, un peu démesuré soit, mais il ne peut pas sortir du cadre « intime » d’un théâtre. Le rapport direct à la voix est un élément fondamental de l’expérience de l’opéra. Les concerts de variété ou de rock ont développé un autre type de rapport à la voix. Sans parler du fait qu’ils sont très souvent exécutés en « play-back », ils font appel à des techniques de sonorisation très élaborées, à tel point que certains groupes s’enorgueillissent aujourd’hui du label « concert acoustique », comme d’un gage de spécificité et de nouveauté face l’hyper sonorisation des « grandes machines » du rock.

La spécificité de l’opéra est peut-être de faire de la musique « bio » ! La question de ces grands spectacles musicaux qui utilisent comme base une partition d’opéra n’a donc pas, à mon sens, sa place dans un débat sur la démocratisation de l’opéra. Il y aurait sans doute bien d’autres façons de démocratiser l’opéra, d’autant plus que c’est un type de spectacle qui peut s’appréhender à des niveaux très différents. Je veux dire par là que l’opéra n’est pas une affaire de culture ou de connaissances musicales. C’est un genre suffisamment puissant et « spectaculaire » pour toucher d’une façon viscérale le spectateur aussi néophyte soit-il. Le débat sur la démocratisation de l’opéra me semble en fait un débat bien démagogique et hypocrite. On dit que l’opéra serait un genre élitiste ? Eh bien soit, offrons donc l’élitisme à tous, l’accès à la beauté à tous. Mais pour que cela puisse se faire encore faudrait-il que le « grand public » soit informé. On m’a bien souvent posé la question, quand je parle de mon métier « Mais il y a encore des gens qui vont à l’opéra ? Vous avez du monde dans la salle ? ». C’est dire à quel point l’opéra est inconnu de la majorité.  Les services publics de télévision, qui sont le bras de la volonté politique, sont en grande partie responsables de cet état de fait. Ils ont démissionné du formidable rôle pédagogique qu’ils ont pourtant longtemps joué en faveur des arts en général. Il n’y a donc que très peu de chances qu’un citoyen lambda puisse un jour accéder à l’opéra, tout simplement parce qu’il ne sait plus que l’opéra existe. Dans le meilleur des cas, il s’en fait vaguement l’idée d’un spectacle réservé aux amateurs de « grande musique », un produit de luxe, ce en quoi il n’a pas tout à fait tort. Mais pourquoi n’offrirait-on pas un produit de luxe au plus grand nombre ? La question du prix des places, je dirais plutôt le « mythe » du prix des places, est aussi un argument souvent invoqué en défaveur de l’opéra. Oui, une place à l’opéra peut coûter cher, tout comme une place pour un match de football ou un concert rock peuvent coûter cher. C’est donc là encore un débat qui n’a pas de sens.

Le vrai débat est politique. A quel type de société voulons-nous participer ? Que voulons-nous faire de notre culture ? Quel regard portons-nous sur ce que le passé nous a légué ? Autant de questions qui semblent de toute évidence bien loin des préoccupations des politiques. Beaucoup de maisons d’opéra déploient pourtant de gros efforts pour amener au spectacle un public nouveau, essentiellement des jeunes, mais tant que tout cela ne sera pas sous-tendu par une réelle volonté politique d’information sur les formes classiques de spectacle (théâtre, opéra, ballet) l’opéra restera malheureusement inaccessible au plus grand nombre. Pour moi, en l’état actuel des choses, l’opéra, le ballet et le théâtre classique sont devenus des objets de musée, enfermés, et malheureusement élitistes dans le mauvais sens du terme. Un scandale en vérité. Tout le monde devrait avoir l’opportunité de connaître les textes de Molière, Racine ou Claudel, de voir « La Traviata » ou « La Flûte enchantée », « Giselle » ou « Le lac des cygnes ».

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14. Le public n’est-il pas souvent trop exigeant ?

Till Fechner : Le fait de ce regrettable élitisme dont nous venons de parler a indéniablement des répercussions sur la façon dont une partie du public aborde une représentation d’opéra, et sur la façon dont il se l’approprie, car il faut bien savoir que nous sommes les interprètes d’œuvres qu’une grande partie du public considère comme « sa » propriété.

Il faut avouer que le genre opéra s’est considérablement transformé ces dernières décennies, essentiellement sous l’impulsion des metteurs en scène. L’émergence du rôle du metteur en scène a réactivé le combat qui s’est trouvé de tous temps au centre de l’objet lyrique, combat entre musique et théâtre. Il est en fait très difficile pour nous, interprètes, de savoir ce que le public attend de nous réellement, en dehors de la pure performance vocale, qui est l’attente à priori la plus légitime. Notre première source de travail est bien entendu la partition et notre premier souci est d’assumer au mieux cette partition. Mais la dimension théâtrale est absolument incontournable. Il nous appartient de l’assumer de la même façon.

L’opéra est un genre paradoxal dont les deux composantes s’affrontent : la composante musicale est une forte contrainte face à la théorique liberté théâtrale exprimée par le texte. Réciproquement le travail théâtral peut entraver considérablement le geste vocal, et par voie de conséquence le contenu musical. En tant qu’interprètes, nous sommes au centre-même de ce paradoxe, et c’est sur notre habileté à « concilier l’inconciliable » que nous sommes jugés. Le public n’a pas idée, et ne doit d’ailleurs pas l’avoir, de la difficulté de ce défi. Concrètement  pour le public, l’opéra peut aujourd’hui être appréhendé sous ces deux aspects distincts : théâtre et musique. Le disque lui en livre la dimension musicale et une forme de perfection, en réalité peu honnête. Le spectacle, la représentation sur scène, lui en fait vivre l’expérience théâtrale (qui est sa vraie dimension à mon sens). De cette dualité fondamentale entre théâtre et musique peuvent naître des mal entendus, des porte-à-faux, des tensions, des mouvements d’humeur qui trouvent leur origine dans le mystère de ce qu’attend le spectateur d’une représentation d’opéra. Même si nous subissons parfois les effets de ces tensions, nous ne pouvons malheureusement en endosser l’entière responsabilité. Les réactions négatives du public peuvent donc parfois nous sembler injustes. Notre devoir est de faire le plus honnêtement possible notre travail de « performer », et je crois sincèrement que tout chanteur d’opéra a le réel désir de donner le meilleur de lui-même. Il en est parfois récompensé, parfois boudé…

Pour terminer ma réponse à cette question, je dirai que la représentation d’opéra est un moment unique qui rassemble, en un lieu et en un moment limités, chanteurs, musiciens et spectateurs, c’est-à-dire plusieurs centaines ou milliers de personnes. C’est donc du talent de toutes ces personnes réunies que va dépendre la réussite d’une représentation. Il en va du public comme des artistes, certains publics sont plus talentueux que d’autres.

15. Quelles missions donnez-vous à l’Opéra ?

Till Fechner : Très sincèrement je ne sais pas si l’opéra a une mission, si ce n’est d’incarner un moment de beauté et d’humanité, mais je suis trop mauvais spectateur pour en juger. J’imagine que si c’est un genre qui a perduré au fil des siècles c’est qu’il est une forme particulière de spectacle, issue du théâtre dont il exacerbe les codes et la force d’expressivité. Un théâtre absolu, fantasmatique. J’évoquais tout à l’heure les origines de l’opéra comme rêve du théâtre antique. L’opéra a donc une espèce de force archaïque qui fait appel à une écoute viscérale, brute. L’opéra n’est pas un art qui sollicite l’intellect. Chacun a sa façon de recevoir l’opéra, encore une fois il n’est pas une affaire de « spécialistes », c’est en cela qu’il est tellement accessible et universel.

La mesure de Pavel Lounguine au service de la démesure russe

Au croisement des cultures françaises et russes, Pavel Lounguine demeure l’un des cinéastes les plus complets de notre époque. A la fois scénariste et réalisateur, Pavel Lounguine s’est tissé une filmographie tout en contrastes faite de thèmes puissants, d’humanisme doté d’un réalisme touchant. Union étroite entre la vie quotidienne et les disparités sociales qui font écho à la société russe actuelle, touches de burlesque débridées proches de son contemporain slave Emir Kusturica, célébration du folklore russe, spiritualité époustouflante : les films de Pavel Lounguine possèdent un style unique empreint d’insatisfaction et d’absolu, d’espérance et de désespérance, de lumière et de noirceur. Cette opposition des genres, cette variation des rythmes, donnent à Pavel Lounguine une identité russe propre.

taxi-bluesSon premier long métrage, Taxi Blues, est applaudi par la critique et remporte le prix de mise en scène au Festival de Cannes. Pavel lounguine y décrypte la société russe à l’heure de la Perestroïka initiée par Mikhaïl Gorbatchev, à travers l’amitié entremêlée de haine qui unit un chauffeur de taxi à un saxophoniste. Avec Luna Park, Pavel Lounguine relate le parcours initiatique d’un skinhead nationaliste et antisémite qui se découvre des origines juives deux ans après l’effondrement du régime soviétique.

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Peintre du cinéma, Pavel Lounguine manie la caméra tel un pinceau pour dresser le portrait quotidien de la société dans laquelle il évolue et décrypter les mutations économiques et sociales à l’oeuvre en Russie : portait de gangsters (Ligne de vie, 1996), portait de famille (La Noce, Familles à vendre), portait politique d’un oligarche russe (Un nouveau Russe).

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nouveau_russeFort de cette filmographie qui met en scène toute une galerie de portraits, Pavel Lounguine a changé de registre pour se consacrer au sujet religieux donc mystique et intemporel. Avec L’île, Pavel Lounguine plonge dans une oeuvre liturgique ancrée dans l’orthodoxie russe à travers le récit d’un ancien marin qui, après avoir trahi son ami pendant la Seconde Guerre Mondiale, s’est échoué sur une île où des moines l’ont accueilli. Au fil des années, il acquiert une réputation de sainteté mais tourmenté par sa faute, il se sent indigne de cette sainteté et sème le trouble.

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Pavel Lounguine marque un tournant dans sa carrière avec cette oeuvre spiritualiste qui touche au coeur même de l’âme russe. Dans la grande tradition de Bergman, Tarkovski, Roublev, Dreyer (…), Pavel Lounguine signe un film d’une grande noirceur et d’une profonde clarté : véritable catharsis, cette oeuvre poursuit la quête du Beau, du Vrai, du Salut qui conduit l’homme à surpasser son destin.

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Son dernier film Tsar, livre une introspection de l’Histoire de la Russie en évoquant le destin d’Ivan le Terrible soixante-six ans après le chef d’oeuvre censuré d’Eisenstein. Véritable épopée shakespearienne, Pavel Lounguine y décrit la folie mystique du Tsar Ivan IV dans une Russie en proie aux complots et au désordre. Découpé en quatre segments (la prière, la guerre, le sacrifice et le divertissement du Tsar), cette fresque relate l’amitié déchue entre deux hommes de pouvoir : Ivan, monstre sanguinaire détenteur du pouvoir temporel, et Philippe, le chef de l’Eglise russe, investi d’un pouvoir spirituel. Célèbre duel entre le tyran et le saint, le Bien et le Mal, le peuple et le pouvoir, Pavel Lounguine dresse une métaphore à la fois stupéfiante et magistrale de la Russie.

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Touchant à l’humain et au divin, Pavel Lounguine tapisse sa filmographie de thèmes variés mettant en scène son pays natal sous des couleurs tantôt folkloriques, tantôt sociologiques, tantôt historiques. Observateur de l’âme russe, Pavel Lounguine permet au monde entier de mieux appréhender la démesure russe : bouffonne, nostalgique, violente et mystique.

Colorful aesthetics with Cru Camara

Cru Camara is a Filipino photographer born in 1994 and currently studying at School of Visual Arts in New York.

Her early childhood was divided between Manila and her parents’ farm in the province where she spent her time wandering through the natural landscape. She started taking photographs in high school, following the end of her decade-long studies in classical music.

Cru Camara’s work gives the chance to wonder what the story behind each photograph is. Her work leaves quite a lot to the imagination as very little elements are used to create each piece.

Camara has a collection of unique photographs that capture the eye’s instantly with their fresh aesthetics that look like paintings. Her style utilizes colour and delicate clarity to produce pieces that will stand the test of time. She shoots stunning minimalist visuals, especially floral series where she plays with inversed colors and colorful neon lights. She’s very attracted to the idea of directly translating things from the real world into something that’s closer to her own expression of it.

Cru Cama is a very young and talented photographer who will be most definitely a face to watch

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